COP21 de Paris : le Fonds vert pour le climat, un défi parmi tant d’autres

Sidi El Moctar Ahmed TalebDans un article précédent, j’avais tenté de distinguer et caractériser trois étapes jugées importantes dans le processus d’organisation de cette 21ème Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations uniessur les changements climatiques (COP21/CMP11 ou Paris 2015)
La troisième et dernière étape alors identifiée, devrait être le démarrage effectif des travaux de la conférence et la négociation, en vue de contenir le réchauffement mondial en deçà de 2°C, d’un accord souhaité universel et juridiquement contraignant.
Cette étape a finalement été entamée hier avec la cérémonie officielle d’ouverture au Bourget/Paris et l’enchainement des interventions des 147-150 Chefs d’Etat et de Gouvernement participants.
Cette norme de 2°C, est un objectif dont la réalisation oblige les négociateurs à parvenir, au plus tard à la date butoir du 11 décembre courant, aux voies et moyens de relever un ensemble de défis d’ordre scientifique, politique, économique et financier ; le compromis final devant se trouver à la lumière des contributions des pays et des indications et/ou instructions données directement par les décideurs à leurs négociateurs.
Dans le présent écrit, on s’intéresse uniquement à la question de financement qui constitue le nerf de la guerre contre le phénomène du réchauffement climatique et ses conséquences à l’échelle planétaire ; ce financement met à l’épreuve la crédibilité des bailleurs pollueurs (pays industrialisés) et conditionne l’action future des pays victimes des effets des changements climatiques induits par le comportement des premiers.
Il s’agit précisément de ce qu’on appelle le Fonds vert pour le climat, décidé en 2009 à Copenhague et lancé officiellement à partir de 2011 à Durban. A se rappeler là que « le Fonds vert pour le climat est un mécanisme financier de l’Organisation des Nations Unies, rattaché à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).
Il a pour objectif de réaliser le transfert de fonds des pays les plus avancés à destination des pays les plus vulnérables afin de mettre en place des projets pour combattre les effets des changements climatiques ».

Aux yeux de beaucoup parmi ceux qui suivent avec intérêt la problématique du dérèglement climatique, ce Fonds vert pour le climat serait à la tête d’une série de défis dérivés du grand défi du climat auquel l’humanité fait déjà face et est appelée désormais à l’affronter davantage dans les années à venir.
Plusieurs raisons justifient cette position du Fonds de financement sur l’échelle d’hiérarchisation des défis de la COP 21 et des autres COP aussi qui suivront. Incitent à qualifier la bonne marche de cette création de défi, les difficultés avec lesquelles les pays avaient adhéré à l’idée de mise en place de ce Fonds en 2009 et la Corée du Sud (Inchon) a été choisie pour l’abriter ainsi que le contenu du premier rapport du genre préparé par l’OCDE à l’occasion de la tenue de la présente COP21.
Dans les détails et le désordre, la finalisation des aspects institutionnels relatifs à la nature, aux missions et au mode de fonctionnement des instances dirigeantes du Fonds, serait la première marche d’un long escalier.
La nature des contribuables (pays développés, pays émergents et pays en de développement) et le montant annuel à débloquer par pays ou catégorie de pays (% du PIB et une taxe en fonction de l’émission des gaz à effet de serre), représenteraient certainement des enjeux qui risquent d’affecter le destin même de ce mécanisme de financement.
Surtout quand on sait que des voix s’élèvent pour réclamer que ces contributions soient distinctes d’un côté, des montants alloués par les pays développés à la recherche, chez eux, de solutions aux problèmes du dérèglement climatique et de l’autre, des aides accordées aux pays en développement dans le cadre bilatéral et/ou multilatéral.
Plus explicitement, il s’agit du souhait de voir les contributions des pays mises dans un compte (sorte cagnotte) géré par les instances du Fonds et de créer des mécanismes appropriés pour suivre et contrôler la gestion des moyens financiers mobilisés.
Dans le cadre de ce qu’on est en train d’appeler ‘’dette écologique’’, les pays industrialisés devront aussi indemniser les pays en développement pour les préjudices portés déjà à leur environnement suite à l’exploitation directe de leurs ressources naturelles, notamment minières.
A propos, les multinationales des pays développés pourraient-elles contribuer dans l’alimentation de notre fameux Fonds vert pour le climat ? Dans tous les cas, les pays sont généralement sous l’emprise de ces multinationales et l’élection de leurs dirigeants se fait avec leur argent.
Aussi, les difficultés relatives à une gestion transparente et équitable de l’argent récolté, fait davantage du Fonds vert un véritable défi. Dans ce cadre, nul doute que l’opération d’allocation des financements, ne sera pas une tâche aisée : définition de critères objectifs et équitables pour identifier les bénéficiaires, établir un ordre des priorités, définir les montants à allouer par pays ou zone géographique, trancher sur la partie ‘’prêt’’ et la partie ‘’don’’ du financement, etc.
Seraient prioritaires à ce sujet la formation, la recherche scientifique et le transfert de technologies dans les domaines liés à cette préoccupation majeure de l’humanité. Au préalable, il serait impératif de convenir, sans équivoque, sur le fait que la problématique climat dépasse bien la dimension environnementale.
C’est ainsi que le concept d’adaptation sera saisissable par tous et les stratégies nationales intégrées pourront harmonieusement inclure des stratégies d’adaptation thématiques selon la position géographique et la vocation des pays : (1) Etats insulaires, autres pays côtiers (pêche), pays réservoirs de ressources naturelles (forêts et sols fertiles, animaux et minières), (2) nouvelles conceptions pour les plans d’urbanisation et d’aménagement du territoire, développement des énergies renouvelables, etc.
Attendons l’accord du 11 décembre ou les 2 ou 3 premières années de sa mise en œuvre !

Source:  Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb

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