De la prison à la présidence : Ould Dadde réussit son bizutage…

ampoule (1)Contrairement à beaucoup de gens, je n’ai pas été surpris de la nomination d’un repris de justice à la présidence car d’une part ce n’est pas une nouveauté, c’est même devenu une banalité : la présidence, le conseil des ministres et celui de plusieurs grandes entreprises publiques n’ayant rien à envier aux prétendants à la prison de Dar Naïm vu qu’on y trouve de tout : des présumés innocents qui attendent leur procès et des coupables qui crient leur innocence.
D’ailleurs si Aziz n’avait pas réussi son deuxième coup d’état, il serait lui-même en prison sauf sous le régime radical de Haidallah car ce dernier l’aurait envoyé ad patres. C’est dire combien en Mauritanie désormais tout se vaut : l’honnête étant souvent le dindon de la farce car s’il n’y a personne pour défendre le bien public alors le bien public n’appartient à personne sinon à celui qui incarne l’autorité et tient les forces de l’ordre ou de son ordre…
Aussi face aux agissements, entre le captif de Dar Naïm et son collègue reconverti en ministre, en conseiller en salades ou chargé de mission fantôme à la présidence, tout est une question de réglage de la machine à laver : on en sort blanchi, noirci mais rarement lavé de tout soupçon car de la calomnie il reste toujours quelque chose…
Peu importe finalement car seuls ceux qui sont en mesure de changer les choses doivent s’intéresser à tout cela or il se trouve qu’ils sont souvent juges et parties.

Le citoyen lambda, pauvre de lui, regarde tout ça de loin  juste pour s’intéresser au vrai mystère de la chose en ce qui concerne Mohamed Lemine Ould Dadde car son affaire est en soi quelque chose de bizarre car Dadde n’est pas né du milieu « mafieux » ou du moins prédateur, il est sensé n’avoir aucun protecteur de taille surtout que c’est un ancien de Conscience et Résistance qui compte encore au sein de l’appareil d’état et de l’armée des ennemis jurés même s’ils sont de plus en plus dans le wagon de la retraite.

Alors à quoi joue Dadde ? Comment a-t-il réussi cette opération de monopoly qui fait passer de la prison à la rue de la Paix où tout vaut de l’or ? Que gagne Azizdans cette opération ?
Le professeur Ely Mustapha vient d’écrire une énième tartine sur le sujet à partir d’une interview que je viens de lire, celle accordée par Ould Dadde à Jeuneafrique au sortir de sa captivité.
Le Pr Mustapha a étalé toutes les possibilités du grand ou du faux mystère dont Ould Dadde fait grand cas à savoir ce que se sont dit Aziz et lui après l’audience accordée au repris de justice sitôt le nez dehors.
Le Pr Mustapha a oublié un détail de taille dans cette interview…

D’abord Ould Dadde a-t-il mérité ses 20 mois de prison ? Il répète partout même dans cette interview qu’il est innocent et qu’il peut le prouver sans jamais l’avoir fait depuis 3 ans. Pourquoi ne pas prouver son innocence puisqu’il dit qu’il a les preuves pour le faire ? Soit il bluffe auquel cas il a bien mérité son séjour en prison soit il ne bluffe pas alors l’IGE qui l’a envoyé là-bas mérite d’y aller à sa place…

Pourquoi Ould Dadde dit-il haut et fort qu’il garde pour lui ce qui s’est dit entre Aziz et lui ? Avant sa nomination, cette confidence comptait pour zéro, désormais elle vaut de l’or… mais pas forcément celui qu’on croit…
Si Dadde a demandé une audience au chef de l’état c’était pour lui dire quelque chose, jouer une carte mais s’il s’était dit entre eux quelque chose de sensible et qu’un pacte a été conclu moyennant patience, jamais Dadde n’aurait osé en faire mystère, il aurait pu parler diplomatiquement assurant qu’il tenait à remettre au chef de l’état en personne une lettre pour sa défense dans cette affaire au nom de son honneur et que le chef de l’état, bien que ne voulant pas interférer dans les sanctions de la justice, a dit qu’à titre personnel il est prêt à entendre par principe tout citoyen s’il a l’occasion de le rencontrer.
Au lieu de ça ou d’autre chose plus vaseux pour noyer la teneur de leur échange, Dadde a dit ostensiblement qu’il garde pour lui la teneur de l’échange.
Pour ma part, je doute que quiconque puisse faire contre Aziz le moindre chantage ni directement ni indirectement à propos de révélations car sur Aziz tout a été dit jusqu’à des enregistrements sonores. D’ailleurs même s’il avait rang de ministre et qu’il fréquentait ce petit monde qui ne vaut rien aux yeux d’Aziz puisqu’il peut nommer et dégommer n’importe  qui à tort ou à raison et le nommer n’importe où, que peut bien connaître Dadde à part des potins véridiques ou non ?
Par contre Aziz craint apparemment tous ceux qui ont un carnet d’adresses à l’extérieur et qui sont capables d’écrire des livres ou faire des films qui pourraient avoir un retentissement accablant. On a vu ça avec Abderrahmane Sissoko et son complice Beyrouk et l’affaire  du film Mettou la hartania. Film enterré vif pour deux postes comme conseillers à la présidence chargés de la culture pour Sissako et Beyrouk qui depuis écrit tout sauf sur les sujets brûlants…
C’est ce détail que le professeur Ely Mustapha oublie dans l’interview de Dadde où jeuneafrique annonce «  Aujourd’hui, Mohamed lemine Ould Dadde, 45 ans, va mieux et prépare un livre… ». 
 
Nous sommes en 2013. Quel livre peut bien écrire Dadde en sortant de prison lui qui n’est pas écrivain sinon pour un sou ?  Ould Dadde pris dans les affres de la précarité après avoir goûté à l’abondance est capable d’écrire ce qui ne s’est jamais vu en Mauritanie, un livre sur son expérience à la périphérie du pouvoir comme on en voit mille dans toutes les démocraties même au Sénégal.
Là, il y a de quoi, sans diffamation, déranger tout un monde, Aziz le premier car un livre ce n’est pas un article qu’on oublie demain… Un livre ça reste, on en parle, on se le passe etc. Il y a en effet de bons livres à écrire pour la postérité à propos de l’origine des fortunes de nos hommes d’affaires si ce n’est un livre racontant l’épopée d’Aziz de Louga  jusqu’à la présidence car l’homme a traversé quasiment toute l’histoire de l’armée depuis 1978 à nos jours à l’ombre des événements jusqu’au cœur du pouvoir sans rien perdre de tous les secrets de l’armée.
Un livre sur Aziz c’est un livre sur 1978 à nos jours avec tous les personnages, la naissance de dynasties de prédateurs et de dominés impuissants pour l’éternité. Un livre sur Aziz c’est un livre sur l’armée, l’économie, la société, le religieux, la modernité et le retour du refoulé archaïque.
Quelle formidable enquête où la bonne foi suffit pour être subversive. Tous les témoins prêts à parler sont là dont Ely Ould Mohamed Vall... Aller à Louga se renseigner, si Aziz est né là-bas il y a forcément des traces…
A ma connaissance des plumes francophones de Mauritanie, seuls l’ex Capitaine Krombelé ou Jemal Ould Yessa sont des plumes assez denses pour s’attaquer au sujet avec un humour tranquille sans être déplacé.
Hélas, personne n’osera écrire un grand livre pareil, pas même Ould Dadde mais il pourrait écrire quelque chose, une sorte de première du genre qui pourrait avoir un certain effet… L’a-t-il fait depuis 2013 ? Une copie via son réseau a-t-elle circulé jusqu’à ce que quelqu’un conseille à Aziz de lui administrer l’anesthésiant servi à Sissako et Beyrouk ? Possible mais ce n’est pas tout…
Pour ma part, je crois qu’Aziz ou quelqu’un a fini par être sensible à la ligne de défense de Dadde depuis sa sortie de prison et bien analysée par le Pr Mustapha. Comme une petite frappe monte en grade en sortant prison quand elle en sort sans avoir parlé, Ould Dadde qui n’est pas du milieu a réussi à garder son sang-froid sans jamais attaquer Aziz.
 
Malgré 20 terribles mois en prison avec souvent sa pauvre mère devant la porte et Marième Mint Derwich qui prenait l’avion pour lui rendre visite, Dadde n’a jamais rien dit contre le pouvoir Azizien. Il a parlé de machination de la vieille garde.
Après 3 ans de cette rhétorique, il est digne de rejoindre la présidence, ce n’est que justice. Cela n’apporte rien à Aziz sauf s’il étouffe un livre. Au contraire, cela détruit encore la ligne de défense des amis de Dadde quand il était en prison où jusqu’à wikipédia il est présenté comme un défenseur des droits de l’homme sorte de libérateur des esclaves. Le voir rejoindre la présidence est aussi une manière de montrer ce que valent les plus célèbres militants présumés : des résistants à tout sauf à la tentation…
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