Crise sociale : Les dockers créeront-ils le printemps?

Nouakchott et Nouadhibou ainsi que la cité minière Zouerate bien avant ces grandes métropoles nationales, sont le théâtre d’un ras-le-bol de la force Docker_Printempsouvrière de ce pays condamné à s’extraire à jamais de l’ère de l’exploitation abusive de l’homme par son semblable ainsi que par la création d’un Etat dépourvu de toutes les apesanteurs politiques et socioéconomiques d’antan.

Une nation dirigée par un chef d’Etat se proclamant « président des pauvres », tenant fermement le défi de la non-aliénation de l’Etat face aux puissants argentiers accusés d’insolvabilité, à l’image de l’interminable bras de fer l’opposant au groupe BSA dont la défense vient de réitérer la régularité de ses sociétés avec le fisc.
Mais, paradoxalement, Ould Abdel Aziz refuse aujourd’hui de jouer le même jeu face aux grands hommes d’affaires du PANPA qui érigent en système l’esclavage légalisé sur les porteurs, pour les obliger à majorer de quelques sous (2 à 3 ouguiyas) les frais de débarquement et de chargement au Port. Un portait contrasté qui pousse des observateurs à indexer l’homme fort de Nouakchott de mener une politique sociale de deux poids, deux mesures, capable d’évoluer progressivement et dangereusement en printemps social irréversible venant des dockers du PANPA.
Si la Mauritanie peut se flatter d’avoir réalisé très tôt son printemps politique sous l’actuel pouvoir, en assurant des marges de liberté sans précédent, ses dirigeants doivent être vigilants, dés lors où les révoltes viennent souvent n’importe comment et de là où on les attend le moins.
Certes, du coté de la COD, le changement devient de plus en plus mince, puisque politiquement, l’Etat serait un bon élève en matière de démocratie et de l’Etat de droit, comme l’attestent les hommages rendus à chaque visite par les hôtes internationaux de la Mauritanie.
Toutefois, le printemps peut se déclencher ailleurs et les images déplorables qui ont déferlé ces derniers jours, montrant des policiers et gendarmes rouer de coups de matraque les dockers, tenaces à être rémunérés au prorata de leurs efforts et sueurs sont incontestablement des signes qui présagent une révision urgente de la politique socioéconomique par les pouvoirs publics.
C’est l’unique option salutaire pour l’Etat pour contenir le mécontentement des porteurs à Nouakchott , ayant réussi à associer à leur mouvement de contestation des leaders politiques ainsi que des centrales syndicales, mais aussi des élans de solidarité de leurs collègues à Nouadhibou, menaçant d’élargir leur colère à tout le pays.
Une recrudescence de la crise proprement sociale, aux acteurs apolitiques, qui pourra être l’occasion sacrée pour les opposants de tout bord du régime particulièrement politiques, pour user des moyens astucieux de récupération, l’entretenir et l’attiser pour évoluer progressivement en révolte générale et irréversible contre le système en place.
Autant d’ingrédients qui interpellent l’Etat à prendre plus au sérieux sa lutte contre la pauvreté et de maîtriser sa peur et sa cupidité face au cartel d’hommes d’affaires qui continuent d’avoir une mainmise totale sur l’emploi au niveau du PANPA, n’hésitant pas dans leurs intérêts égoïstes de rester constamment avares vis-à-vis des porteurs, refusant de leur majorer leurs revenus de quelques sous en contrepartie des efforts physiques sans cesse croissants. Et comme le ridicule ne tue pas, ces mêmes seigneurs de l’économie intouchables toujours à l’abri du pouvoir, abstraction faite de Ould Bouamatou, n’hésitent pas à recourir à l’embauche à bon marché d’ouvriers étrangers dans l’espoir de plier leurs compatriotes à reprendre leur infernal travail esclavagiste. Une situation qui ne fera que donner de la vigueur à la bombe sociale, une fois partie, ne s’arrêtera malheureusement devant l’indifférence des autorités que la Mauritanie sens dessous-dessus. Qu’Allah nous en préserve et à bon entendeur salut !
Large condamnation
Plusieurs partis politiques et syndicats ont exprimé leur solidarité avec les dockers. Tawassoul a vigoureusement dénoncé « la répression » des porteurs dockers en grève au PANPA pour exiger l’amélioration de leurs conditions de travail. Le parti islamiste a « la satisfaction immédiate et sans conditions de doléances légales » de ouvriers affirmant son entière solidarité avec les grévistes. Même chez le parti UNAD, qui a appelé les autorités à « satisfaire les réclamations de dockers au lieu de suivre une politique répressive dont l’échec est attesté ». Le parti s’est opposé à la « confiscation » de droits de ces travailleurs dans l’expression et la manifestation. De son côté, le mouvement 25 février a dénoncé de « graves violations de droits de l’homme et de libertés publiques » suite à la répression de dockers « qui forgent leur destin avec la lutte pacifique ». Le mouvement opposant a affirmé être « à côté des ouvriers » dans leur cause noble.

Les porteurs brutalisés
Les dockers ont été violement brutalisés ces trois derniers jours, aussi bien pendant leur sit-in que dans leur marche en direction de la présidence de la république pour alerter le chef de l’Etat et les pouvoirs publics sur leurs revendications sociales. Lundi passé, la gendarmerie avait violemment dispersé un rassemblement des porteurs devant le port autonome de Nouakchott, faisant plusieurs blessés évacués à l’hôpital ainsi que des arrestations dans les rangs des manifestants. D’autres dockers auraient été arrêtés et conduits vers une direction inconnue. Un source syndicale a affirmé que « les autorités portuaires ont engagés des ouvriers, pour la plupart des étrangers, à la place des dockers en grève, pour éviter que le port ne continue à être paralysé ». Des affrontements violents avaient opposé, dimanche dernier, forces de l’ordre et dockers du port de Nouakchott en grève, faisant plusieurs blessés. Les dockers, dont le nombre avoisine les 5 000, revendiquent une augmentation des frais de manutention qu’ils jugent  » dérisoires face au coût de la vie », ainsi qu’une prise en charge médicale. La gendarmerie continue à interdire l’accès du port aux journalistes, expliquant avoir reçu « des instructions fermes de ne laisser personne accéder au terre-plein ».

Md O Md Lemine

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