Comment sortir de l’esclavage et du racisme en Mauritanie?

Dans le souci d’informer sur la question de l’esclavage en Mauritanie dans le monde arabe, A.H.M.E. a produit une thèse que voici.
 Le livre de Mohamed Yahya Ould CIRE intitulé  » L’abolition de l’esclavage en Mauritanie et les difficultés de son application », publié en 2008 ahme-logopar l’ANRT (Atelier National de Reproduction des Thèses), institution de l’État français.  Il s’agit d’une thèse en Sciences Politiques soutenue en septembre 2006 par l’auteur à l’université Paris II Panthéon-Assas. Cette thèse a obtenu la mention Très honorable.

Les pratiques esclavagistes en Mauritanie

Toutes les ethnies en Mauritanie ont pratiqué l’esclavage, qu’il s’agisse des Berbères, des Arabes, des Peuls, des Soninkés, des Wolofs. Les ethnies négro-mauritaniennes, en l’occurrence les trois dernières ont abandonné les pratiques esclavagistes. Cet abandon est du à l’administration française sous la colonisation ( 1904-1960). Mais, au sein des ces ethnies existe toujours un système de caste dans lequel les victimes sont reléguées au second plan et exclues d’un certain nombre de droits. Par exemple, les esclaves, les griots, les forgerons, les bûcherons, etc ne possèdent pas de terres et dépendent des propriétaires terriens pour cultiver. Ces castés ne peuvent être ni chef de villages, ni maires, élus, … Ceci est du au fait que les membres de la féodalité refusent d’être dirigés par des personnes «inférieures» à eux.

S’agissant des Arabes et des Berbères, les pratiques esclavagistes continuent comme par le passé. L’esclave travaille sans être payé, il peut être vendu, déshérité, loué, donné, échangé, prêté, …, et surtout subit tous les sévices physiques possibles, qu’il s’agisse de la castration, du lynchage, voire la tuerie. La femme esclave est centrale dans ce système : elle contribue non seulement à la procréation des esclaves, c’est-à-dire à leur multiplication, mais aussi à la satisfaction sexuelle des Maures. Nous y reviendrons.

La société maure est une société esclavagiste, et non une société à esclaves, (Christian Delacampagne) en ce sens que tous les travaux de production, de services sont effectués par les esclaves. Les féodaux maures détestent le travail manuel et apprécient d’être entretenus par leurs esclaves.


L’ Islam et l’esclavage en Mauritanie

La Mauritanie est une République islamique. Elle est la première république islamique, et ce, depuis mai 1961, bien avant le Pakistan et l’Iran. Il s’agit dans les faits d’une véritable théocratie où tous les textes juridiques ont pour source la Charia ( lois islamiques ).
L’Islam reconnaît et sacralise l’esclavage. Voilà son fondement juridique en droit musulman :

Sourate 26 – Verset 71 : Allah a favorisé les uns d’entre vous par rapport aux autres dans [la répartition] de ses dons. Ceux qui ont été favorisés ne sont nullement disposés à donner leur portion à ceux qu’ils possèdent de plein droit [esclaves] au point qu’ils y deviennent égaux, Nieront-ils les bienfaits d’Allah ?

Relativement à la femme esclave, lisons ceci : Sourate 5 – Verset 43 : L’épouse n’a aucun droit de s’opposer à son mari de posséder des esclaves femelles et d’avoir des rapports [sexuels] avec elles [de les violer]. Et Allah sait mieux.

L’Imam Malick et d’autres érudits arabes partisans du Sunnisme ont rédigé des documents qui s’apparentent à des codes de l’esclavage.
Deux exemples pour illustrer les pratiques esclavagistes en violation du Coran ou en produisant des normes qui ne relèvent pas de celui-ci. 1) Rien dans le Coran ne permet de justifier une relation quelconque entre l’affranchi ( Hartani) et l’ancien maître. Pourtant, aujourd’hui en Mauritanie, le code esclavagiste d’inspiration malékite a créé un statut intermédiaire entre l’esclave et l’homme libre. Les affranchis (Haratine) sont placés dans une relation clientéliste permanente à l’adresse de leurs anciens maîtres. Ces rapports de domination et d’exploitation se transmettent de génération en génération. Finalement, on ne sort jamais de l’esclavage.

2) Une part de la dîme religieuse ( zëkatt) revient de droit ( Coran) aux esclaves qui manifestent la volonté d’accéder à la liberté. Cette disposition religieuse a été respectée sous le Prophète Mouhammad et les quatre premiers califes. Aujourd’hui, en Mauritanie, cette obligation religieuse est transgressée parce que non appliquée.

Le droit positif et la question de l’esclavage en Mauritanie

Au plan international, la Mauritanie a signé et ratifié plusieurs conventions, notamment :

  • La déclaration universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948 ( renvoi à la Partie I de la Thèse)

Ces conventions interdisent toutes et l’esclavage et le racisme :

Ces signatures et ratifications engagent la responsabilité de la Mauritanie. Or, l’État mauritanien n’applique pas les conventions qu’il a lui-même signées. Force est de constater un manque de volonté politique à ce niveau.

Au plan interne,

  • décret du 12 décembre 1905 sous l’administration coloniale française. D’abord, la Mauritanie n’a pas intégré ce décret dans don droit interne, et s’il l’avait fait, il subirait le même sort que les autres textes non-appliqués.
  • ordonnance 81-234 du 9 novembre 1981 portant abolition de l’esclavage en Mauritanie
  • loi 2007-048 du 3 septembre 2007 portant incrimination de l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes.

Comment sortir de l’esclavage et du racisme en Mauritanie?

I)                  Reconnaître la communauté haratine dans la Constitution mauritanienne. En effet, une communauté ignorée, dans la loi suprême ( Constitution ) ne peut être prise en compte sur le plan politique. L’absence d’une prise en compte de la communauté haratine est le symbole même d’un manque de volonté politique

II)               Inscrire dans la Constitution le principe de l’égalité raciale. L’esclavage maure repose sur le racisme et la supériorité d’une race ( berbère et arabe ) sur une autre ( noire ). Il faut d’abord mettre fin à cette inégalité raciale. Il convient de ne pas confondre l’égalité raciale et l’égalité des citoyens. Dans une République les citoyens sont censés avoir les mêmes droits. Or, cette égalité citoyenne est handicapée par le racisme en Mauritanie. Il convient donc de reconnaître l’égalité raciale. Puis c’est son application conséquente qui permettrait une égalité des citoyens. En effet, les citoyens sont des êtres égaux. Or, le Hartani ( esclave ) n’est pas l’égal du Maure. Celui-ci, n’est pas l’égal du Négro-mauritanien.

III)            Sortir constitutionnellement ou par la loi ordinaire l’esclavage du joug de l’Islam.
Il s’agit de la création d’une république laïque en Mauritanie. Aujourd’hui, la question de l’esclavage relève du droit musulman. L’Islam a reconnu l’esclavage et l’a sacralisé. Il faut non seulement abolir l’esclavage mais aussi soustraire toutes les affaires y afférentes au droit musulman par une décision politique : qu’il s’agisse de l’héritage, du mariage, des litiges fonciers, de la Zëkat, la Saddagha, … qui sont des moyens d’exploitation utilisés par les Maures à l’encontre des Haratine (A.H.M.E. vous renvoie à la thèse de Ould Ciré, Partie III )

IV)            Interdire dans la Constitution toute détention d’esclaves par un fonctionnaire, un parlementaire ( sénateurs et députés ), hommes politiques, etc. En fait, les pratiques esclavagistes doivent être interdites à tous les serviteurs de l’État. Comment voulez-vous lutter contre l’esclavage quand les serviteurs de l’État sont eux-mêmes esclavagistes ?
C’est ainsi qu’en Mauritanie, les magistrats, les enseignants, les préfets, les gouverneurs, les journalistes, les diplomates, les ministres, les présidents de la République, les sénateurs, les députés, les maires … sont tous détenteurs d’esclaves et à ce titre, ne peuvent lutter d’une manière conséquente contre l’esclavage. Aujourd’hui,IRA-Mauritanie, SOS-Esclaves, la CNDH et l’AFCF dénichent des esclaves dans les parties rurales du pays. Or, les ministres à Nouakchott ainsi que de nombreux fonctionnaires détiennent des esclaves sans être inquiétés. L’État doit exiger que ses serviteurs donnent l’exemple dans sa lutte contre l’esclavage.

V)               Inscrire dans la Loi suprême la discrimination positive en faveur des esclaves. Comment imaginer que des personnes nouvellement affranchies se prennent en charge quand, durant des générations, elles ont été conditionnées, animalisées, ne sachant
qu’obéir aux ordres de leurs maîtres et vivre des restes ( el Vëldhlë ) ? Un jour, par une science infuse, elles doivent se débrouiller pour vivre, se loger, s’habiller, se soigner … Si les esclavagistes privés peuvent avoir des comportements irresponsables, l’Etat ne peut et ne doit se dérober à sa responsabilité, notamment une prise en charge des victimes de l’esclavage et leur accompagnement en vue de s’insérer dans la vie économique, sociale, juridique, …

VI)            Recenser les Haratine en tant que communauté à part, différente des Négro-mauritaniens et surtout des Maures qui utilisent la composante haratine pour exercer un pouvoir politique auquel ils n’ont pas droit en réalité. Les Maures ne sont pas majoritaires en Mauritanie. Par conséquent, le pouvoir en Mauritanie est une usurpation politique. Les Haratine sont recensés comme serviteurs ( esclaves) et leurs votes restent détournés au bénéfices des Maîtres . Pour rompre avec ce système féodal et esclavagiste, il faut appliquer le principe d’égalité entre tous les êtres humains ( apports des Révolutions française « 1789 » et américaine « 1776 » à l’humanité). La négation des Haratine est une conséquence de l’esclavage ( l’esclave n’est pas une personne par statut).
L’application des textes juridiques dépend de la volonté politique des gouvernants. A défaut de celle-ci, seule la lutte les y contraindra.

Mohamed Yahya Ould Ciré

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