« Culture démocratique et éducation civique à travers les médias en période électorale » Par Cheikh Tidiane Dia

La Hapa a organisé lundi et mardi dernier un atelier sur le thème : « médias et civisme électoral ». Au vu de l’importance de la problématique abordée, la participation était considérable et diversifiée.

Dia renovateurOutre la mobilisation générale de cette institution et particulièrement de son président M. Hamoud Ould M’Hamed, de la Représentante Résidente du PNUD et Coordonnatrice du Système des Nations Unies, Dr Coumba Mar Gadio ainsi que de Mme Sara Sulza chargée d’affaires à l’Ambassade d’Espagne en Mauritanie, on notait également la présence remarquable de plusieurs personnalités à cette rencontre.

Le conseiller du Président de la République chargé de la communication, les Présidents de la Cour des comptes, de la CENI, de l’autorité nationale de régulation des marchés publics ainsi que de nombreux leaders de partis politiques et des acteurs du secteur de l’information avaient assisté à la cérémonie officielle de lancement de cet atelier financé par le Royaume d’Espagne et avec le soutien du PNUD dans le cadre du projet d’appui au cycle électoral et à la consolidation de la démocratie (GPECS).

Cinq grands exposés ont été présentés au cours de ces journées de réflexion : « les textes et pratiques sur les élections en Mauritanie » et « le civisme électoral, concept, portée et enjeux » animés respectivement les professeurs universitaires Mohamed Lemine Ould Dahi et El Bekaye Ould Abdelm Malick et « Culture démocratique et éducation civique à travers les médias en période électorale » , « Accès à l’information et effets de la rumeur pendant les périodes électorales » et le « Reportage en période électoral »présentées successivement par Cheikh Tidiane Dia , Directeur de publication du quotidien Le Rénovateur , El Haiba Ould Cheikh Sidiaty directeur du site ALakhbar et Mme Meime Mint Mohamed Ahmed , présidente de la union des femmes de médias de Mauritanie.

Ci-après quelques extraits de l’exposé « Culture démocratique et éducation civique à travers les médias en période électorale » présentée à la seconde journée de cet atelier par Cheikh Tidiane Dia de 8 pages, s’articulant autour des axes de construction d’une culture citoyenne et démocratique, de bannissement des comportements « moutonniers », de la nécessité de vaincre l’achat des consciences ainsi que du rejet des votes identitaires.

Le conférencier ne s’est pas limité à ces seuls griefs du thème abordé. En effet, il a jugé indispensable d’éradiquer les discours inciviques, l’incitation à la haine et à la violence, la vulgarisation des textes électoraux, la couverture objective des évènements ainsi que le traitement équitable des candidats par les médias.

L’intervenant a conclu en disant que « le quatrième pouvoir attribué aux médias n’est pas un instrument politique au service d’un parti, d’un gouvernement ou d’un clan », qu’il est au contraire « un un outil de promotion de la culture démocratique, du civisme et de formation citoyenne », soulignant que « sa vocation d’être un pilier de la démocratie et de la défense des libertés, la presse doit être le miroir de l’opinion, le modèle de probité dans le traitement objectif de l’information, une référence dans la recherche de la paix, de la tolérance et de la gestion efficiente des crises électorales et postélectorales ».

Et d’ajouter qu’en période électorale, « les responsabilités des médias doivent davantage s’affirmer à travers la ventilation des valeurs morales et civiques transmises aux citoyens en vue d’aiguiser leur sens du jugement pour mieux orienter leurs choix et les prémunir contre les dérives politiques », précisant à ce propos que « les citoyens ont besoin, avant d’accomplir leur devoir citoyen, du service des médias pour mieux connaître les candidats en lice, les programmes des différents partis et les questions qui font débat », disant « à médias responsables, citoyens responsables ».

Md O Md Lemine

NB : Si l’accès aux autres communications de l’atelier nous sera donné par les illustres exposants, elles seront publiées à la même enseigne que la présente

Ci-après l’intégralité de cet exposé intitulé « Culture démocratique et éducation civique à travers les médias en période électorale »

Atelier sur « le civisme électoral »

Thème : Culture démocratique et éducation civique à travers les médias en période électorale

Présenté par Cheikh Tidiane Dia, journaliste, quotidien le « Rénovateur »

Le rôle des médias dans l’ancrage de la démocratie, la promotion de la bonne gouvernance, de la culture citoyenne et démocratique devient encore prééminent en période électorale où les enjeux cristallisent les intérêts des acteurs politiques dans la bataille pour le pouvoir et où les citoyens sont au centre des événements qui se déroulent .

Etant un vecteur essentiel de la démocratie, les médias ont une responsabilité accrue dans la régulation du processus électoral en amont et en aval, tout en focalisant le travail sur la sensibilisation, l’éducation civique des citoyens. L’action de la presse est déterminante à cet égard , pour faire prendre conscience aux électeurs de l’importance que revêt le devoir d’aller aux urnes pour élire leurs représentants en toute liberté et responsabilité, sans aucune pression autre que celle que leur dicte leurs choix.

Il s’agit, pour les médias, d’encadrer les populations autour de valeurs aussi essentielles que celles du patriotisme, du civisme, de la tolérance du dialogue et de la paix. En effet on ne nait pas citoyen, on s’exerce à le devenir. Et la voie la plus indiquée est l’éducation et la formation. Celle-ci se fait aussi, entre autres, par la diffusion la plus large possible de l’information juste, vérifiée et objective

Quand ces valeurs ne sont pas développées dans une société, les antagonismes qui nourrissent les tensions prennent le dessus sur la civilité ; ce qui pousse le peuple vers des comportements pervers, anarchiques qui compromettent la démocratie en tant que système basé sur les principes du respect des autres dans leurs différences et dans leurs choix. Les médias doivent se mettre constamment au service de cet apprentissage démocratique et être au fait des évolutions des normes électorales qu’ils doivent ventiler et promouvoir auprès des électeurs.

En période électorale, les médias doivent concentrer leurs efforts sur la diffusion d’informations à portée pédagogiques destinées à vulgariser des concepts civiques : quelles sont les conditions d’être électeur et éligible ? Comment s’inscrire sur les listes électorales ? Quand, où et comment voter ? Que dit la loi sur la fraude ? Comment la prévenir, la dénoncer, la prouver et rassembler les justificatifs l’attestant ? Quel danger constitue la corruption électorale pour la démocratie et la gouvernance dans un pays et quelles sont ses impacts sur les perspectives de développement d’une nation ? Quelles sont les procédures à engager en cas de dévoiement du vote par une méthode ou une autre ? Comment porter plainte en cas de tentative d’achat de conscience ?…

I- Construire une culture citoyenne et démocratique

La raison d’être des médias est d’être proches des citoyens, notamment des masses populaires qui ignorent tout sur leurs droits et leurs devoirs civiques et citoyens. Il suffit de diffuser des messages simples mais instructifs, des spots publicitaires attrayants, des sketchs et autres simulations accessibles à tous les esprits pour que les électeurs apprennent sans trop de peine à se doter d’un esprit de discernement entre ce dont ils sont redevables (obligations) et ce que l’Etat leur doit (droits).

En outre, un citoyen doit savoir que c’est grâce à son vote, et donc à sa voix, que les élus sont choisis et non pas par l’argent qu’ils possèdent, la tribu dont ils sont issus, les privilèges dont ils jouissent ou de par leurs statuts sociaux et politiques particuliers, mais plutôt par la confiance qui est placée en eux par le peuple qui les a élus. Et le peuple ici doit être perçu comme l’ensemble des populations reconnues citoyennes d’un Etat. C’est-à-dire des citoyens égaux dont le vote de chacun d’entre eux compte conformément à la règle « un Homme, une voix » !

Les médias ont donc pour devoir de sensibiliser sur un ensemble de notions et valeurs fondatrices d’une culture citoyenne afin que le citoyen cesse d’être un simple sujet passif et devenir un acteur incontournable de la démocratie et le développement de son pays. Ceci est d’autant plus nécessaire que les acteurs politiques n’accordent pas trop d’importance à la sensibilisation de leurs bases sur ces notions essentielles.

C’est à travers des médiums d’informations : radios, télévisions, journaux et presse électronique que ce travail doit être mené et renforcé. Les citoyens doivent être sensibilisés sur le fait de ne pas se replier sur eux –mêmes en période électorale, à ne pas s’abstenir d’aller aux votes sous le prétexte qu’ils sont interpelés par le quotidien qu’ils n’entendent pas sacrifier au risque de perdre une longue journée d’attente devant des bureaux d’inscription sur une liste électorale ou accomplir son devoir de voter.

En d’autres termes, comment emmener un habitant d’une bourgade reculée de la Mauritanie à intégrer les valeurs citoyennes dans son comportement civique ? Ceci ne pourra se faire si ce citoyen n’est pas suffisamment informé et sensibilisé sur ses devoirs civiques ?

Comment pourrait-il surtout mettre ces valeurs en avant alors qu’il est astreint à courir derrière ses occupations quotidiennes en milieu citadin ou derrière son troupeau en brousse ? Dans cette optique de diversion de fait imposée par l’obligation de prioriser les préoccupations, y- a-t-il une différence entre un citoyen rural et un autre résident de Nouadhibou ?

Comment les médias doivent-ils faire pour que tous les électeurs, où qu’ils soient et quelles que soient leurs conditions, soient sur le même niveau d’information ? C’est le défi auxquels font face les médias dans le travail de tous les jours qui est ici interpellé.

Et ce rôle revêt une connotation particulière en période électorale où, non seulement, les enjeux sont déterminants dans la marche démocratique d’un pays, mais aussi dans le comportement des acteurs et, dans leur sillage, celui des électeurs. Et c’est pour créer les conditions d’une interactivité agissante et constructive entre les différents segments de l’action électorale qu’intervient la partition de la presse à travers une action d’information, de sensibilisation, de plaidoyer (si nécessaire) et de veille démocratique.

Pour œuvrer à la construction d’une culture démocratique, il y a lieu d’éradiquer de la conscience collective des citoyens, particulièrement des électeurs, certains anachronismes récurrents :

1- Bannir les comportements « moutonniers »

Dans les pays encore engagés dans des processus transitionnels vers la démocratie, il est crucial pour les médias de procéder à un travail d’élimination progressive des comportements rétrogrades qui constituent, malheureusement, des obstacles à l’enracinement d’une culture démocratique dans ces pays.

La Mauritanie accuse encore un retard considérable en matière de lutte contre ces « barbarismes » qui empêchent la démocratie d’y voler plus haut. C’est le mécanisme pervers de la pression sociale alliant l’ascendance et l’argent, souvent mal acquis, qui fait une « élection » dans nos latitudes.

À l’occasion des scrutins, les hommes politiques utilisent les citoyens comme du bétail électoral pour arriver à leurs fins. Voter pour ces pauvres citoyens dont la volonté est aliénée ne découle point d’un choix lié à un profil, ni à un programme, mais à une soumission politique dictée par des consignes de la tribu, du baron politique qui dispose d’une ascendance sociale ou économique sur les siens.

Dans certains cas avérés, ce sont mêmes de véritables ordres qui sont donnés, sous forme de consignes de vote, à des masses incultes, soumises aux pires formes de l’exploitation, pour faire gagner un « baron » de la féodalité en vue de le hisser au perchoir.

C’est, en quelque sorte, le vote des « bêtes de somme » qui ne reflète aucune conviction autre que l’aliénation servile à un individu ou à un groupe social (tribal ou ethnique) usant, abusivement, de prérogatives ou de moyens illicites. Cette pratique pernicieuse a pour effet direct le « plombage » et la discréditation des véritables aspirations du peuple. En outre, elle prive celui-ci de la chance de disposer d’une meilleure représentation politique à même de s’engager réellement pour le bien être commun de tous et la promotion des valeurs démocratiques réelles.

2- Vaincre l’achat des consciences

L’achat des consciences est la méthode la plus courante durant les campagnes électorales pour abuser de la moralité du citoyen et dévoyer son choix. Ne comprenant pas qu’il va à l’encontre des règles du jeu démocratique et qu’il encoure des peines pour le délit qu’il commet en mettant son vote aux enchères, le citoyen mérite d’être éveillé sur la nature immorale de son acte. Il doit savoir que, dans ce cas, la loi prévoit des sanctions sévères dont des amendes et la déchéance des droits civiques à durée ou à vie, selon les circonstances.

Ainsi, durant la dernière campagne (avortée) de renouvellement partiel du sénat en 2012, des cas d’achat des consciences ont été signalés par la presse aussi bien à Nouakchott que dans certaines wilayas de l’intérieur du pays.

Des articles revélant même le prix de la « voix » d’un conseiller municipal sur le « marché » avaient même été publiés, sans que ceci ne suscite de réactions de la part de l’administration en charge des scrutins, ni des organisations de la société civile chargées de la veille démocratique. Cette passivité envoie, par elle-même, de très mauvais signaux aux citoyens ordinaires, enclins, eux-aussi, à se faire « du beurre » de leur voix à l’instar de leurs élus locaux !

Ici, les dénonciations de la presse, corroborées par des témoignages fiables, doivent servir à double titre. D’abord de pédagogie pour les citoyens qui doivent en tirer la conclusion qui s’impose en isolant ceux parmi leurs représentants municipaux qui s’adonnent au marchandage de leurs voix.

Ensuite, vis-à-vis de la justice qui doit, par le biais du parquet, ouvrir des investigations dont les conclusions devraient être transmises au juge électoral, le Conseil constitutionnel. Ce dernier pouvant décider d’éventuelles poursuites judiciaires et, le cas échéant, annuler les résultats proclamés, le vote étant vicié par le recours à la corruption électorale.

3- Rejeter les votes identitaires

C’est là un défi auquel doivent faire face tous les acteurs politiques, la société civile et la presse. Cette dernière se doit d’être la gardienne des valeurs citoyennes en dénonçant de tels comportements, en invitant les électeurs de ne choisir leurs représentants qu’en fonction de critères objectifs : (programme, expérience, qualités morales du candidat etc….).

Ici, faudrait-il développer un argumentaire consistant à dire qu’un candidat à une élection, n’est pas celui d’une tribu, d’une ethnie, d’une caste, d’une zone, d’une région et encore moins d’un village. Il doit être perçu et jugé plutôt comme un citoyen digne, par son comportement et par son engagement, de la confiance de ceux qui croient en son programme et en les idées qu’il présente au service de la collectivité et de la nation.

De son côté, une fois élu, le « candidat » a le devoir et l’obligation de se mettre au service de tous ses électeurs, sans distinction aucune. La veille médiatique sur le comportement et le rendement des élus doit, là aussi, jouer un rôle éclaireur.

Les médias doivent aussi vulgariser, dans toutes les langues locales, les textes qui énoncent de tels principes à travers des débats, des messages radiodiffusés ou télévisés. Pour ce faire, la presse doit être à jour sur l’ensemble des cadres juridiques qui régissent les processus électoraux.

4- Eradiquer les discours inciviques, l’incitation à la haine et à la violence

A travers les médias doit se dégager une ligne de conduite claire qui s’inscrit dans le prolongement des valeurs citoyennes fondées sur la tolérance, le pacifisme et le souci du compromis garantissant la cohésion. Il s’agit, pour les professionnels de l’information, de former, sensibiliser et d’accompagner la population sur la citoyenneté et sur le civisme afin de réduire les causes des tensions et aider à prévenir les violences pendant les périodes électorales.

Les discours incitant à la haine, à la violence, à la stigmatisation de certaines franges d’électeurs ne doivent pas être relayés par la presse, sauf dans des cas exceptionnels et dans l’objectif exclusif d’attirer l’attention sur les dangers et risques de dérives que véhiculent ces discours afin de les proscrire, de les isoler et de créer une réaction de rejet collectif à leur encontre.

L’accent doit être mis par la presse sur le fait que ce genre de propos et de discours nuisent à la démocratie et à l’esprit civique. Elle doit expliquer en quoi ils déstabilisent les pays en installant un climat de tension qui peut, à tout moment, tourner à une violence aveugle et incontrôlable. Il lui incombe également d’expliquer que vu les dangers et risques que ce genre de discours fait courir aux pays, les législations les interdisent et les sanctionnent pour protéger la société et garantir la pérennité des Etats et la stabilité des institutions.

Le devoir de la presse est aussi de décortiquer et d’expliquer ces textes coercitifs pour les rendre accessibles aux électeurs qui agissent, trop souvent, par ignorance de la loi. En lieu et place de ces comportements inciviques, il faut encourager les citoyens à cultiver les vertus de la paix, de la tolérance, de la civilité et du civisme pour pérenniser les valeurs démocratiques à travers des scrutins pacifiques bien organisés par des autorités, elles-mêmes, impartiales, neutres, soucieuses de la transparence et de l’équité entre acteurs politiques à même d’assurer la paix, la stabilité et la cohésion du pays.

II. La vulgarisation des textes électoraux

La période électorale est cruciale pour les médias écrits, électroniques et audio-visuels. La responsabilité de la presse s’accroit dans un contexte aussi exceptionnel que celui de la tenue d’élections démocratiques dans un pays où les antagonismes sont facilement exacerbés.

Pour que le déroulement des scrutins se passe dans les meilleures conditions, les médias sont appelés à améliorer la qualité de leurs productions et élever leur niveau de professionnalisme et d’engagement au service d’un comportement démocratique irréprochable.

Ainsi les médias doivent traiter des questions de l’heure en rapport avec les préoccupations majeures des électeurs, en se focalisant particulièrement sur l’explication du cadre juridique et institutionnel des élections. La presse doit ainsi rendre les notions juridiques de bases qui fondent les élections à la portée du grand public.

Ainsi, la vulgarisation de concepts comme « le suffrage universel », le « suffrage direct et indirect », « la circonscription électorale », le « mandat de l’élu et la législature », la « campagne électorale », les « procédures électorales », « l’urne », le « dépouillage des urnes », « la proclamation des résultats », la sanction des « actes électoraux irrecevables » ainsi que « les voies de contestation et de recours », etc…doit être de rigueur pour outiller l’électeur sur les divers aspects de la consultation électorale.

Dans ce cadre une priorité devra être aussi donnée aux thèmes qui éveillent la conscience des citoyens et à même de policer leur comportement en cette période exceptionnelle où l’information doit être soigneusement traitée, contrôlée et vérifiée avant d’être diffusée.

L’électeur ordinaire cherche d’abord à comprendre des choses pratiques se rapportant à ses devoirs civiques et, pas obligatoirement, des analyses générales et vagues qui risquent de noyer l’essentiel. A titre d’exemple, il serait salutaire de répondre aux questions suivantes :

  • Qui a le droit de voter et qui a le droit de se présenter ?
  • Quelles sont les pièces d’état-civil nécessaires pour s’inscrire sur la liste électorale et, plus tard, pour pouvoir voter ?
  •  Où et quand s’inscrire sur les listes électorales ?
  • Où, quand et comment voter ?
  • Quel est le type de l’élection ? (législatives, présidentielle, municipale, etc.)
  • Quels sont les postes à pourvoir et quels pouvoirs, compétences et responsabilités donnent- ils aux élus ?
  •  Le journaliste doit porter une attention particulière aux éléments constitutifs suivants d’une liste électorale fiable :
  • Les noms de l’ensemble des citoyens en âge et aptes à voter doivent figurer sur les listes électorales
  • Les personnes décédées sont radiées des listes.
  • L’électeur ne peut figurer qu’une seule fois sur la liste électorale et dans un bureau de vote connu et librement choisi par lui..
  • La loi électorale doit prévoir une liste des omis permettant aux électeurs ne figurant pas sur les listes de participer au scrutin sur présentation d’une pièce d’identité en cours de validité.
  • Les modalités et les délais d’inscription sur les listes doivent être les mêmes dans toutes les régions et circonscriptions électorales du pays.
  • Des unités mobiles de recensement doivent être déployées dans les zones
  • les plus reculées du pays.
  • Le journaliste devrait aussi veiller à surveiller les opérations électorales qui se déroulent en sa présence et prêter attention au respect des droits des électeurs. Il doit aussi, dans le contexte mauritanien, avoir à l’œil le vote des membres des forces armées et de sécurité qui fait souvent l’objet de litiges et de conflits entre acteurs électoraux.

Aussi, il doit recourir aux méthodes comparatives des listes électorales antérieures dans les circonscriptions qu’il couvre en période d’élection. En effet, la proportion anormalement élevée de nouveaux inscrits dans certaines régions et circonscriptions peut constituer de sérieuses et révélatrices présomptions de cas de fraude.

III. La Couverture objective des évènements

La déontologie du journaliste et son éthique lui dictent l’obligation d’observer une neutralité stricte par rapport aux évènements qu’il traite ou couvre. Il doit ainsi fidèlement rapporter les faits, gestes et propos tenus devant lui. Aucune interférence d’ordre subjectif ne devrait altérer son travail.

En période électorale, le rôle du journaliste devient encore plus primordial. Il doit véhiculer une information juste et équilibrée sur les candidats, les programmes, le processus électoral et mettre ainsi à la portée du citoyen les clés nécessaires pour comprendre son pays, les enjeux du scrutin et ses portées. Il doit jouer pleinement le rôle d’un relais neutre et objectif entre le citoyen et les formations politiques en lice.

Ici, la conviction personnelle du journaliste et ses penchants idéologiques et sociaux ne devraient jamais transparaître. Son impartialité doit être stricte et sa neutralité irréprochable et d’une stricte rigueur. Tout parti-pris décrédibilise l’ensemble du travail qu’il est censé devoir mener en toute objectivité.

En Mauritanie, il y a bien lieu de mieux former les journalistes sur le comportement déontologique à tenir en période électorale. En effet, il n’est pas rare de voir des journalistes et des organes de presse vendre, pour des raisons idéologiques ou autres, leur « plume » et leurs colonnes à des candidats pour lesquels ils prennent fait et cause en violation de leur statut et au détriment de l’éthique de leur profession.

Parfois, certains acteurs politiques sont gagnés par la tentation de corrompre les journalistes pour influer sur leur travail et orienter leur production dans l’espoir que ceci fasse impact sur le choix du citoyen. Malheureusement, il arrive que certains membres de la profession cèdent à la tentation et compromettent aussi bien leur travail que l’image qu’ils devaient donner de la profession.

Pendant les périodes électorales, d’autres membres de la corporation n’éprouvent aucun remord à s‘aligner, systématiquement, sur des lignes tribales, ethniques ou raciales. Se faisant, ils deviennent, eux-mêmes, des vecteurs de la division, de la haine et de la compromission de la profession dans des processus qui conduisent finalement à la dénaturation de la démocratie.

Fatalement, ils encouragent par la même occasion, l’ouverture de la porte à une passion incontrôlée qui pourrait mener à la dérive, à la violence et donc à l’instabilité. Un bon journaliste est celui qui fait de son support de communication un outil objectif de promotion des valeurs de la démocratie, de la paix, de la fraternité, de l’égalité citoyenne et de la transparence dans la gestion des affaires, y compris les processus électoraux. Ses colonnes, ondes et écrans doivent être un espace ouvert d’une expression responsable aussi diversifiée que constructive ouverte à tous les segments, courants et sensibilités politiques et culturelles de la société, notamment en période électorale.

Même s’il a le droit d’avoir des opinions personnelles et des convictions intimes, le journaliste ne doit pas exprimer publiquement ces opinions et convictions dans le but d’influer sur le choix des citoyens.

Le journaliste relaie des idées, expose des faits, explique des évènements et n’est pas un agent électoral dans la campagne de tel acteur ou de tel autre parti. Dans le pire des cas, le journaliste n’est que le fidèle facteur neutre et désintéressé des idées et programmes de l’acteur politique. De cette neutralité naissent la confiance et le respect, essence du contrat le liant aussi bien au citoyen anonyme qu’à l’acteur politique engagé.

IV. LE Traitement équitable des candidats par les médias

En période électorale, les médias ont obligation de traiter les partis, candidats et autres acteurs du processus électoral avec équité et objectivité. Les organes de presse ont ainsi la responsabilité de mettre en place des mécanismes et programmes permettant l’accès égale de tous au temps de parole.

Aucune partie ne doit être lésée ou minimisée en fonction de ce qui est supposée être sa force électorale réelle ou imaginée. Chaque parti, chaque candidat doit avoir le même temps de parole gratuit et à temps alternatif afin que le temps d’audience soit le même pour tous.

Ceux parmi les acteurs qui aspirent à disposer d’un temps de parole supplémentaire devraient recourir à l’achat de tranches d’antennes ou de colonnes selon les règles régies par la loi. La nécessité de réglementer cet aspect de la communication électorale se pose ave acuité en Mauritanie, car les formations et candidats ne disposant pas de moyens pourraient voir leur discours ne pas être audible ; les forces de l’argent noyautant le processus et s’accaparant les supports médiatiques.

Pour réguler ce partage équitable du temps de parole en période électorale et exercer un contrôle sur le contenu des messages, la HAPA devrait être doté de moyens humains et matériels lui permettant d’étendre son regard aux supports de communication dits privés.

Dans cet ordre d’idée, une attention particulière doit être accordée aux prestations des organes de presse publics qui ont, le plus souvent, tendance à privilégier les candidats des formations du pouvoir ou celles proches de celui-ci.

Aussi, ces organes traînent la réputation de ne donner le monopole de la parole qu’à ceux qui véhiculent leur discours électoral dans la langue dite dominante, alors que les locuteurs des autres langues doivent aussi avoir accès aux mêmes informations et messages que les autres. L’égal accès des citoyens aux moyens de communication et aux idées est aussi un engagement démocratique et citoyen qui doit être observé et réalisé.

Conclusion :

Le « quatrième pouvoir » attribué aux médias n’est pas un instrument politique au service d’un parti, d’un gouvernement ou d’un clan. Il est un outil de promotion de la culture démocratique, du civisme et de formation citoyenne. Ainsi par sa vocation d’être un pilier de la démocratie et de la défense des libertés, la presse doit être le miroir de l’opinion, le modèle de probité dans le traitement objectif de l’information, une référence dans la recherche de la paix, de la tolérance et de la gestion efficiente des crises électorales et postélectorales.

En période électorale, les responsabilités des médias doivent davantage s’affirmer à travers la ventilation des valeurs morales et civiques transmises aux citoyens en vue d’aiguiser leur sens du jugement pour mieux orienter leurs choix et les prémunir contre les dérives politiques.

A ce titre, les citoyens ont besoin, avant d’accomplir leur devoir citoyen, du service des médias pour mieux connaître les candidats en lice, les programmes des différents partis et les questions qui font débat. En lisant les journaux, en suivant les radios et télévisions, ils ont l’espoir de trouver des réponses adéquates à certaines questions qu’ils se posaient. « A médias responsables, citoyens responsables ».

Le journaliste doit constamment avoir à l’esprit qu’un processus électoral soulève des problèmes et des enjeux très complexes. La présentation doit toujours être accessible au plus grand nombre. Un journaliste n’est pas un académicien. Il doit être apte à expliquer des problèmes complexes avec les formes de langage les plus simples, une sorte de pédagogue en quelque sorte. Pour que le travail des médias puisse profiter aux citoyens, les journalistes doivent être bien outillés au plan professionnel et bien informés dans tous les domaines se rapportant aux enjeux de majeurs des événements qui se produisent et des processus électoraux en particulier.

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