Crise : Le Pouvoir joue les prolongations


Il y a un peu plus d’un an, le dialogue « national » – en fait des discussions entre la Majorité et trois partis de l’Opposition – avait été présenté comme la nouvelle feuille de route devant relancer, véritablement, la Mauritanie sur la voie de la démocratie, de la modernité et…de la rupture définitive avec les coups d’Etat.

Quelques mois plus tard, le Parlement réuni en Congrès avait entériné les décisions de ce dialogue, malgré les protestations de

la Coordination de l’opposition démocratique (COD), formée de dix partis qui avaient comme « programme d’urgence » de chasser le président Mohamed Ould Abdel Aziz du pouvoir ! Comme il l’avait fait lui-même pour Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.

L’option du dialogue choisie avait été vue alors par le président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, et par ses alliés au sein de la Coalition pour une Alternance Pacifiqueau Pouvoir (CAP), comme la seule issue « raisonnable » à la crise. Une appréciation faite, sans doute, de bonne foi par un homme que l’on présente, depuis le lancement du dialogue entre le pouvoir et quatre partis d’opposition, en décembre 2011, comme un conciliateur et un paravent contre ces « printemps arabes » qui continuaient encore, malgré leur côté positif, à troubler la quiétude de certains pays de la zone. Mais, du côté de l’opposition radicale, l’on pense autrement : Il ne s’agit, ni plus ni moins que d’une autre « ruse » du pouvoir pour dévoyer la démocratie mauritanienne et tenter de gagner du temps dans un contexte de crise multiforme qui ne permet pas d’organiser des élections libres et transparentes pour remplacer un Parlement et des conseils municipaux dont les mandats sont arrivés à terme depuis novembre 2011.

On avait pensé alors que le vote acquis sur les amendements constitutionnels creuserait encore plus le fossé entre le « couple » pouvoir-opposition participationniste et la COD. Car ça a été, véritablement, comme l’avait annoncé le président de l’Assemblée nationale, l’acte qui scelle le véritable dialogue dont les résultats ont été de la sorte « constitutionnalisés » par plus des deux tiers du Parlement, même si la question de la légitimité de cette opération restait toujours posée.

L’on pense dans certains milieux que le pouvoir, à partir de cet instant, n’avait plus d’excuses pour retarder le processus et engager les procédures nécessaires pour que l’organisation des élections municipales et législatives puisse avoir lieu dans les plus courts délais possibles. Et l’on se surprenait à penser que ce pas de franchi avait quelque chose à voir avec les injonctions faites, quelques jours plus tôt, par des parlementaires européens, qui demandaient à Nouakchott de mettre un terme à la situation « indélicate » des députés, sénateurs et maires de Mauritanie qui exercent leurs mandats par défaut et donc ne disposent plus de la légitimité nécessaire pour parler au nom de leurs électeurs.

La question du calendrier électoral reste posée

Mais quelque soit la suite du processus en cours, le gouvernement est tenu de dire, dans les prochaines semaines à venir, quand et comment il compte organiser les élections municipales et législatives. La tactique qui consiste à opérer par petits pas, pour gagner du temps, comme il l’a fait dans la mise en œuvre du plan d’urgence « Emel 2012 » n’est plus efficiente quand c’est la communauté internationale elle-même qui commence à trouver étrange que la Mauritanie vit une période « d’exception » démocratique qui ne dit pas son nom. Et l’on pense, à ce sujet, que lors du passage des parlementaires européens, la COD a pu trouver les arguments qu’il faut pour montrer la singularité d’une situation politique où le pouvoir n’a pas, véritablement, de solutions à tous les problèmes. Sauf s’il accepte de se remettre en cause et de pouvoir engager un processus de concertation (dialogue ou autre) avec les différents protagonistes de la crise, en vue d’un apaisement sans lequel la durée de vie du gouvernement actuel deviendrait un insupportable enfer. Non seulement pour les populations elles-mêmes, qui déchantent, après avoir cru que le « président des pauvres » est un faiseur de miracle, mais aussi pour ces ministres qui ne savent plus à quel saint se vouer et parvenir, n’importe comment, à sortir de leur rôle désobligeant de figurants.

Mais, pour être juste, il faut aussi reconnaître que la COD n’est pas innocente dans les règles du jeu politique qu’elle cherche à imposer au pouvoir. L’appel à la démission du gouvernement – et même du président Aziz – se comprend, quand l’opposition juge que ceux qui ont été choisis par la voie des urnes ont failli. Mais susciter un « printemps mauritanien », appelé même à un coup d’Etat contre un pouvoir, même mal élu, est une anomalie démocratique qui ne grandit pas l’opposition. Cette dernière devait, en toute logique, garder les principes pour lesquels elle mène son combat.

 

Elhourriya

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