Crises : Le jeu des intérêts occidentaux


Libye, Syrie, Mali, Tunisie, Yémen, Egypte. L’ordre importe peu. Parce que dans certains de ces pays, le pire a été évité alors que dans d’autres la menace est toujours là. Des pays où règne une ambiance de désordre intégral.Des pays où l’insécurité bat son plein. Des pays donnant des « exemples » de ce que la folie du pouvoir peut engendrer dans  des Etats arabes et africains où la démocratie n’a pas droit de cité et où les conflits tribalo-ethniques appellent parfois à la sécession. Ce qui se passe au Mali servira de chaude alerte pour l’Union africaine (UA) dont les dirigeants ont jusque-là abordé, de façon très timide, les crises qui secouent le continent suite à des pouvoirs sans limites. Ni dans le temps (présidence à vie) ni dans les prérogatives. Et de pouvoirs déséquilibrés entre les différentes régions d’un pays. Jusqu’au jour où le drame éclate.

Au Yémen, le risque d’embrasement était plutôt une menace directe pour les monarchies du Golfe. Mais celles-ci ont compris que, par ricochet, il est évident que toute instabilité dans ce pays aura des répercussions sur des Etats qui ont toujours compté sur les pétrodollars pour leur développement. Ils ont alors agi énergiquement pour faire partir Ali Abdalla Saleh et limiter les dégâts collatéraux d’un conflit qui était pourtant parti pour s’inscrire dans la durée.

C’est dire que la communauté internationale a une grande part de responsabilité dans ce qui se passe aujourd’hui dans ces pays. Le manque de rigueur dans la gestion des crises, mais aussi la politique de deux poids, deux mesures, sont les principales causes de cette recrudescence d’anarchie sociale et de guerres sur fond de tensions tribales ou confessionnelles. On s’est demandé, dans ce cadre, pourquoi intervenir en Libye et en Cote d’Ivoire et non pas en Syrie, au Yémen ou au Mali ? Une importance pour un conflit peut-elle être déterminée, seulement, en fonction du pétrole ? Et des possibilités de se débarrasser d’un dirigeant devenu trop gênant ?

Vu sous cet angle, la communauté internationale contribuerait, sans doute, à embraser le monde et à ne rien faire pour éteindre les flammes.

Le départ de Kadhafi était inéluctable. Pourtant, « on » s’est donné le temps pour que la Libye soit détruite complètement. Une manière de « valoriser » la reconstruction future du pays et de relancer une économie mondiale qui connait des hauts et des bas depuis 2008.

Tout cela relève de cette « anarchie créatrice » qui permet à l’Occident d’affaiblir ses ennemis et de pouvoir reconsidérer ses politiques en fonction de la nouvelle configuration du Monde. Politiquement s’entend.

Les nouvelles autorités libyennes ne pourront jamais mener une politique autre que celle que leur suggéreront les puissances qui sont venues les sauver de la dictature de Kadhafi. Il y a même, sans qu’on s’en rende compte tout à fait, une résurgence de la guerre froide des années 50 – 90 du siècle dernier, mais à visage économique non politique. Russes et Chinois ont longtemps voulu s’opposer à cette « guerre » parce que Kadhafi avait promis de leur attribuer des contrats faramineux. Mais c’est sans doute parce qu’ils avaient compris que rien n’empêchera la France, l’Angleterre et les USA de pousser Kadhafi vers la sortie, que ces puissances de l’ancien bloc communiste ont fini par accepter tacitement (par la subtilité de l’abstention au Conseil de sécurité) qu’un « ami » subisse la loi de la règle non écrite de la volonté des Grands. Ils sont allés plus loin en le laissant liquider physiquement dans ce qui est apparu comme un acte relevant de la seule responsabilité du CNT et de ses milices. Contre quoi ? On le saure peut-être bien un jour, quand on verra que la Chine et la Russie n’ont pas « sacrifié » Kadhafi (alors qu’ils tiennent encore à Bachar al-Assad) pour rien.

Sneiba

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