De la liberté d’Expression à la dictature du Mépris

Le monde est secoué par un dialogue de sourds sur un droit fondamental, inaliénable, intouchable et nécessaire, celui la liberté d’expression. La diffusion d’un film blasphématoire d’abord, et ensuite, des caricatures offensantes par le journal français Charlie Hebdo aura suscité une série de réactions en chaîne dans le monde musulman et ailleurs.

Ce fut l’occasion, pour les extrémistes de tous bords, de jeter de l’huile sur le feu et de trouver des arguments supplémentaires pour continuer à glisser sur les pentes dangereuses de la haine et de la brutalité. Le monde connut par le passé ces moments d’hystérie collective noyant la raison sous un torrent de déclarations parfois péremptoires et savonneuses, souvent approximatives.
Que la liberté d’expression soit un droit fondamental personne ne le conteste hormis des illuminés d’un autre âge. Mais c’est l’usage sélectif qu’on en fait qui crée la polémique.
Nous savons que depuis Voltaire la pensée occidentale, en tout cas française, tend à contester le sacré, le religieux. Ce mouvement aura contribué à une décrue et même à une évanescence du fait religieux. Vouloir imposer cette vision, cette pensée philosophique sans débat, est en soi de la tyrannie. Que certains veuillent tout remettre en cause, désacraliser tout ce en quoi, des centaines des millions de personnes, croient est tout simplement grotesque, offensant et blessant. La station à partir de laquelle ils versentdu venin, au quotidien, sur l’extrémisme et l’intolérance, doit servir contre eux.
Une liberté qui brise, déchire, méprise, offense et brutalise est nocive. Personne n’est libre de faire tout ce qu’il veut. Il y a des haies qui limitent l’usage de ce droit fondamental. Il s’agit en particulier de la dignité de l’autre, de son droit à la différence, du respect de son identité et de ses valeurs.
Nous pensons que le blasphème, anecdotique en Occident bien-pensant, est vécu en terre d’islam comme une offense et une atteinte aux libertés fondamentales. Qui plus est dans notre monde d’aujourd’hui où notre sécurité collective est menacée et notre coexistence pacifique est contestée, l’ordre du jour est à la responsabilité et non aux outrances toujours dévastatrices.
Prenons le cas du journal français Charlie Hebdo incarnation de la constante contestation du sacré, c’est son droit, pourquoi ne joue-t-il pas aux caricatures du mariage gay ? C’est une manière d’exercer cette même liberté d’expression. Il ne fait pas par crainte de représailles de la communauté gay.
Nous croyons aux universels humains qui sont consubstantielles de l’odyssée humaine. Mais leur respect ne saurait obéir à une géométrie variable. Les assassinats de masse de civils en Irak, en Afghanistan et aux frontières du Pakistan et les tortures dégradantes à Abou Graeb témoignent de la férocité de l’Occident. Celui-ci foule, au sol, ces mêmes valeurs invoquées aujourd’hui pour justifier les outrances et les bêtises.
La diffusion du film et des caricatures est dangereuse. Elle charrie les germes de la destruction de la fragile édification d’une pacification des rapports sur la base des valeurs d’humanisme et de respect de l’autre.

Source : Ould Merzoug


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