Crise politique : La difficile intermédiation de Messaoud Ould Boulkheïr

S’il y a un leader politique qui mouille vraiment son maillot ces jours-ci pour rapprocher les deux points radicaux de la scène politique Messoudnationale, il s’agit bien du président de l’Assemblée Nationale, Messaoud Ould Boulkheïr.

Trimballant sous l’aisselle, sa fameuse initiative de sortie de crise, il s’est donné la mission de concilier deux extrêmes, les partisans du « Rahil » et les Rabelais de la politique mauritanienne qui estiment vivre dans le meilleur des mondes possibles et vont jusqu’à nier l’existence d’une crise.

Entre la présidence de la République et les leaders de la COD, Messaoud promène ainsi inlassablement son bâton de pèlerin, dans l’espoir que l’initiative qu’il porte serve à aplanir la situation politique, avant les prochaines élections législatives et municipales.

Ayant reçu l’aval de plusieurs formations politiques et la majeure partie des acteurs de la société civile mauritanienne, Messaoud Ould Boulkheïr bute depuis plus d’une année sur les deux principaux protagonistes de la scène politique nationale que sont la Coordination de l’opposition démocratique (COD) et la majorité proche du président Mohamed Ould Abdel Aziz (CMP).

Depuis plus d’une année, ces deux bords politiques semblent privilégier la politique des extrêmes, la COD ayant fini par opter pour une mesure radicale tendant à lier sa participation politique au départ de Mohamed Ould Abdel Aziz alors que la majorité, appuyée par un pouvoir, se conforte bien de l’unilatéralisme ambiant.

Par rapport à son initiative, Messaoud n’a eu de cesse de relancer les deux protagonistes, ne recevant que de vagues promesses de la part de la COD et de la CMP qui se rejettent la responsabilité du statu quo politique, tout en se livrant à des batailles féroces par communiqués interposés, diatribes journalistiques et scandales supposés ou réels. Loyal jusqu’au bout des ongles, ou inféodé au pouvoir jusqu’à la barbe, selon les appréciations des uns et des autres, Messaoud suspendra d’ailleurs toute discussion sur son initiative lors de la blessure puis de l’évacuation en France de Mohamed Ould Abdel Aziz.

La COD ayant tablé sur l’impotence définitive de Ould Abdel Aziz avait brandi la thèse du vide constitutionnel et entamé un marathon de concertation avec l’ensemble des acteurs politiques pour préparer la transition politique avec au bout des bras une contre-proposition. Mais le retour d’Aziz et l’effondrement de la thèse du vide institutionnel entretenu, fera rebondir l’initiative de Messaoud et les sempiternelles tergiversations de la COD et de la CMP.

Aujourd’hui que la COD daigne enfin vouloir se prononcer, positivement selon certains, par rapport à l’Initiative de Messaoud, la balle risquerait d’être jetée dans le camp du pouvoir. Ce nouveau rebondissement expliquerait peut-être l’entrevue prévue demain, mercredi 17 avril 2013, entre le président Mohamed Ould Abdel Aziz et Messaoud Ould Boulkheïr.

Même si le dossier de l’esclavage sera certainement au cœur des débats, surtout que Messaoud et ses partisans ont manifesté un certain mécontentement par rapport à la création d’une agence chargée de la lutte contre les séquelles sans concertation avec les acteurs concernés, la question centrale des discussions entre les deux hommes tournera essentiellement autour de l’Initiative Messaoud.

Bien entendu, certains cadres de la majorité présidentielle se sont dits non concernés par la déclaration de la COD par rapport à ce plan de sortie, continuant à nier l’existence d’une quelconque crise politique, base essentielle de l’initiative.

Cependant, l’expérience a déjà démontré que ce que les membres de la majorité disent ou ne disent pas importe peu, le dernier mot revenant à Mohamed Ould Abdel Aziz. Ses décisions, voire ses instructions, seront en dernier lieu celles qui prévaudront. Tout indique ainsi que l’Initiative de Messaoud, qui sera probablement amendé par la COD et Ould Abdel Aziz, pourrait s’imposer en définitive comme l’unique porte de sortie pour les acteurs de la vie politique nationale.

Contre la logique du « Rahil », la COD pourrait bien s’accommoder d’un instrument efficace pour la garantie d’élections libres et transparentes. De son côté, Ould Abdel Aziz abdiquera s’il s’aménage des leviers de commande qui lui permettront d’avoir une certaine mainmise sur les opérations à venir. Il faut dire que les élections législatives et municipales programmées sont vitales car elles définiront le poids politique des ensembles qui forment l’échiquier politique national. Autant l’UPR a besoin de gagner une majorité forte pour asseoir son ascendance, autant l’opposition cherchera à démontrer que l’élection de 2009 n’avait pas suivi les normes.

Cheikh Aîdara

Publicité

Mauritel

Speak Your Mind