Clin d’œil:Indignons-nous!


L’« Indignez-vous ! » du regretté  Stéphane Hessel a fait le tour du monde. Il n’a pas véritablement  gagné   beaucoup d’émules ici. Il y a longtemps que notre capacité de s’indigner est tombée en léthargie, bien tenue en laisse par nos habitudes, nos préjugés, mais aussi cette espèce de somnolence de l’imagination qui nous accable depuis tant d’années.

beyroukAh, oui, c’est vrai, on manifeste bien dans les rues, pour avoir des terrains, pour ne pas aller aux cours,  pour être reconnu, pour  tel parti, tel homme politique, tel prisonnier et même pour soutenir un homme d’affaires ou  pour le départ du Président de la République. On manifeste pour tant de choses, mais en vérité on ne  manifeste pour rien. C’est qu’aucune remise en cause réelle de l’ordre social, ni  du pouvoir  économique ni même réellement du système politique n’est avancée.
Certes,  certains parlent   de révolution. Mais de  quelle révolution ? Celle qui ne toucherait à rien, ni aux idées archaïques bien ancrées, ni au système tribal et clanique qui règne depuis tant d’années, ni aux préjugés de caste ou de classe  qui habitent nos têtes, ni même aux puissants ni aux riches,  ni à ce libéralisme bien pensant qu’on encense chaque jour  à l’heure où il nous appauvrit chaque minute. C’est vrai, c’en est fini du printemps arabe ! Les égyptiens et les tunisiens nous en ont dégouté, et la Syrie nous offre des images d’apocalypse. Oui, c’en est fini de ce faux printemps, mais quel bel hivernage pouvons-nous espérer si on ne sait même pas nous départir des clichés d’antan ?
Ceux qui contestent,  nous proposent le « départ » ? Mais où, mais pourquoi ? Non, on ne nous dit pas ce qui va changer. On nous parle seulement  de démocratie. D’accord, mais  quelle critique du système économique et social qui perdure depuis des décennies et parfois des siècles ? Quelle forme de redistribution des biens ?  Rejetez vous le système féodal, l’ordre des gens « bien «  et des gens « pas bien » les idées reçues, celles qui font que certains naissent des saints et d’autres des pestiférés ? La République ! Vous savez ce que c’est, véritablement ?  Non, vous n’avez qu’un seul mot à la bouche : la démocratie  Mais qui véritablement est demandeur aujourd’hui de votre  « démocratie » ? Les potentats qui vont siéger dans les communes et les assemblées élues ! Les  éternels héritiers qui à leur tour vont assumer la charge transmise de père en fils qui leur permet de mépriser le petit peuple  et qui cette fois porte l’onction de la « démocratie » ! Les parvenus qui à défaut d’une entreprise à tonsurer prétendent au moins à un Conseil d’Administration où ils n’auront rien à faire.» !
Les hommes politiques n’ont à proprement parler rien à proposer si ce n’est la continuation de leurs propres privilèges. Et, partout où ils sont, ils défendent les privilèges et les privilégiés.  Avez-vous remarqué ? Ils ont horreur à voir abattu un baobab de l’opulence. Même s’il n’est guère de leur coté. Quand un ministre est renvoyé  ou emprisonné, même  pour détournement, ils découvrent soudain ses vertus, quand un homme d’affaires est touché dans ses intérêts, ils grondent et sortent dans les rues. Et ils nous demandent de pleurer sur ces « pauvres gars » qui s’étaient naguère si vite enrichis. En vérité ils n’ont pas de rêves, sinon d’être à la place de ceux  à qui ils s’opposent… maintenant.
Et même les partis qui à proprement parler ne faisaient  pas partie  du « système » s’aplatissent  et ne savent  plus rien oser. Les islamistes ont trop peur d’être assimilés à la Qaida et, comme leur amis du Maghreb, ils   empruntent les habits des nouvelles vertus ; les anciens « communistes » jouent au « plus libéral que moi… » ; Et les intellectuels, les vrais, restent muets, aphones, incapables de crier car, de toute façon, tout le monde rirait bien de leurs « indignations ».
Reste la société civile, dans son acception d’ici, ça veut dire les ONG. Malheureusement, celle-ci   est encore trop fragile, et traversée par trop de tourments. Les ONG chez nous  ça sert, dans la majorité des cas, à gagner des financements ;  elles sont envahies par des gens qui n’ont pas d’idéaux et qui ne possèdent aucunes compétences. Cependant, c’est seulement là qu’on peut trouver  de rares  éclaircies et parfois de vraies engagements. Débarrassées de leur pourriture, expurgée des vilaines épluchures de la débrouillardise, elles peuvent donner élan à une nouvelle manière de penser et d’agir. Je crois que la citoyenneté d’aujourd’hui devrait apprendre d’abord à se former dans les associations locales, les solidarités de quartier, les clubs de réflexion, qui peu à peu s’étendraient pour créer un « élan national ». Je rêve ? J’aurais au moins gagné cela!

Beyrouk

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