Conférence débat sur l’esclavage au Guidimakha (Soniké)

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L’esclavage continue de faire parler de lui jusque dans les profondeurs de la Mauritanie. Malgré l’arsenal juridique mis en place pour dissuader les esclavagistes, le phénomène fait l’unanimité sur son existence. C’est dans ce cadre, que l’Association «Ensemble pour le Progrès de Sélibaby » a organisé le 13 juin dernier à l’Espace Culturel Diadié Camara, pour échanger et discuter sur comment faire pour changer les vieux réflexes et comportements d’un autre âge au Guidimakha. Les conférenciers ont mis l’accent sur la problématique liée aux tares sociales engendrant un déséquilibre social.

 Le sujet n’est plus un tabou dans un pays qui l’a aboli depuis 1981 avant de mettre en place en 2007, une loi criminalisant le phénomène. C’est l’axe emprunté par le premier conférencier, Ba Abdoulaye qui a évoqué les différentes étapes franchies par la Mauritanie sur le plan juridique pour venir à bout du phénomène. Même si la plupart des mauritaniens notamment les défenseurs des droits humains insistent sur l’existence du phénomène, pour les autorités, il ne reste que des séquelles comme en atteste la récente création de l’Agence nationale de lutte contre les séquelles de l’esclavage, de l’insertion et de la lutte contre la pauvreté (ANLSESILP) dont l’objectif  visé est l’éradication des  séquelles de l’esclavage en venant en aide à ces populations très pauvres et marginalisées, notamment au moyen d’un accès au logement et à l’emploi.

Dans le cas d’espèce, le deuxième intervenant, Bécaye Ba, ressortissant du Guidimakha, trouve aberrant qu’il existe dans un village, plusieurs mosquées dirigées par des gens soi-disant nobles, devant d’autres considérés esclaves à travers leur arbre généalogique. Mieux, l’endogamie est très privilégiée dans ce terroir guidimakhanké. Alors que, la plupart de ces « esclaves » sont parmi les plus riches voire plus évolués sur le plan intellectuel. Et cela, le conférencier le met sur le compte de l’immigration. Ainsi, il soutient que « ce n’est pas le nom de famille qui fera le développement ou la richesse d’un homme ». Aujourd’hui, convient-il, « la démocratie est parvenue à régler certaines questions et considérations sociales » basées sur la vie calquée. Toutefois, il reste optimiste avec cette jeunesse qui commence à prendre conscience et à oser en parler pour changer la donne. « Il faut en parler de cet aspect gênant même si parler de lui relève d’un malaise » a-t-il insisté.

Ce qui a permis à Boubacar Messoud, président de l’Ong SOS Esclaves de rebondir pour dire que « l’esclavage existe dans tout le pays » en donnant des exemples concrets sur la spoliation des terres, les positions sociales voire même politiques. « Si on n’enlève pas ce type d’esclavage dans nos têtes, on n’avancera jamais » a-t-il soutenu. Pour le président de SOS Esclaves, « il ne faut pas avoir honte de dire ce qu’on est et d’en parler ». Car, «c’est de cette façon qu’on peut arriver à l’éradiquer et à l’enlever dans nos esprits » non sans souligner la « lâcheté » et la « corruption » de certains cadres négro-mauritaniens. Même s’il reconnaît l’existence des lois, il déplore leur manque d’application et leur insuffisance. Néanmoins, «Il faut continuer à dénoncer ». Certains intervenants ont dit qu’il ne faut pas minimiser ce qui se passe dans nos familles. Parce que l’esclavage est un phénomène social négatif qu’il faut éradiquer par la volonté et l’engagement en refusant la manipulation. Des professeurs d’universités et des responsables d’Ong ont également insisté sur la dénonciation pour accompagner les lois.

Au Guidimakha, cette contrée de 44 villages où se côtoient Soninkés, Maures, Pulars, il est interdit de parler en public pour les « esclavages » révèle Bouley Traoré, militant des droits de l’homme prenant à témoin le public exclusivement composé de ressortissant du terroir. Etayant ses propos, il a soutenu que la nature de l’esclavage est la même partout mais la stigmatisation diffère selon les familles et les communautés. Ce que Boubacar a qualifié de caste dans les milieux négro-mauritaniens et de système de domination dans le milieu maure. Le cas de la séparation des cimetières a été évoqué mais Bécaye Ba et le jeune sociologue Camara justifient en disant que ce sont des comportements sociologiques qui n’ont rien à voir avec des cimetières pour nobles et pour esclaves.

Le débat posé par les jeunes de l’Association du Guidimakha a été fructueux. Une initiative saluée par tous les participants. D’ailleurs, les jeunes du terroir guidimakhanké ont promis de porter ce débat à l’intérieur de cette wilaya (région) pour sensibiliser et conscientiser les populations. Un programme d’action a été élaboré à cet effet. Toutefois, son exécution se fera lentement pour ne pas heurter certaines consciences et ce, avec l’appui de Boubacar Messoud qui en a fait la promesse. Tout compte fait, pour les jeunes, « notre objectif a été atteint, car il s’agissait pour nous de poser le débat et de créer le déclic ».

Badiana

 

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Mauritel

Comments

  1. C’est une première de voir les fils de guidimagha qui s’attaquent publiquement au sujet de l’esclavage.Ils méritent d’être soutenus notamment dans l’exécution de leur plan de programme.Encore une fois merci EPPS!

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