Comme celle de Raymond Devos : La richesse de Bouamatou est surtout une richesse intérieure

Au hasard de mes lectures et par je ne sais quelle coïncidence, je suis tombé il y’a quelques jours sur l’une des pièces de l’humoriste Français Raymond Devos qui mettait en scène une diabolique affaire d’impôts à laquelle il était confronté.

Afin de planter le décor et rendre accessible au lecteur l’aspect tragi-comique de la pièce il est utile de préciser que, pour être matérialiste et anticonformiste dans la compréhension occidentale du terme, Devos dit s’être toujours refusé à croire à la sorcellerie qu’il devait, sans doute et de par l’environnement culturel auquel il appartient, assimiler à la solution sur laquelle se rabattent les faibles et les imbéciles pour faire face à leurs problèmes routiniers. Attitude somme toute louable et naturelle car, en tant que citoyen Français, la confiance qu’il avait en l’Etat et ses institutions, l’interprétation qu’il se faisait des droits du contribuable et de la moralité qui devait être celle des hommes et femmes en charge du service public et l’expérience républicaine de son pays, le protégeaient en toute logique contre les dangers du recours à la superstition et au fatalisme. Il en était donc ainsi jusqu’au jour où il s’est rendu compte que, sans savoir exactement pourquoi, ses opinions sur la question changeaient petit à petit. La raison des doutes de l’homme s’est finalement révélée être des problèmes d’impôts persistants et présentant une dimension abstraite qui, sans être un complexe paranoïaque, restait toutefois inexplicable pour un esprit cartésien comme le sien. J’imagine qu’après des passages récurrents chez le psy et après maintes hypothèses échafaudées et tout autant d’analyses d’une situation désespérée, les tentatives de Devos de comprendre ce qui lui arrivait sont restées vaines. Finalement il était parvenu à la conclusion qu’il était possédé par son percepteur, l’équivalent de nos agents du Fisc dans le genre Moctar Ould Jaye . Le calvaire de Devos se passait exactement comme nous l’apprend la légende de la possession par les djinns telle que décrite dans l’odyssée du roi Salomon. Imaginez un instant un responsables des impôts qui semble sortir tout droit de l’enfer avec pour mission de rentrer, par effraction bien entendu, dans les coffres, pardon, dans l’esprit de Ould Bouamatou et de se conduire dans ce joyau de l’humanisme et de l’intelligence en affaires, comme l’aurait fait, sans se soucier des dégâts, un éléphant dans un magasin de porcelaine. Ou encore pire, un Gouverneur jouant au prince des ténèbres dans une BCM à la dérive comme un bateau fantôme. Mais au fait, ce que semble ignorer Raymond Devos c’est que son obsession par son percepteur, qui est celle de tout contribuable honnête, s’explique par ce zèle universellement reconnu du Fisc qui était en train de le rendre littéralement fou. Le Directeur Général des impôts, dans son show télévisé sur l’affaire BSA, nous en a d’ailleurs donné un bel exemple grandeur nature en démontrant que ce genre d’expériences ne se fait pas qu’en laboratoire auquel semble être réduite la BCM et que le mythe y était pour presque rien, sinon pour rendre encore plus amère la réalité. Cependant, pour échapper à l’emprise de son diable de percepteur, Raymond Devos a tout essayé. En désespoir de cause il est même allé voir un prêtre, c’est dire à quel point les convictions de l’humoriste, qui se jouait de tout, étaient ébranlées et à quel point lui même ne savait plus à quel saint se vouer. Mon père, avait-il dit à l’ecclésiastique, surpris de le voir sur le seuil de la maison de Dieu, je suis possédé du percepteur, pouvez-vous pratiquer l’exorcisme ? Le prêtre fit le signe de la croix et dit d’une voix qui trahit la terreur : mon fils, vous m’auriez parlé de démon, de catastrophe naturelle ou d’un problème cosmique, que j’aurais pu tenter quelque chose, mais contre les puissances de l’argent mes pouvoirs ne peuvent rien. Qu’est-ce je peux faire donc mon père ? Payez, payez, payez pour nous, dit le prêtre. Entendez par là : priez, priez, priez pour nous. En ce moment et compte tenu de la situation dans laquelle il se trouvait, Devos devait maudire dans son fort intérieur l’échéance de ce qui constitue le socle de toute la pensée occidentale et la fierté des démocrates ; c’est à dire la victoire de la science sur l’église il y’a plus de quatre cents ans. C’est en effet l’issu de la prépondérance de l’Etat laïc sur laquelle a débouché le conflit de la guerre de cent ans et qui s’est renforcée de manière irréversible sous la renaissance, qui fait reculer aujourd’hui le prêtre devant le percepteur en même temps qu’elle enlève aux administrés, opprimés par l’Etat, le refuge qu’ils ont toujours trouvés auprès de l’église. Et c’est tout juste si Devos n’a pas versé une larme de nostalgie sur l’inquisition et sa justice Kafkaïenne qu’il connait de réputation et qui étaient sans commune mesure avec les dérives autoritaires d’un percepteur qui incarnait la puissance publique dans ses aspects mécaniques et inhumains. Alors Raymond Devos s’est mis à payer. Et plus il payait, son percepteur le lui faisait payer en vertu de l’impôt sur un revenu mesuré à l’aune des payements assidus d’un bon contribuable et à celle, plus appétissante, de la présomption de prospérité chez un citoyen qui paye ses impôts tout en s’abstenant d’y voir la main de fer de l’Etat dans le gant en tungstène du percepteur. Résigné mais se comportant en bon philosophe formé à l’école de la vie et de l’humour, Devos disait devant des spectateurs attendris et compatissants : il me taxe sur ma valeur personnelle. Il m’impose sa volonté. Il me traque. Tout ca parce que j’ai eu la faiblesse de montrer des signes extérieurs de richesse… Alors que toute ma richesse est intérieure. Comme celle de Devos, la richesse de Bouamatou est surtout elle aussi une richesse intérieure. Celle qui rend la vue aux aveugles, le réconfort aux veuves et aux endêvées, le sourire aux indigents et la confiance aux travailleurs. C’est à la source de cette richesse que se sont abreuvés un jour Mohamed ould Debagh, Wellad Ould Nakh, Henoun, les médecins de la Fondation et bien d’autres proches collaborateurs de Bouamatou. Pour avoir eu la faiblesse de montrer des signes extérieurs de richesse et compte tenu du fait que les mêmes causes produisent les mêmes effets, Ould Bouamatou s’est lui aussi trouvé taxé pour sa valeur personnelle, traqué et à la merci de la volonté du Fisc et de la BCM. Mais que l’on ne s’y méprenne, les signes extérieurs de richesse de Bouamatou étaient destinés à atténuer les effets d’une pauvreté que l’honneur, chez certaines personnes, rendait imperceptibles sauf par ceux qui considèrent que le secours d’autrui est la véritable richesse de l’âme.

M.S.Beheite

Source : lauthentic


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