COUP DE PLUME: De quelle cohésion sociale parle-t-on ?

KISSIMA

« La cohésion sociale de notre pays est ébranlée par les difficultés de cohabitation entre les communautés, le poids du passif humanitaire, la persistance des pratiques de l’esclavage et ses séquelles. Tous ces clivages créent des divisions au sein du peuple, à cause de l’absence de solutions adéquates aux revendications spécifiques. »

C’est en ces termes que l’opposant Ahmed Ould Daddah s’était exprimé à l’ouverture d’un Forum pour la Démocratie et l’Unité organisé fin février par une partie de l’opposition, de la société civile et de personnalités indépendantes de la Mauritanie. Il est donc question de cohésion sociale dans l’esprit des principaux acteurs de la vie publique de la Mauritanie. Les autorités venaient pourtant de concevoir une stratégie nationale pour la cohésion sociale avec pour objectif de prévenir les conflits et renforcer l’union sociale.

En vérité, à bientôt 54 ans de vie « indépendante », ce pays qui fut baptisé contre « vents et marées » République Islamique de Mauritanie pour taire les divergences de toutes formes n’est visiblement pas encore sorti de l’auberge…

Les conflits à prévenir ont déjà eu lieu et leurs plaies peinent à se cicatriser.  Les antagonismes idéologiques avec en toile de fond la question linguistique et identitaire ont porté un sérieux coup à l’unité nationale. Entre les affrontements ethniques des années soixante et soixante dix causés par les choix linguistiques et éducatifs des politiques et les années de braises consacrées par les arrestations, déportations et exécutions extrajudiciaires dans un état d’exception qui a fait, comme on dit, l’affaire aussi bien aux idéologues baathistes, nasséristes qu’aux nationalistes négro-africains, en passant par l’étouffement et la gestion par le mépris des revendications de liberté pour les victimes de l’esclavage et de ses pratiques connexes, la Mauritanie a traversé un enfer de problèmes qui ont failli la faire sombrer : conflits du Sahara, putschs répétitifs, événements de 89, menace terroriste, etc.

Si ces menaces semblent être endormies -à défaut d’être écartées- reste que le fossé continue à s’élargir entre les mauritaniens : la pauvreté galopante, les expropriations de terres agricoles au profit d’hommes d’affaires nationaux et étrangers, l’existence d’écoles d’excellence fréquentées uniquement par les fils des décideurs à l’image du lycée militaire où l’on déplore un déséquilibre quant à la représentativité des différentes composantes ethniques,  l’existence de deux systèmes éducatifs à vitesses variables y compris la fréquentations des écoles étrangères par les enfants des élites économiques et politiques du pays pendant que ceux des pauvres continuent à se rabattre sur les écoles publiques et privées nationales avec leurs programmes désuets….Tout ceci exacerbe le sentiment de frustration qui ronge ceux qui dans la société Mauritanienne demandent plus de cohésion, d’unité et d’équité…

Des régions gouvernées par des walis, des hakem, des commissaires de police et des commandants de brigade ne parlant pas la langue nationale des populations locales, cela ressemble à des colonies où les administrés font figure d’indigènes obligés de s’adresser le regard baissé à leur chef et d’attendre qu’il daigne se faire interpréter dans sa propre langue leur moindre doléance…

S’ajoute à cette liste, la mauvaise foi qui prévaut dans la gestion des solutions gauchement apportées aux problèmes des victimes. Le 4 mai 2014, les autorités mauritaniennes répriment à Nouakchott une marche pacifique d’anciens réfugiés qui se sont déplacés à pied de Boghé à Nouakchott pour venir réclamer de meilleures conditions que celles dans lesquelles ils se sont retrouvés depuis leur rapatriement lancé entre 2008 et 2013 par les autorités mauritaniennes et le Haut commissariat aux réfugiés.  La répression a été d’autant plus sévère que les autorités prétexté qu’elle a été récupérée par des politiques et des étrangers. Elles ont même prétendu que la marche avait  un cachet communautaire. Deux jours auparavant une autre marche,  commémorative celle-là, du manifeste pour les droits des harratines publiée le 29 avril 2O13 a connu une affluence solidaire de toutes les composantes nationales du pays et a été encadrée par les forces de l’ordre.

Autant dire que les concepteurs de la  stratégie pour la cohésion sociale dont il est question ici ont du pain sur la planche !

Si à en croire les autorités l’ambition d’une telle stratégie est de réduire les inégalités et renforcer l’unité nationale, c’est à ces faits qu’il faut commencer par s’attaquer avec audace. Y compris à toutes ces frustrations qui ont fini par éclabousser ces derniers temps la société mauritanienne à travers les présumés actes de profanation du Coran, du prophète, des ulémas. Actes qui ne sont entre autres que l’expression du ras-le-bol de  ceux qui n’arrivent pas vivre en parfaite harmonie avec une société qui les méprise.

KISSIMA

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