Crise : Pas d’éclaircie en vue

 sneiba

Actuellement, c’est le marasme total. Pas une voix plus haute que l’autre. Les mauritaniens vivent « l’âge d’or » de la politique. La COD ne manifeste plus, a déserté la place Ibn Abass et la Majorité n’a plus rien à dire. Elle qui ne fait que réagir. Actions de la COD, réactions de la Majorité.

Les mauritaniens ne vivent que de ça. Il faut qu’il y ait la crise pour qu’ils existent. Pleinement. Ils aiment les crises. La crise politique plus que tout autre. Quand les prix flambent, ils restent dans une indifférence totale. C’est devenu une partie de leur quotidien. C’est une affaire de pauvres, elle ne regarde que leur président, « le président des pauvres ». Et Ould Abdel Aziz dit qu’il n’y a pas de crise. Donc il faut le croire sur parole. Les voix des 52% des mauritaniens qui l’ont élu en juillet 2009 comptent plus que celles de 48% qui ne voulaient pas de lui. C’est la démocratie non ? Les perdants, comme les absents, ont toujours torts. Et l’opposition qui demande aujourd’hui à Aziz de « dégager » a perdu les élections et boycotter le dialogue. Une séance de rattrapage qui lui aurait permis d’essayer de convaincre l’autre partie (la Majorité) que la crise est. Quand on dialogue c’est pour s’entendre, et quand on cherche à s’entendre c’est parce qu’il y a crise. C’est une logique simple, non ? Mais quand on refuse de dialoguer ? On nie l’existence de la crise ou on l’entretient ? Ici, l’avis contradictoire de la Majorité et de l’Opposition, celle qui refuse le dialogue, bien sûr, crée l’ambigüité autour d’une crise qui existe pour certains et n’est qu’élucubrations pour d’autres ! Une crise dans la crise, il ne manquait plus que ça pour que la classe politique mauritanienne donne la plénitude de sa réflexion « Einsteinienne » à ce qui n’est nullement essentiel.

La réflexion ne porte pas sur le comment améliorer les conditions de vie des populations, en faisant en sorte qu’elles accèdent plus facilement aux services de santé, d’éducation, d’eau et d’électricité, mais sur les « causes et effets » d’une crise politique qui détermine le rapport au pouvoir depuis la chute du dictateur Taya. Car tout est rapport au pouvoir, à la gestion des ressources du pays et à la mainmise sur des populations qui n’ont pas encore atteint le degré de maturité démocratique leur permettant de jouer, pleinement, leur rôle d’arbitre entre les parti(e)s en compétition. Toutes les crises, de Maaouiya à Aziz, en passant par Ely et Sidi, ont leur origine dans cette incapacité des mauritaniens à agir par eux-mêmes et pour eux-mêmes, sans suivre ces politiques qui poursuivent tous, sans exception, un seul objectif : Arriver (au pouvoir). C’est logique, mais la crise devient inévitable quand les règles du jeu sont faussées. Par un coup d’Etat – Rectification, un scrutin frauduleux (même s’il n’existe pas de preuves tangibles sur celui de 2009) ou tout simplement l’absence d’élections ! Trois « escales » politiques qui font l’essentiel de la crise qui divisent les mauritaniens aujourd’hui.

Qui peut me dire combien d’élections nous avons vécues depuis l’importation de la démocratie « made in Occident » que nous avons travestie, au bout de deux décennies de pratiques détournées, en « démogâchis » ? Sous Ould Taya, cet art de détourner le peuple de ses préoccupations véritables a été transformé en un exercice de style où toutes les cartes se valent au moment de les tirer mais jamais quand il fallait les abattre. Ainsi, nous avons accompagné la Transition des militaires, en 2005, que nous avons cru, de bonne foi, jusqu’au moment où des voix se sont élevées pour dire que les dés étaient pipés. De toutes les façons, le débat avait été vite clos, chaque camp en quête du pouvoir accusant l’autre d’avoir bénéficié de solides soutiens au sein de la junte qui a mis fin au règne d’Ould Taya. Le reste n’a été qu’une question d’équilibre. Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a été élu président de la République avec le score que l’on sait (52% virgule quelque chose, contre 47% et poussière pour Ahmed Ould Daddah). Puis, dans le camp des vainqueurs, les choses ont commencé à se gâter. Entre le président « démocratiquement élu » et les généraux qui l’avaient soutenu contre « l’opposant historique », Ahmed Ould Daddah. Un second putsch. Le 6 août 2008. Une « rectification », disaient, pince-sans-rire, les partisans des généraux Aziz et Ghazouani. C’étaient encore une querelle de politiques et de militaires. Entraînant son lot d’incriminations, d’alliances et de contre-alliances.

Mais depuis, les problèmes de la vie ont réconcilié les Mauritaniens. A part les rares privilégiés qui ont été cooptés à des postes de ministres, de secrétaires généraux, de conseillers ou de directeurs, qui peut dire aujourd’hui qu’un militant de la Majorité vit mieux qu’un adepte de l’Opposition ? Les rares moments de joie nous contaminent tous et notre détresse quasi permanente est partagée à parts égales. Même quand le pays « roule », sans président, comme cela est arrivé en octobre 2012, ou qu’on se rende compte, tous, qu’il n’y a pas d’éclaircie en vue pour une crise politique rebelle à toutes solutions ou compromis.

Sneiba Mohamed

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