COD: Le Boycott et ses conséquences

codEn Mauritanie, il y a opposition et opposition. Question de nuance. L’opposition qui demande le « rahil » (départ) du président Mohamed Ould Abdel Aziz et celle qui dialogue avec lui. Bon, en fait, c’est plus compliqué que cela.

Disons que l’opposition mauritanienne se compose, se décompose et se recompose, suivant les évènements politiques. Deux « oppositions», après le coup d’Etat contre Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, le 6 août 2008. Celle qui dénonce (pour que la communauté internationale refuse le fait accompli) et celle qui soutient espérant que des élections anticipées lui seront favorables ! Puis une opposition, quand Ahmed Ould Daddah, candidat malheureux, à la présidentielle de 2007, comprenant qu’Ould Abdel Aziz n’a pas renversé Sidi pour céder la place à un autre quidam, comme il l’avait fait en 2005, se ravise et retire son soutien à la « Rectification ». Puis deux « oppositions » encore, en novembre 2011, quand quatre partis (APP, Al wiam, Sawab, Hamam) se démarquent des dix autres formations de  la Coordination de l’opposition démocratique (COD) pour créer l’Alliance pour une Alternance Pacifique (CAP) et entrer dans un dialogue « national » avec le pouvoir. Les choses pouvaient en rester là si trois partis (Adil, MPR, RD) n’avaient claqué la porte de la majorité pour protester contre l’hégémonie étouffante de l’Union pour la République (UPR), parti au pouvoir en Mauritanie. La Convergence Patriotique (CP) était née.   Trois oppositions donc actuellement qui s’opposent au pouvoir tout en étant, elles-mêmes, trois « lignes » politiques qui ne se rencontrent jamais !

Je m’oppose, tu t’opposes, on s’oppose…

L’opposition mauritanienne ressemble à l’hydre de la mythologie. Sauf qu’ici les têtes ne tombent jamais ! Les mêmes « capo » depuis que l’opposition est l’opposition. Il arrive seulement que se produise un effet de multiplication. Un lieutenant mécontent qui claque la porte pour aller (avec des « sous-lieutenants) fonder un nouveau parti ! Ainsi, du Front démocratique uni pour le changement (FDUC), au début des années 90, on est passé à l’Union des forces démocratiques (UFD) qui a enfanté, dans la douleur Action pour le changement (AC), avant de métastaser elle-même, en UFD A (Ahmed Ould Daddah) et UFD B (Mohamed Ould Mouloud). Et la suite est connu : AC interdit rejoint les nasséristes de l’APP et réussit une OPA sur le parti, les islamistes abandonnent l’UFD A pour créer « Tawassoul », un parti à eux et à eux seuls. Vieilli par ces « enfantements » dans la douleur, l’UFD A se transforme en Rassemblement des forces démocratiques (RFD) et l’UFD B, qui n’est plus concurrencé sur ce « label » politique datant de l’époque Taya, choisit, elle aussi, de muer en Union des forces de progrès (UFP).

En fait, c’est toujours la vieille question du leadership qui revient pour favoriser ou non ces rapprochements entre les « oppositions ». Plus particulièrement entre le président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, et le chef de file de l’opposition démocratique, Ahmed Ould Daddah. Deux anciens opposants au dictateur Taya qui « cohabitaient » au sein de la COD, malgré des relations tumultueuses avant, pendant et après l’élection présidentielle de 2009. L’exploit du pouvoir est sans doute d’avoir réussi  à mettre en branle le fameux principe du « diviser pour régner », quand il s’agissait pour lui de casser cette alliance de circonstance. L’on pense aussi que l’opposition, qui s’est recomposée après le putsch contre le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, était infiltrée. Un député de la majorité élu sous les couleurs de l’APP, a dû jouer un rôle de premier plan dans le rapprochement entre le président Aziz et le président de l’Assemblée nationale. Très proche de ce dernier, malgré son parcours idéologique (nassériste) sans point d’ancrage historique avec le mouvement anti-esclavagiste « El Hor », ce député a certainement su trouver les bons arguments pour pousser l’APP, et avec elle Al Wiam, Sawab et Hamam, à renoncer à la stratégie du « rahil ». Cette mission accomplie, avec la scission de l’opposition en COD et en CAP (le départ du pouvoir par les urnes et non par la rue), « l’ami du Raïs » pouvait alors rejoindre tranquillement le parti au pouvoir, l’Union pour la République (UPR). Il vient d’ailleurs d’être récompensé pour services rendus, en figurant en bonne place sur la liste nationale de l’UPR pour les élections législatives du 23 novembre prochain. Autant dire une reconduction assurée pour cinq ans sur recommandation « spéciale » du président de la République et au grand dam des barons du parti au pouvoir !

Les  « soldats de l’ombre », il y en avait sans doute aussi du côté du RFD d’Ahmed Ould Daddah. La grogne de certains leaders de son parti, quand il rechignait à aller vers un dialogue « inutile et incertain », rappelait la vague de départs qui avaient suivi la rupture de la « sainte » alliance avec Aziz après le coup d’Etat contre Sidi. Parmi ces « opposants » repentis, on avait compté par la suite des ministres, des ambassadeurs, des conseillers à la Présidence de la République et des PCA à la pelle. Aujourd’hui encore, et à la veille des élections qu’il a choisi de boycotter, épousant la ligne des dix partis de la COD, le RFD fait face aussi à la même vague de contestations tentant de montrer que le « chef » Ahmed se trompe une fois encore. Le boycott prive l’opposition radicale d’une vingtaine de sièges au Parlement mais surtout d’une tribune qui lui permettait, grâce à la retransmission en direct des ébats débats parlementaires, de faire passer son message. L’opinion publique mauritanienne a tendance à privilégier la participation à des élections dont la transparence est sujette à caution à la politique de la chaise vide qui est loin de faire l’unanimité au sein même de l’opposition. On attendra donc de voir si les municipales et législatives se tiendront le 23 novembre prochain, de manière « acceptable » pour savoir si la COD s’est vraiment faite hara-kiri.

Source : Elhourriya

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