COP21 de Paris : Une victoire, mais de la politique et la diplomatie

Sidi El Moctar Ahmed TalebLes personnes intéressées par le déroulement des travaux de la COP21 de Paris 2015, avaient certainement observé que les négociateurs étaient, dès le début, divisés en deux pôles distincts et plus ou moins divergents.
Cette bipolarité avait, au bout du compte, conduit au fait que la politique et la diplomatie prennent le dessus dans les tractations, notamment à partir du vendredi 11 après-midi quand on a remis aux délégations des pays participants à la Conférence une version de 27 pages et avec un nombre presque double de termes entre crochets (en suspens et à négocier encore).
Eu égard à la contrainte temps et aux divergences entre les points de vue des deux pôles émergés, la pression politique et diplomatique était la seule façon pour la présidence de la Conférence et son pôle d’arracher ou imposer un accord fortement nuancé et qui mise beaucoup sur la conscience des acteurs au point de privilégier le volontariat à la contrainte.
Cette victoire du politique sur le scientifique, le technique ainsi que sur la volonté des organisations de la société civile et des pays du Sud, est évidement le résultat du rapport de forces entre les pôles constitués. Celle-ci est saisissable à travers plusieurs points du rapport final décroché dans le temps additionnel de la partie.

L’ambition ou le plafond du réchauffement en tant qu’objectif de long terme :

Le pôle fort a gagné la partie en imposant une formule magique pour spécifiquement résoudre la question d’ambition. Ceci s’est ainsi traduit par le maintien de l’objectif défini à Copenhague selon lequel le réchauffement devra être contenu «bien en deçà de 2°C» par rapport à l’ère pré-industrielle.
Pour consoler les pays les plus vulnérables dans le pôle vaincu, un pseudo objectif a été ajouté : ‘’des efforts devront être réalisés pour tenter de rester en-dessous de 1,5°C’’.
Quant à comment atteindre l’objectif précédent et son appendice, on remarque l’absence dans le nouvel accord d’objectifs spécifiques chiffrés qui seraient tirés des contributions des pays, notamment en ce qui concerne leurs engagements en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
La souplesse accordée aux pays en voie de développement dans ce domaine et l’espoir mis en la capacité de la végétation et des océans dans la neutralité de leur carbone émis, fait passer sous silence ce que devraient être les détails des obligations des vrais et grands pollueurs de la planète.
Enfin, l’ambition de ce nouvel accord ne semble pas expliciter suffisamment le fait que la problématique du ‘’climat’’ dépasse les limites de l’environnement et une sobriété de l’économie mondiale en charbon, en pétrole et en gaz.

La différenciation et répartition du «fardeau climatique» entre les pays :

La nomenclature de ‘’pays développés’’, ‘’pays émergents’’ et ‘’pays en voie de développement’’ reconnue par les pays riches quand elle sert leurs intérêts, semble réduire le principe de «différenciation» à celui de responsabilités et des capacités différentes des Etats en fonction de leurs «circonstances nationales différentes».
Cette dilution de la teneur du principe de la « responsabilité commune mais différenciée » inscrit dans la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) de 1992, constitue un autre grief à l’accord de Paris.
La posture injuste mettant les pollueurs et les victimes sur le même pied d’égalité, montre une fois de plus le refus, de la part des pays développés et émergeants, de renoncer à tout ce qui pourrait affecter négativement leur croissance économique.

Les financements :

En quelque sorte, le nouvel accord revient sur l’engagement de Copenhague relatif à la mobilisation de 100 milliards de dollars par an comme aide aux pays en voie de développement afin qu’ils puissent faire face aux conséquences du réchauffement climatique.
En effet, les 100 milliards deviennent un simple plancher et les détails de tout nouvel engagement financier, sont renvoyés à 2025. Tout ceci était fait à la demande des Etats unies d’Amérique qui avaient fait de cet objectif, préfixé depuis 2009, une ligne rouge.
Globalement, les décisions prises sur cette question des financements en rapport avec le principe de la « responsabilité commune, mais différenciée » auquel aiment s’accrocher les pays industrialisés, n’ont pas répondu aux multiples questions soulevées dans l’article «COP21 de Paris : le fonds vert, un défi parmi tant d’autres». Serait-ce le lieu de préciser que les pays pauvres ont moins besoin de financement pour l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre sur leurs sols.
Il est alors impardonnable de ne pas prévoir dans le rapport final des financements pour l’adaptation, c’est-à-dire pour les projets permettant aux pays en voie de développement de faire face aux conséquences néfastes du réchauffement.

Le mécanisme de contrôle et de révision des engagements volontaires des pays :

Une analyse approfondie du rapport de la COP21, montrerait que de ce qui a été décidé à ce sujet n’est pas suffisant pour contenir les émissions de gaz à effet de serre sous la barre de 2°C.
Lier aussi la limitation du réchauffement à 1,5°C à un travail que devront faire des experts indépendants en 2018, fait partie de ce qui semble être la stratégie du lobby des grands pollueurs et consistant à repousser toujours, à plus tard, les mesures décisives pour la sauvegarde de la planète et de ses habitants.
De même, renvoyer à la COP22 à Marrakech la définition des mécanismes et outils d’opérationnalisation des grandes décisions que traduit cet accord de Paris, s’inscrit parfaitement dans cette soi-disant stratégie.
C’est également le cas de la consécration de 2020 comme date d’entrée en vigueur du nouvel accord, chose qui soulage les pollueurs puisqu’elle cache leurs actions préjudiciables d’ici-là et leur donne l‘occasion de prolonger, à l’infini, les discussions sur les questions faisant l’objet de divergences majeures.
De même, s’inscrit dans cette manière de faire, l’idée d’avoir des annexes pour des objectifs et des mesures qui auraient dû être contraignants pour tous. C’était-il vraiment pour tenir compte des conditions de ratification de ce genre d’accords par certains pays, ou pour aussi y loger d’autres questions implicitement reportées et/ou non consensuelles ?
Par ailleurs, bravo l’Afrique pour avoir assuré la contribution de 53 pays sur 54 (sauf la Libye excusée), réussi la coordination de ses positions lors des négociations et présenté des projets vendables dans des zones sensibles du continent. Un autre bravo pour l’honneur de présider et organiser sur le continent laCOP22 en 2016.
Enfin, cet accord de Paris est-il vraiment suffisant pour garantir une harmonie entre la planète et ses habitants comme le prétend Ségolène Royal, Ministre de l’Ecologie et du Développement Durable de la France ? Attendons la COP22 deMarrakech pour interroger Hakima El Haité, Ministre de l’Environnement duMaroc.
Quelle que soit la réponse de Madame, il ne sera pas exclu de découvrir alors queParis s’est déchargé sur Marrakech et que cette ville rouge du Maroc paye le prix du succès de la vielle ville qui fut, pour longtemps, capitale du monde culturel.

Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb

Source : Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb

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