Clin d’œil de Beyrouk : Melainine

Beyrouk-mali
Nos discussions étaient passionnées, nous nous échangions des formules toutes prêtes,nous dessinions la carte du monde et des idées, et nous effacions de nos mains jeunes et alertes les stigmates supposées d’un temps trop ancien et qui devait à nos yeux périr.

Au Lycée nous étions considérés plutôt comme de bons élèves mais, entre nous, nous riions des mines théâtrales des professeurs et des idées étriquées des autres. Mais, contrairement à nous, les idées pour lui n’étaient pas un jeu.

Il avait une cause, lui, une vraie et qui nous étonnait : celle de l’Azawad nous répétait t il. Et nous riions parfois de cet attachement que nous croyions puéril à un territoire que nous ne savons pas dessiner sur une carte.

Après le bac, nous nous sommes séparés au gré des « orientations » comme on les appelait à l’époque. Et nous nous rencontrâmes quelques années plus tard. La complicité avait un peu disparu, parce que nous, nous essayions de nous frayer un chemin dans la jungle de la presse ou de l’administration, et lui avait choisi le barreau et surtout était devenu un responsable du ‘Mouvement Arabe de Libération de l’Azawad. Sa veille passion!

Melainine Ould Baddy était resté pourtant le même, rigoleur, convivial, un large sourire tracé éternellement sur les lèvres et un regard intelligent qui vous embrassait dés le premier abord .Il ne manquait pas de m’entraîner quand on se rencontrait dans les « maquis » de Nouakchott, le « dibby » impressionnant me vantait t il d’un malien de la médina 3. Et il me parlait bien sur de sa cause, de ses « cousins » qui ne comprenaient pas toujours les exigences du dialogue, des Touaregss qu’habitaient parfois l’ostracisme et des Maliens du Nord qui ne voulaient rien comprendre.

Melainine Ould Baddy est décédé à Ouagadougou alors qu il participait aux négociations inter maliennes. Parce que Melainine était Mauritanien, avant tout, mais aussi Malien et surtout, surtout Azzawadi Il fait partie de ces hommes qui n’ont pas dessiné dans leurs têtes les frontières absurde créées par la colonisation. Il était avant tout un maure de l’Azzawad un «Berbouchi» (on l’appelait comme ça au Lycée déjà) et le reste n’était pour lui que facétie de l’histoire.

Aujourd’hui je ne veux pas seulement saluer la mémoire d’un ami de jeunesse qui est parti mas je tiens aussi à l’heure où les négociations de Ouagadogou entre Touaregs, Arabes et Nord maliens semblent devoir aboutir, à dire ceci: il n y a pas de paix possible si, au-delà de frontières absurdes on ne reconnaît pas les cultures, il n’y aura pas de paix aussi si on essaye de noyer les différences par le nombre.

Et en mémoire de Melainine je répète la vérité qu’i nous assénait il y a déjà très longtemps: il y a des ensembles culturels et sociaux qui sont un et qui sont éparpillés entre plusieurs frontières (Mauritanie Maroc, Algérie, Mali), Ils forment une vraie entité, de vraies tribus, un seul être et il n’y aura pas de cohésion régionale tant que leur unité et leur spécificité ne sont pas franchement acceptées.

Beyrouk

Source : Adrar Info

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