Déclaration du Bureau Exécutif du RFD

RFD 2Le Bureau Exécutif a étudié, lors de sa dernière session un rapport présenté par le Président du Parti sur le contexte politique général et la situation du parti.

A l’issue des débats, le Bureau Exécutif a adopté la présente déclaration :

  1. La situation politique, économique et sociale du pays

  1. Paralysie et incapacité des institutions étatiques

La situation générale reste dominée par la poursuite de la crise politique née suite au coup d’Etat de Mohamed Ould Abdel Aziz en 2008, et son entêtement dans la gestion unilatérale du pays. La crédibilité même de l’institution du président de la République est remise en cause par le boycott de l’élection présidentielle du 21 juin 2014 par le Forum National pour la Démocratie et l’Unité (FNDU) et l’. Ce scrutin a, en effet, connu toutes sortes de fraude et a dévoilé, au grand jour, l’inféodation de la CENI au pouvoir et la poursuite de l’instrumentalisation de toutes les institutions publiques et privées censées être neutres (Armée, Administration, Justice, Biens Publics, Hommes d’Affaires et Banques, Uléma, Média) au profit de son candidat. Quant aux élections législatives de décembre 2013, boycottées par la quasi-totalité des partis de la COD, elles ont été, elles aussi, largement entachées de fraude ; aussi, ont-elles donné lieu à une Assemblée Nationale réduite à une simple chambre d’enregistrement et à des conseils municipaux qui agissent, le plus souvent, en véritables antennes locales de l’UPR. La CENI étant, chacun le sait, constituée essentiellement de gens ayant pratiqué, à grande échelle, la fraude, ces dernières décennies.

Le Sénat, quant à lui, continue à fonctionner en toue illégalité  alors que son mandat est fini. Le pouvoir ne se donne même pas la peine d’insuffler à cette institution un semblant de légalité, même formelle ; le Sénat continue ainsi à promulguer des lois sans aucune crédibilité.

S’agissant du pauvre Conseil Constitutionnel, nul ne peut encore espérer ou prétendre qu’il puisse se ressaisir et se prévaloir, ne serait ce qu’en partie, des attributions que lui octroie la Constitution.

Le résultat est qu’aujourd’hui tous les pouvoirs institutionnels sont aux mains d’un seul homme avec un puissant retour au culte de la personnalité et à la basse flagornerie. Les compétences techniques et scientifiques n’ont plus de valeur, l’honnêteté requise des fonctionnaires dans l’exercice de leurs devoirs n’a plus de signification. Lorsque les courtisans de Ould Abdel Aziz parlent de «rassemblement des citoyens autour du président de la République lors de ses visites à l’intérieur », il s’agit-là de signes avant-coureurs de l’érosion de l’Etat et de la résiliation du contrat de citoyenneté.

En plus de tout cela, le pouvoir est régulièrement secoué par des scandales financiers et administratifs le rendant risible aux yeux de tout le monde.

Cette situation a eu un grand impact sur les institutions judiciaires, administratives, de sécurité et militaires:

  • Les Mauritaniens aspirent à un système judiciaire indépendant, en mesure de garantir pour le justiciable ses libertés et de lui préserver ses droits. Or, il est connu aujourd’hui que la présidence des tribunaux sensibles est attribuée, pour d’évidentes raisons de favoritisme, aux juges les moins intègres, les moins formés et les plus audacieux à transgresser les textes ; des présidents qui n’hésitent pas à bafouer ouvertement la loi et à railler les juges, sans aucune gêne;
  • Personne ne conteste non plus l’incapacité de l’administration centrale à accomplir ses tâches quotidiennes ; les partenaires au développement du pays se plaignent de l’incompétence des leurs vis-à-vis dans les différentes institutions de l’Etat. Tout le monde s’accorde également sur l’incapacité notoire de l’administration locale à régler les conflits entre citoyens, ce qui provoque de plus en plus de tensions entre groupes sociaux, voire même au sein de familles;
  • La situation des institutions militaires et de sécurité, dont la mission première est censée être la consécration du principe de l’égalité en tant que creuset d’unité entre ses membres, n’est  guère plus reluisante. Le recrutement, le déroulement des carrières et l’accession aux hautes fonctions se font sur des bases de clientélisme et de tribalisme, loin de toute considération objective de compétence,  d’aptitude au commandement ou d’expérience, entrainant plus de marginalisation pour leur personnel issu de condition modeste. Cette situation paralyse l’action de ces institutions, ce qui conduit à une forte détérioration de la sécurité urbaine notamment à Nouakchott et dans les grandes villes, se manifestant par le développement du narcotrafic, de la banalisation des meurtres et des viols qui se perpètrent au quotidien ainsi que par les agressions armées auxquelles s’adonnent les protégés du pouvoir sans la moindre sanction effective ;
  • Les diplomates expérimentés ayant été écartés, nos relations extérieures pâtissent chaque jour du manque de professionnalisme et l’absence d’une vision claire. C’est dans ce cadre que Ould Abdel Aziz  a, très tôt, accepté de jouer le rôle d’intermédiaire et de combattant par procuration à la place de puissances étrangères, en engrangeant les dividendes de la lutte contre le terrorisme qui constitue la priorité de ces puissances dans la région. Suite au désistement de l’Algérie et de l’absence de la Lybie,  il a été désigné en 2014 président en exercice de l’Union Africaine, instrumentalisant cette position pour redorer son blason et renforcer, encore plus, son pouvoir et non pour promouvoir les intérêts de son pays (sommet UE/UA en avril 2014 à Bruxelles, sommet USA/UA en août 2014 à Washington, médiation en Azawad, tentative d’établissement de nouveaux rapports avec les pays du Golfe notamment l’Arabie Saoudite pour des raisons purement matérielles). Mais avec l’installation des forces françaises directement au Mali et au Sahel, Ould Abdel Aziz a perdu sa position de chargé de mission dans la région, de même qu’il a subi de graves revers diplomatiques avec l’Algérie et le Maroc.

  1. Au plan économique : un retournement de conjoncture défavorable semble s’annoncer pour le pouvoir. En effet, on note que :
  • Le prix du fer, qui n’a cessé de chuter au cours des deux dernières années, enregistre une baisse de près de 55% par rapport à son niveau de décembre 2013, avec des prévisions plutôt pessimistes pour la période à venir. Cette évolution a engendré de graves conséquences tant pour la santé et la compétitivité de la SNIM elle-même que pour son apport global au  budget de l’Etat (Impôts et dividendes), de même qu’elle a révélé au grand jour que la société a dilapidé les revenus fabuleux qu’elle avait obtenus durant les années fastes en projets inutiles ou largement surfacturés. La grève observée par les travailleurs deux mois durant cette année a davantage contribué à la mise  à nu de cette gestion désastreuse ;
  • TASIAST renonce à son plan de développement et résilie plusieurs contrats de sous-traitance, d’où la contraction de ses effectifs et des revenus qu’elle distribuait au plan national ;
  • MCM procède à des compressions de personnel et résilie, elle aussi, plusieurs contrats de sous-traitance ;
  • Les sociétés d’exploration pétrolière et minière plient bagage quasiment toutes (XSTRATA, TULLOW,  PETRONAS etc…) ;
  • D’autres opérateurs ont eu même recours à l’arbitrage international ou ont porté plainte devant les tribunaux nationaux contre l’Etat mauritanien, comme les sociétés Bumi, BB Energy, Pizzorno et d’autres ;
  • La pêche céphalopode connait une crise de mévente qui a conduit à un arrêt exceptionnel pour une période de 3 mois de la pêche de cette espèce
  • Le fait que les recettes budgétaires exceptionnelles des dernières années (affaire louche de Senoussi et gros redressements fiscaux douteux) ne sont pas, par définition, renouvelables ;
  • La  fragilisation du secteur bancaire (MAURISBANK, GBM) et son impact négatif sur sa crédibilité intérieure et extérieure ;
  • Les conséquences de la sécheresse enregistrée l’année dernière sur le secteur agro-pastoral (cultures et pâturages)  et l’absence d’un plan d’urgence pour y faire face.

Si on ajoute à l’ensemble de ces facteurs le fait que l’essentiel des projets  gouvernementaux actuellement en cours de construction sont, soit des projets nettement surdimensionnés (aéroport de Nouakchott, centrales électriques), soit des projets d’infrastructure techniquement mal conçus (cas de la plupart des routes urbaines et interurbaines confiées directement ou indirectement à des proches), on peut conclure que ces projets, une fois achevés, constitueront des fardeaux supplémentaires pour le budget de l’Etat, en raison des coûts élevés d’entretien et de maintenance qu’ils engendreront au cours des prochaines années, au lieu d’être des sources de revenus et de richesses.

  1. Au plan social et de la concorde nationale : Personne ne peut contester que l’unité nationale et la cohésion entre les différentes composantes de notre peuple se fissurent de jour en jour et se lézardent. La désunion, la haine et l’aigreur entre les composantes ethniques et sociales sont devenues si fortes que les appels à la balkanisation du pays  et à l’insurrection deviennent des mots d’ordre et des slogans portés au grand jour.

Cette situation n’est que l’inéluctable conséquence du mépris, du manque de discernement et de la politique de courte vue avec lesquels Mohamed O. Abdel Aziz  conçoit la chose publique et exerce son pouvoir.

Elle découle aussi des manœuvres politiciennes auxquelles il s’adonne,  cultivant  la désunion des composantes de notre  peuple,  les dressant les unes contre les autres et offrant aux extrémistes les plus grandes opportunités  pour  développer, à travers  les media d’Etat, leurs discours de haine et de discorde.

C’est ainsi qu’en guise de règlement du grave fléau de l’esclavage et de ses lourdes séquelles,  le pouvoir préfère s’adonner à la politique de la poudre aux yeux qu’il mène par des projets mal articulés, conçus pour des objectifs de propagande, sans que les populations cibles y soient associées.

De même, le traitement du douloureux passif humanitaire s’est fait dans l’improvisation et le manque de sérieux. Plusieurs milliers de rapatriés mauritaniens n’ont pu, jusqu’à présent, recouvrer leurs droits fondamentaux de citoyens; le harcèlement, les brimades des autorités et le refus de l’accès à l’enrôlement, sont, souvent, le lot de milliers de nos citoyens ressortissants de la Vallée.

Le système éducatif s’effondre à vue d’œil. Il est incapable d’accomplir, tant soit peu, sa mission salvatrice de facteur d’unité nationale et d’instrument de promotion sociale pour les couches déshéritées. Présumée lieu d’égalité des chances entre pauvres et riches, où l’épanouissement se fait sur la base du seul mérite, l’école publique a été remplacée par deux « systèmes  éducatifs » parallèles, fréquentées par deux mondes entre lesquels n’existe aucune passerelle mais qui, néanmoins, en partagent l’échec lamentable dû aux piètres performances, l’absence cruelle de moyens et au manque de sérieux dans les méthodes. Devant ce constat, le pouvoir se ridiculise en annonçant le slogan « 2015 année de l’éducation »…

L’état piteux des services de santé n’échappe à personne. Dans ce domaine, les disparités entre pauvres et riches est manifeste: les premiers sont pensionnaires d’établissements publics dont l’état est pitoyable et où les conditions minimales d’hygiène font défaut; les seconds se soignent dans des cliniques privées, sur lesquelles aucun contrôle n’est exercé par la tutelle, ou vont se faire traiter, à grand frais, à l’étranger. Ici comme ailleurs, les slogans populistes du pouvoir (construction et dotation en équipements modernes des structures de santé, lutte contre l’importation de faux médicaments, etc.) ne résistent pas à la réalité…

Le citoyen croule, au quotidien, sous le poids conjugué du alors qu’une infime minorité, issue du clan familial de Mohamed Ould Abdel Aziz, concentre, entre ses mains, les richesses du pays.

Devant cette situation sociale désastreuse (chômage, hausse des prix, pauvreté, effondrement du système éducatif et de la santé publique), le pouvoir n’a comme remède que d’user, démagogiquement, de deux « cartes » comme amortisseurs, à savoir la distribution des terrains aux habitants des gazras et les boutiques Emel à prix réduit. En réalité, s’agissant de la première, des dizaines de milliers de familles pauvres sont jetées aux abords de la ville de Nouakchott sans aucun service public alors que les terrains des anciennes gazras, situés au milieu de la ville, sont distribués aux proches du pouvoir. Quant aux boutiques Emel, il s’agit d’un subterfuge mis en place pour  détourner, à volonté, les deniers publics au profit de l’entourage immédiat du chef de l’Etat ; ce programme couvre à peine 20% des besoins des ménages pauvres et propose, le plus souvent, des produits de mauvaise qualité, sans parler des files d’attente des citoyens qui peuvent durer des heures pour acquérir d’infimes quantités, ce qui dénote du mépris que ce pouvoir cultive à l’égard de notre peuple.

Le RFD, conscient des menaces qui pèsent sur le pays et connaissant l’état de notre tissu social :

  • salue l’engagement constant de ses militants et apprécie les sacrifices énormes qu’ils n’ont cessé de consentir au service de la patrie;
  • loue l’action du Forum National pour la Démocratie et l’Unité qui s’attèle à unir et à mobiliser les mauritaniens pour parvenir à un changement démocratique et pacifique permettant de rompre, définitivement, avec la gabegie;
  • lance un appel à l’ensemble du Peuple mauritanien et à ses forces vives pour s’unir, en vue de réaliser cet objectif suprême par la lutte opiniâtre, démocratique et pacifique ;
  • demeure convaincu que seul un dialogue national, responsable, sincère et loin de toute manœuvre politicienne, dont les protagonistes sont parfaitement conscients de la situation tragique que vit le pays, est à même de résoudre cette crise multiforme;
  • demeure attaché aux préalables et mécanismes posés par le FNDU pour la participation à ce dialogue.

  1. La Situation du Parti

Après avoir débattu de la situation du Parti, le Bureau Exécutif a :

  • engagé la direction du parti à travailler pour le renforcement des efforts visant à faire face aux énormes défis auxquels sont confrontés le parti et ses militants;
  • ordonné au Comité permanent d’initier des formes de lutte démocratique mieux adaptées à la situation critique actuelle à laquelle fait face le pays;
  • nommé une commission nationale d’implantation des instances de base du parti et lui a ordonné d’entamer ses travaux à compter de la mi-octobre 2015, en préparation du prochain congrès ordinaire du parti.

Le Bureau Exécutif du RFD

Source: Le calame

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