Clin d’Oeil de Beyrouk : Faux débats

La démocratie, j’écrivais il y a quelques semaines, est la grande superstition de ce siècle. C’est aussi, chez nous, une voie tracée de fil blanc qu’aiment bien emprunter les faibles consciences, les esprits tordus et les intelligences moyennes. Ecoutez les débats dans les radios, les commentaires sur les sites, les articles dans les journaux.

Mbarek_Ould_Beyrouk_salon_du_livre_2012Vous reculerez facilement d’horreur devant les lieux communs débités avec suffisance, les données approximatives balancées d’un ton professoral, les mensonges éhontés, l’ignorance savamment étalée et surtout les insultes faciles envoyées par des inconnus qui s’abritent derrière l’anonymat.

L’anonymat ? J’ai bien aimé la réaction d’un homme de cœur, M Brahim Salem Ould Bouleiba qui se révoltait contre la seule idée qu’on puisse le soupçonner de signer un article par un autre nom que le sien. Il refuse d’apparaitre comme ce qu’il n’a jamais été : un couard. En réalité la pusillanimité de ces « écrivains » anonymes est le signe de la déchéance éthique et morale de cette génération.

Pour revenir à ce qu’on appelle « débat démocratique » je rigole fort quand je vois la télévision nationale ou notre Radio encore plus nationale engager un débat et se proclamer « service public ».Il ne savent pas clairement ce que veut dire « service public » Ils croient que c’est à la faveur d’une émission où sont invités des représentants de l ’opposition qu’on peut se revendiquer « service public » . Ils ne savent pas que la pluralité, c’est dans le quotidien.

Mais c’est vrai, les pauvres, ils ne peuvent rien : depuis des lustres, ils sont prisonniers d’un personnel pléthorique et incompétent engagé à tout de bras par des DG qui eux même doivent leur promotion à tout sauf à leurs compétences. C’est dire que la boucle est bouclée et que le professionnalisme ne saurait s’y incruster.

A entendre la classe politique d’aujourd’hui on se demanderait d’ailleurs pourquoi elle devrait se sentir obligée de débattre. Parce qu’en fait, elle s’accorde, à y bien penser, sur tout. Tout ce monde se revendique de la démocratie, des droits de l’homme de l’unité nationale, de l’économie libérale …etc. Il n’ ya pas de dissensions touchant à l’idéologie, aux principes de base, aux sensibilités.

Non, ils s’opposent en fait sur des questions qu’on pourrait facilement confier à des spécialistes : la transparence des élections, la date de ces élections, la place des différentes communautés régionales ou ethniques dans le pouvoir et par-dessus tout le droit d’untel ou d’untel d’occuper tel ou tel poste.

Le reste, c’est des insultes : ‘’ t’es un voleur, t’es un terroriste, t’es un dictateur, t’es un menteur ‘’. On se renvoie les pires qualificatifs et on se serre la main après, parce que nous sommes voisins, cousins, n’est ce pas, nous appartenons au même monde, n’est ce pas, enfin…nos enfants vont à l’école française et nos femmes dans les grandes cérémonies

Les seuls partis portant une vision différente s’acharnent à gommer leur singularité .Les islamistes ne se proclament pas islamistes et l’UFP ne parle plus ni de socialisme ni d’idéologie antilibérale.

En réalité je crois bien que nous avons une fausse classe politique, que la plupart de ceux qui nous donnent des leçons se sont autoproclamés eux même « politiciens » comme ces jeunes d’aujourd’hui qui décident un jour de devenir « journalistes » ou « hommes d’affaires ».

Et je crois bien qu’il est temps pour ceux nombreux qui portent des idéaux, une culture et aussi de vraies compétences de s’engager dans la vie publique. La politique est une chose trop sérieuse pour être laissée aux mains des seuls « politiciens ». Avis donc aux intellectuels, aux artistes, aux gens de bonne foi, aux jeunes, habités encore par un idéal, rêvant d’un avenir meilleur : « renvoyez ces faux politiciens à leurs pénates, reprenez les choses en main ! »

M’Bareck Beyrouk

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