Le journaliste : la responsabilité à l’irresponsabilité

24 journalistes africains face à un autre journaliste, un homme chevronné du métier. C’était à Dakar du 18 au 22 février 2013 sur initiative de l’Union Africaine. Des hommes des médias se sont retrouvés pour apprendre et échanger autour du défi du métier du journalisme.

Particulièrement, le comment de la couverture des zones dangereuses : journaliste comme consolidateur de la paix. Durant cette rencontre de la technique comportementale dans les zones dangereuses, en somme, c’est le métier du journaliste qui a été ressassé pour démontrer la capacité de nuisance des professionnels de l’information dans les quotidiens de nos différents pays.

Le rôle primaire ou original du journaliste est l’exigence de la vérité dans la quête de l’information, la vérité qui contribue à l’effectivité de la sécurité de l’homme, son bien être socioéconomique dans une société stable et en paix, alors que des évènements dramatiques qui émaillent et gouvernent le destin désastreux du continent africain.

Au Rwanda, en Mauritanie et au Sénégal, à chaque fois, il s’est trouvé des journalistes pour attiser le feu au lieu de l’éteindre. La presse a été manipulée et le chaos s’est installé dans ces pays. Une attitude qui implique l’irresponsabilité de nos médias.

C’est dire qu’à Dakar, les hommes des médias ont relevé que si leur métier est exaltant et de portée capitale pour la vie de nos sociétés, il peut être aussi une arme de destruction massive et de déstructuration des sociétés. Les exemples foisonnent. Pour servir l’intérêt public et non la curiosité du public, le journaliste doit être à la recherche de l’équilibre et bannir tous stéréotypes.

Dans cette école de Dakar, des journalistes africains ont réappris et compris que leurs compagnons de toujours sont entre autres : l’obligation de la vérité, la responsabilité, la résistance, l’éthique, l’équilibre, le détachement… Dakar, c’était aussi un sentiment de remise en question et un sentiment de prise de conscience du poids de l’effet des médias sur la marche de notre monde.

De la compréhension du rôle souvent néfaste du journaliste dans nos sociétés, un sentiment de panafricanisme a affecté les journalistes de la rencontre de Dakar qui s’évertuent désormais à consolider la paix. Ils (les journalistes) s’évertueront à éviter de servir comme des outils pour la matérialisation des agendas des puissances étrangères et des politiques africains contre l’intérêt public.

En Mauritanie, le travail reste encore entier. Ici et là, on nourrit plus la curiosité du public que l’intérêt public, un intérêt public qui ne semble préoccuper que peu de personnes. Car consolider la paix, si cela doit animer les hommes de médias, les professionnels mauritaniens de ce métier ne s’y autorisent pas encore.

Les journalistes mauritaniens n’attendent pas à être manipulés, ils sont eux-mêmes la manipulation. Ici la vérité n’est pas une plante qui se cultive dans nos supports d’information, la précision, le détachement, l’éthique et la responsabilité sont des qualités quasiment rares dans les articles de presse mauritaniens. Et l’humilité comme fondement de ce métier ou l’humilité tout court n’est pas mauritanienne.

Ce pays en déconfiture politique et en décadence sociétale avec un Etat en situation très avancée de déliquescence, l’exigence de la responsabilité du journaliste dans l’exercice de son métier d’informer est plus qu’existentielle pour la Mauritanie. La Mauritanie, notre pays, vit une période très importante pour son existence. Tous les éléments du chaos tendent à se réunir. Les taire, les dissimuler ou déformer les faits, c’est une irresponsabilité qui doit cesser dans nos écrits.

La Mauritanie en souffre et nous sommes comptables de cette situation. Une situation qui peut nous rattraper comme ce fut le cas pour les journalistes de la radio « Mille collines » du Rwanda. Et moralement, les journalistes sénégalais et mauritaniens qui ont attisé le feu entre ces deux pays durant les évènements de 89 sont à jamais affectés. Que Dieu nous en garde.

Camara Seydi Moussa

Source : La Nouvelle Expression

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