Crash du vol EgyptAir: les Egyptiens entre peine et défi face aux coups du sort

détresse des famillesToujours beaucoup d’incertitudes après la disparition du vol MS804 d’EgyptAir hier, jeudi 19 mai, au dessus de la Méditerranée. Attentat ? accident ? Problème technique ? Aucune piste n’est écartée même si la piste terroriste semble être privilégiée par Le Caire au détriment de celle d’une défaillance technique. Un changement d’attitude par rapport au crash de l’avion russe du Sinaï et les Egyptiens sont partagés entre désespoir et la volonté de faire face aux coups du destin. Des sentiments reflétés par tous les médias.

Ce qu’il faut retenir du crash du vol MS804 :

► L’appareil a décollé de l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle mercredi 18 mai, à 23h09 (heure de Paris et du Caire) avec 66 personnes à bord (dont 30 Egyptiens et 15 Français). Vers 1h50 du matin le contrôle aérien contacte le pilote, à ce moment-là tout va bien. La vitesse et l’altitude de l’avion sont normales, mais dix minutes plus tard il effectue deux virages brutaux, chute de 22 000 pieds. Et à 2h39 du matin, à 280 kilomètres des côtes égyptiennes, le vol MS804 disparaît des radars.

► L’épave de l’Airbus A320 n’a pas encore été retrouvée ce vendredi matin. Le vice-président d’Egyptair, Ahmed Adel, est revenu hier soir sur les déclarations qu’il avait faites sur CNN en annonçant la découverte de l’épave du vol MS804. Un peu plus tôt dans la soirée, le président du Comité grec de sécurité aérienne avait démenti cette annonce faite par le directeur de la compagnie égyptienne.

► Le BEA et Airbus ont envoyé des spécialistes. Trois enquêteurs du Bureau d’Enquêtes et d’Analyses accompagné d’un conseiller technique d’Airbus sont attendus au Caire pour participer à l’enquête.

Les recherches se poursuivent en mer Egée pour retrouver les traces du vol MS804. Les débris retrouvés hier n’appartiennent pas à l’Airbus qui a disparu. L’information a été démentie côté grec, puis côté égyptien. Les opérations de recherche ont repris et sont placées désormais sous contrôle égyptien. Côté grec, un seul avion, un C-130 est désormais en activité dans la zone de recherche, au sud-est de l’île de Karpathos, rapporte ce vendredi matin notre correspondante à Athènes, Charlotte Stievenard. Il s’est posé sur l’île de Crète cette nuit et devrait être désormais être à nouveau en vol.

La piste terroriste privilégiée par l’Egypte

Si des débris sont retrouvés, ce sont les Egyptiens qui procéderont à l’identification. Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a demandé à « tous les appareils de l’Etat concernés, y compris le ministère de l’Aviation civile (…) la marine et l’armée de l’air d’intensifier les opérations de recherches » pour retrouver les restes éventuels de l’appareil disparu. L’Egypte a mis des mois avant d’accepter que l’avion russe ait été la cible d’un attentat. Il est vrai qu’accepter l’attentat, c’était reconnaître qu’il y avait une faille dans la sécurité de l’aéroport égyptien de Charm el Cheikh. Un aveu désastreux pour l’industrie touristique égyptienne.

Mais cette fois les rôles sont inversés, explique notre correspondant au Caire, Alexandre Buccianti. La cible de l’acte terroriste est égyptienne et l’aéroport de départ occidental. S’il y a eu une faille de la sécurité, on ne peut pas nous l’imputer, ont souligné les divers médias qui ajoutent qu’il faudra, cette fois, la chercher à l’aéroport Charles de Gaule. Et de rappeler que la France a été le théâtre de plusieurs actes terroristes exécutés par des extrémistes musulmans. Les mêmes terroristes que l’Egypte combat. « La différence c’est que quand il y a une faille de sécurité chez nous, l’Egypte paye le prix fort et devient immédiatement une destination touristique déconseillée » estiment les médias égyptiens.

« Calamité », c’est le titre d’un journal égyptien qui résume le sentiment général, rapporte notre correspondant au Caire. La majorité des Egyptiens ont en effet le sentiment d’être victime d’une malédiction. Attentat contre l’avion russe dans le Sinaï, détournement d’un avion d’Egyptair et maintenant crash de l’Egyptair Paris-Le Caire. Un coup fatal pour l’industrie touristique qui employait plus de trois millions de personnes en 2010. Sur les médias sociaux, beaucoup passent de la malédiction à la théorie de la conspiration. L’Egypte serait, selon eux, la cible privilégiée d’un terrorisme islamiste manipulé par des services de renseignements. Etats-Unis, Israël, Turquie et Qatar sont pointés du doigt.

Révolte et défi sur les réseaux sociaux

Sur Twitter les internautes ont lancé le hashtag #voyagez_egyptair pour sauver la compagnie nationale déjà en grande difficulté avant le crash. « Je m’apprête à décoller pour Pékin, Londres ou New-York », tweetent des internautes. D’autres affirment que malgré les coups répétés, l’Egypte ne s’agenouillera pas. La catastrophe a renforcé les élans patriotiques d’Egyptiens qui ont parfois le sentiment d’être seuls contre tous. Les marques de sympathie et de soutient viennent surtout des pays du Golfe, Emirats en tête.

Quelques voix discordantes

Solidarité et unité nationale dominent les médias mais on note, effectivement sur les médias sociaux, des voix discordantes. Certaines accusent Egyptair d’incompétence à l’image de l’Egypte actuelle tandis que d’autres vont jusqu’à évoquer un « châtiment divin ». Les réactions sont virulentes contre ceux qui sont qualifiés de « traîtres » et de toutes sortes de noms d’oiseaux. Des traîtres accusés d’être des Frères musulmans ou des partisans des terroristes du groupe Etat Islamique. De là à penser qu’ils ont manigancé un attentat contre le vol Egyptair il n’y a qu’un pas que beaucoup de commentateurs et d’internautes franchissent allègrement.

Source: RFI

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