COD : Position revue et corrigée?

La Coordination de l’opposition démocratique (COD) a-t-elle amorcé un virage politique par rapport au dialogue avec le pouvoir? Son président actuel, Saleh Ould Hanenna, a appelé, au cours d’un point de presse, tenu lundi, tous les acteurs politiques à se retrouver autour de la table de négociation pour ‘’sauver’’ le pays.

Une attitude nouvelle qui tranche complètement avec l’appel au départ de Aziz qu’exigeait l’opposition radicale.

La COD appelle au dialogue ! C’est carrément une bombe dans le ciel politique national qui a été tout de même occultée par les spéculations sur l’état de santé du président de la République qui se trouve, depuis plus d’une dizaine de jours hospitalisé dans la capitale française.

Lundi, au cours d’un point de presse Saleh Ould Hanenna, président du parti Hatem en charge de la présidence tournante de la COD, en présence de presque tous les dirigeants de la coalition, a expliqué qu’ils exigent la constitution d’une commission d’enquête, dotée de tous les moyens et de toutes les prérogatives, pour tirer au clair l’affaire des tirs sur le président. Il a en outre expliqué le souci de la COD de savoir qui gouverne le pays actuellement pendant la maladie du président. Est-ce des civils ou des militaires.

Jusqu’ici des doléances plus ou moins normales pour une opposition qui continue de compatir avec le président malade et qui avait décidé de suspendre ses activités de protestation jusqu’à nouvel ordre.

Mais l’important et le plus significatif était ailleurs : l’appel lancé par la COD pour l’ouverture d’un grand dialogue entre tous les acteurs de la scène politique. Une position vraiment nouvelle pour des partis qui décrivaient Mohamed Ould Abdel Aziz comme étant un ‘’partenaire non fiable’’ et un homme qui ne ‘’respecte pas’’ ses engagements. Une évolution notoire qui intervient certes à un moment crucial dans la vie de la nation, mais qui n’était pas certes très attendue chez les observateurs de la scène politique. D’autant plus que le pouvoir et l’opposition semblaient inconciliables et chacun d’eux travaillait et raisonnait comme si l’autre n’existait pas.

Qu’est-ce qui a donc changé pour amener l’opposition radicale de revoir sa position. S’agit-il d’une prise de conscience dictée par la fragilité des nos institutions étatiques ? Ou s’agit-il plutôt pour la COD de profiter du moment où l’attention est braquée sur la maladie du président pour abandonner la réclamation du départ de Aziz et s’accrocher au dialogue ?

Une nouvelle donne

Il est évident que les dirigeants de la COD ne sont pas des enfants de chœur. Ce sont des hommes politiques qui raisonnent en fonction de leurs objectifs, mais également de la conjoncture politique. Ils avaient, à un moment donné, décidé d’aller vers la confrontation avec le président Aziz qui a, lui aussi, décidé de les ignorer royalement en engageant le dialogue avec une partie de l’opposition. ‘’On a été obligé de répondre à cette provocation par l’appel au départ de Aziz’’, explique un cadre de la COD.

D’ailleurs, certains partis membres de la COD n’avaient caché leur désapprobation pour une telle doléance. Pris entre le marteau et l’enclume, ils étaient contraints de ne pas se désolidariser de leurs amis et de marcher avec eux dans leur ‘’aventure’’ du départ. Ceux-ci trouvent aujourd’hui le moment opportun pour faire entendre la voix de la raison à leurs partenaires. Surtout que la COD parait avoir échoué à atteindre son objectif : ‘’Aziz dégage’’. Et qu’elle n’arrive plus depuis trois mois à organiser la moindre activité de protestation contre le régime.

Même si certains au sein de la coalition de l’opposition expliquent l’absence de la COD par le Ramadan, les vacances scolaires, l’hivernage…, tout porte à croire que la dynamique de l’opposition envers le régime de Aziz, très forte au départ, est en phase d’essoufflement, pour la simple raison qu’elle n’a pas produit les effets escomptés. Elle qu’elle ne parait plus à la mode.

Pour toutes ces raisons et pour bien d’autres, la COD aurait donc décidé de ‘’glisser’’ vers un appel au dialogue. Surtout qu’elle ‘’maintient l’option de départ du régime comme un objectif stratégique sur le moyen et le long terme’’, soutient l’un de ses responsables.

La question qui taraude tout le monde est de savoir la réponse que fera le régime à la proposition de dialogue de la COD. Déjà certaines pontes de la rectification ont été émus par la position ‘’honorable’’ de la COD vis-à-vis de la maladie du présidé et ont appelé à la nécessité de l’ouverture d’un nouveau dialogue politique pour préserver la paix sociale et normaliser la scène politique. Mais ceux-ci ont-ils le pouvoir et l’influence requis pour amener le régime à ‘’re’’ discuter ?

Difficile de donner une réponse à cette interrogation. Tout dépend de l’évolution de la santé du président et des conséquences de son absence, de plus en plus insupportable, du pays.

Mohamed Mahmoud Ould Targui

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