Crise alimentaire en Mauritanie : « L’avenir de milliers d’enfants en jeu… ».

Le déficit pluviométrique de 2011, la sécheresse qui s’en est suivi ont entraîné une crise alimentaire et nutritionnelle dans plusieurs régions de la Mauritanie. Environ un million de personnes sont affectées par l’insécurité alimentaire.


Au niveau national, 12% des enfants de 6 à 59 mois souffrent de malnutrition. Un chiffre qui dépasse le seuil d’alerte établit par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Si rien n’est fait, l’avenir, la santé, la vie de milliers de petits mauritaniens pourrait être gravement compromis… Les sécheresses qui se suivent et s’aggravent de plus en plus étouffent les économiquement faibles.

Les familles les plus pauvres n’ont ainsi que peu de temps pour récupérer leur bétail et leur épargne perdus avant que la prochaine sécheresse ne se fasse sentir. Le résultat : des disettes prolongées pour les ménages…

Seuil d’urgence

Des actions sont menées, en particulier en matière d’aide alimentaire, pour contenir le risque de famine dans le pays. Depuis février 2012, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) ainsi que ses partenaires d’exécution ont distribué presque 2,460 MT de produits nutritionnels à 66,322 personnes pour un total d’environ 3.400.000 USD. Malgré cela, « ce n’est pas assez », martèle Alain Cordeil, Directeur et Représentant du PAM en Mauritanie.

« En dépit des interventions humanitaires, les niveaux de malnutrition dans le pays demeurent les mêmes que ceux des années précédentes, et ce sont même aggravés dans certaines régions du pays. Sur les 9 régions du pays, 4 ont atteint le seuil d’urgence ».

Il ne suffit pas seulement de manger…

Selon les estimations, 52 500 enfants souffrent présentement de malnutrition aiguë modérée (MAM) alors que 7 700 sont en situation de malnutrition sévère (MAS). « Il ne s’agit pas seulement d’apporter la nourriture à ceux qui en ont besoin, explique Diane Ashley, nutritionniste au PAM, c’est aussi une question de qualité des denrées. Chacun d’entre nous a besoin d’une série de nutriments, minéraux et vitamines en plus de calories suffisantes pour être en bonne santé. Cet aspect est souvent méconnu parmi les interventions d’urgence mais il est important de ne pas oublier que la malnutrition peut conduire à la mort ».

Action en faveur des enfants

Le PAM, en collaboration avec le Commissariat à la Sécurité Alimentaire (CSA) et ONG a mis sur pied un ambitieux programme de nutrition pour le traitement de la malnutrition aiguë modérée (MAM). Plus de 800 centres thérapeutiques, appelés CRENAM, ont ainsi été ouverts à travers la Mauritanie. En ce moment, ils prennent en charge près de 37 000 enfants âgées de 6 à 59 mois et 10 000 femmes enceintes ou allaitantes.

« Il est clair que les enfants sévèrement malnutris souffrent le plus et courent un risque plus élevé de mourir » affirme Diane Ashley. « Le risque de décès en raison de malnutrition sévère est huit fois plus élevé que la normale. Mais il faut aussi noter que le nombre d’enfants qui meurent en raison d’une association avec la malnutrition est beaucoup plus élevé dans le cas de la malnutrition aigue modérée, d’où la nécessité d’intensifier le traitement de la MAM. ».

Par ailleurs, les enfants malnutris sont moins résistants aux maladies infantiles habituelles. C’est pourquoi une grippe ou une diarrhée peut facilement accélérer la détérioration de l’état de santé d’un enfant malnutri ou bien mener à son décès dans les cas les plus graves. Si la malnutrition n’est pas traitée à temps, elle peut entraîner des dommages importants sur la croissance et le développement de l’enfant. Elle peut notamment conduire à des déficiences intellectuelles et cognitives, résultant en particulier des conséquences néfastes à long terme sur la santé des enfants de moins de deux ans.

« C’est pourquoi traiter la malnutrition le plus tôt possible est beaucoup plus efficace », souligne M. Camara du CSA. « Il est très difficile et coûteux de soigner un enfant déjà atteint de plusieurs formes de malnutrition. La prévention, à travers le traitement de la MAM, est moins risquée pour le patient, moins coûteuse et donne des résultats plus sûrs ».

En entrant dans un des 112 centres d’alimentation thérapeutiques de Nouakchott, les mères et les enfants font la queue pour recevoir leur ration journalière de sucre, huile et « super céréale » (CSB+). Celle-ci constitue un mélange fortifié et sucré de maïs et soja qui apporte à chaque enfant l’équilibre adéquat de nourriture par jour. Les enfants admis dans ces centres nutritionnels reçoivent un traitement pour une durée d’environ trois mois.

Ces centres font face à plusieurs types de cas. Il y a des patients qui répondent immédiatement au traitement mis en place. D’autres qui ne répondent pas et dans ce cas, ils ont besoin d’être référés à un médecin spécialiste. « Il y a également des cas d’abandon, explique M. Camara. Si un enfant ne revient pas au centre plus de deux fois de suite pour recevoir son traitement, nous allons le chercher. Un suivi particulièrement attentif est la clé dans le travail que nous menons à bien ».

Dès qu’un enfant fait son entrée dans le centre, des critères simples comme son âge, son tour de bras, taille et poids sont référencés. Ces informations sont importantes pour déterminer le niveau de malnutrition de l’enfant et le traitement adéquat dont il a besoin. Tout au long de la prise en charge, ces informations font l’objet d’un suivi régulier et sont évaluées. Grâce à ces procédures simples, un enfant malnutri est facilement identifiable et assisté dans son parcours vers la guérison complète.

Solution durable…

« Si nos efforts vont avoir un impact durable sur les niveaux de malnutrition en Mauritanie, la prise en charge de la MAM doit être poursuivie après l’épisode récent de sécheresse et nos actions ont besoin d’être intensifiées afin d’adapter notre programme aux besoins réels et de long terme du pays », conclut Alain Cordeil.

Les causes de la malnutrition sont souvent profondes, prenant racines dans des décennies de sécheresse, de pauvreté, un système de santé dysfonctionnel et des pratiques alimentaires inadéquates. Un travail supplémentaire serait nécessaire en matière d’éducation pour favoriser des pratiques alimentaires adaptées en plus de la mise en place de structures spécialisées qui peuvent préparer le pays à mieux gérer et faire face à des chocs futurs.

Des efforts sont en cours en vue d’analyser et d’identifier les causes profondes de la malnutrition, de renforcer les partenariats existants et étendre la collaboration ainsi que d’accroître l’efficacité de ces interventions. En 2012, le PAM et ses partenaires ont mis en place un projet pilote de prévention de la malnutrition en Mauritanie. Alors que cette initiative est un pas en avant vers l’amélioration des programmes nutritionnels, des financements dans la durée seront nécessaire afin d’assurer à la fois une mise en œuvre rigoureuse et la continuité des programmes.

 

Source:Cridem

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