Déclaration du Docteur Mohamed Mahmoud Ould Mah, Secrétaire Général de l’UPSD

Ould Mah

‘’En demandant le renvoi de l’ambassadeur de Syrie dans notre pays, ce n’est pas la première fois, et certainement pas la dernière, que M. Jemil Ould Mansour fait des déclarations provocatrices et contradictoires’’

Cette déclaration comporte deux questions relatives, l’une au « Printemps arabe » et l’autre aux déclarations de Mohamed Jemil Ould Mansour, demandant d’une part, le renvoi de l’ambassadeur de Syrie et une souscription en faveur de « l’armée libre de Syrie » et critiquant, d’autre part, la République Islamique d’Iran et le Hezbollah.

1°) Le « Printemps arabe »

Il s’agit plutôt d’un « Printemps occidental » tout comme « les amis de la Syrie » sont plutôt ses ennemis. Le « Printemps arabe » a commencé par les révolutions en Tunisie, en Egypte et au Yémen. Surpris par la rapidité avec laquelle les présidents tunisien et égyptien sont tombés, l’occident détourne le train de la révolution de son objectif naturel : Israël et ses alliés, les régimes arabes conservateurs pour le diriger vers les régimes arabes progressistes : la Libye et la Syrie.

Au Yémen, la révolution a été réprimée dans le sang à la faveur d’un complot entre les régimes arabes du Golef et le Conseil de sécurité, un instrument du nouvel ordre mondial. Il est alors normal qu’en Tunisie et en Egypte, les bénéficiaires de ces révolutions n’en soient pas les artisans.

En Libye, Sarkozy et Cameron, mobilisés par le philosophe sioniste français, Bernard Henry Lévy, versent des larmes de crocodile sur le peuple libyen, menacé, selon eux, de génocide par le « dictateur Mouammar El Kadhafi »pour qui ils déroulaient, il n’y a longtemps, le tapis rouge. S’appuyant sur une demande d’intervention militaire de ce qui reste encore d’une ligue arabe désormais dirigée par Qatar, Sarkozy et Cameron, obtiennent une décision du Conseil de Sécurité et font intervenir l’OTAN. La suite, on la connait : la Libye est entièrement détruite et son leader lâchement assassiné dans des conditions inhumaines, à la suite du bombardement de son convoi par des mirages français et un drone américain. L’Occident aurait pu assassiner Mouammar El Kadhafi le premier jour de l’intervention, mais il fallait d’abord détruire la Libye pour la reconstruire à la faveur de juteux contrats.

En Syrie, la coalition occidentale et ses alliés dans la région ont tenté, mais en vain, de rééditer le même scénario libyen. Cette fois, une décision du Conseil de sécurité a fait défaut : la Russie et la Chine ont tenu à ne pas se faire « rouler » cette fois, comme elles l’ont été dans le cas libyen. En outre, la Syrie ce n’est pas la Libye ; c’est tout l’axe du refus, Hezbollah, Syrie, Iran, qui est visé. Le régime de la Syrie est le seul régime arabe progressiste qui demeure encore en place, car la coalition israélo-occidentale, avec l’aide de ses agents locaux, est parvenue à éliminer successivement Jemal Abdel Nasser, Saddam Hussein, pendu le jour de l’Aïd el Kébir, Arafat et Mouammar El Kadhafi.

Je voudrais ici insister sur un point que je considère très important. Jusqu’au début des années cinquante, l’Occident considérait l’Islam comme l’ennemi principal jusqu’à l’avènement du mouvement national arabe de libération. L’Occident se trouve désormais confronté à deux ennemis ; habile et solidaire, il ne cherchera pas à combattre ses deux ennemis à la fois, cherchant plutôt à les opposer l’un à l’autre. C’est dans cet ordre d’idées que l’on comprend le soutien accordé par la société du canal de Suez au mouvement des frères musulmans. L’Occident va d’abord s’attaquer au mouvement national arabe de libération ; cherchant à lui opposer l’Islam qu’il combattra par la suite en l’assimilant au terrorisme, au lendemain des événements du 11 septembre 2001.

Cette lucidité de l’Occident de ne pas combattre ses ennemis à la fois me rappelle la fameuse histoire de Abdoullah Ibn Moughafeh : le lion et les deux taureaux. Le lion sait qu’il ne peut pas venir à bout des deux taureaux s’ils le combattent à la fois. Le lion va chercher à opposer les taureaux pour les manger l’un après l’autre. Il s’adresse à l’un d’eux en ces termes : « l’autre taureau ne nous laisse plus rien, il mange tout dans la forêt ». Sentant le taureau réceptif à ses propos, le lion s’attaque à l’autre taureau et le mange. Quand il a eu de nouveau faim, il est allé à la rencontre du second taureau lui tenant le langage suivant : « Savez vous pourquoi je suis ici ? Le taureau lui répond : « Après la mort de l’autre taureau, je me suis rendu compte malheureusement tard, que ma mort était signée ce jour-là ».

Les islamistes feraient mieux de méditer cette histoire : il n’y aura aucun répit pour eux après la disparition du mouvement national arabe de libération. Ils se trouveraient alors aux premières lignes, dans la même situation que le deuxième taureau. D’ailleurs, c’est déjà fait. L’Islam est désormais assimilé au terrorisme, ce qui explique ces campagnes d’islamophobie menées en Occident contre l’Islam, son Prophète et son Livre Saint. Certains politiques, certains islamistes, pour faire bonne figure devant les occidentaux, vont se convertir à un islam politique, quittant les partis politiques dans lesquels ils militaient pour créer de nouveaux partis auxquels ils donnaient une orientation islamiste de principe, jouant le jeu de la démocratie occidentale, se présentant comme un substitut à un islam militant et un ennemi du mouvement national arabe de libération, non sans chercher à favoriser, sous la table, un terrorisme, un djihadisme alimenté à partir des mahadras et des instituts coraniques et financés par certains régimes du Golfe, assurant à ces jeunes le paradis et la fin des mécréants.

On constate que l’Occident , dans son combat contre le mouvement national arabe de libération et contre l’islam, leur a substitué un Islam politique et un « djihad » détourné lui aussi de son objectif véritable puisqu’il est circonscrit aux seuls pays arabes et musulmans, créant ainsi une anarchie destructrice et non « créatrice », n’en déplaise à Condolezza Rice, comme on le voit en Tunisie, en Egypte, au Soudan, en Iraq, au Yémen et surtout en Syrie.

Pour ma part, je pense que ces politiques qui mobilisent et encouragent ces jeunes à se faire exploser, en prétendant leur assurer le paradis, doivent commencer par se faire exploser eux –mêmes en accompagnant ces mêmes jeunes dans leur « sacrifice » pour mieux convaincre ceux qui restent. Un adage bien de chez nous, ne dit-il pas « celui qui n’est pas du voyage ne doit pas préparer les valises » Eli-mahou-machi-emaak ma-ilag-Iak.

2°) par rapport aux déclarations de Mohamed Jemil Ould Mansour

Je connais relativement bien M. Mohamed Jemil Ould Mansour. D’ailleurs, qui ne connait pas Jemil Ould Mansour ? Dans le cadre du comité national contre la normalisation avec l’entité sioniste, que j’ai l’honneur de présider et dont Jemil Ould Mansour était membre, nous avons eu à nous rendre plusieurs fois en Libye dans le cadre du dialogue entre les trois courants politiques arabes : le courant nationaliste arabe, le courant islamique et le courant marxiste. Il est à noter que j’ai eu également l’honneur de diriger la délégation de notre pays au 1 er Congrès arabe (et jusqu’à ce jour le dernier) contre la normalisation avec Israël, tenu au Yémen à la fin des années 90. Notre délégation comportait des personnalités politiques, syndicales et les directeurs de publication de certains journaux. Par la suite, Mohamed Jemil Ould Mansour a créé un comité identique à celui que je préside et pour lequel il a d’ailleurs eu la chance d’avoir obtenu un récépissé du ministère de l’Intérieur, chance que nous n’avions pas eue.

S’agissant des déclarations de Jemil Ould Mansour demandant aux autorités de notre pays de renvoyer l’ambassadeur de Syrie comme hier, il demandait le renvoi de l’ambassadeur d’Israël ; s’attaquant à Hezbollah et à l’Iran qui sont, avec la Syrie, les seuls foyers de résistance à Israël, à l’Occident et à leurs agents dans la région ; levant une souscription auprès des populations pauvres de Mauritanie en faveur de « l’armée libre de Syrie », qui roule sur les pétrodollars dans les hôtels luxueux d’Istanbul, Doha, Riyad, Paris, Londres et Washington ; de telles déclarations relèvent de la provocation et d’un mépris pour l’opinion arabe, musulmane en général et pour le peuple mauritanien en particulier ; surtout quand on se rappelle que M. Jemil Mansour avait effectué des visites officielles à Damas, Téhéran, Beyrouth, chez le Hezbollah où il avait été reçu avec respect et considération et où il avait bénéficié de toutes les formes d’aides. Il avait lui-même fait venir chez nous une délégation de Hezbollah ; il s’est bien gardé de la laisser rencontrer ses vrais amis et admirateurs d’hier et qui le sont restés jusqu’à ce jour.

Ce n’est pas la première fois, et certainement pas la dernière, que M. Jemil Ould Mansour fait des déclarations provocatrices et contradictoires. C’est un homme foncièrement instable, dénonçant aujourd’hui ce qu’il glorifiait hier. Les exemples sur lesquels le temps n’a pas encore jeté son oubli ne manquent pas :

-Avec le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, dont certains ministres étaient membres du parti Tawassoul, et pour ne pas gêner le président Sidi qui refuse de rompre les relations avec Israël, Jemil Ould Mansour, contrairement à certains députés qui avaient voté le budget de notre ambassade en Israël et tempéré son antiisraélisme. Comme aujourd’hui, ses amis, qui combattent la Syrie sont aidés et secourus par Israël qui les soigne dans ses propres hôpitaux.

-Il fait une liste électorale commune avec l’UPR, à Dar Naïm, parti du président Ould Abdel Aziz, tombeur de Sidi Ould Cheikh Abdallahi , son mentor, liste dont le sénateur de Tawassoul tire sa légitimité.

-Il demande et obtient du président Ould Abdel Aziz le renvoi de l’ambassadeur d’Israël, mais toujours insatisfait, Jemil Ould Mansour demande cette fois, le départ du président Ould Abdel Aziz lui-même.

-Alors que ce dernier se soignait à Paris, Jemil Ould Mansour, lui, l’islamiste, prend l’opinion publique à témoin et affirme que le président Ould Abdel Aziz ne reviendra plus jamais ; une fatwa qui rappelle celle de son ainé, El Qaradhaoui, affirmant à son tour, que tout musulman qui soutient le régime de Syrie ira en enfer.

-Prétextant défendre l’unité nationale, mais plutôt par électoralisme, Jemil Ould Mansour ne manque aucune occasion pour incriminer la composante arabe de notre population, accusée par lui, d’opprimer les autres composantes ethniques. Drôle de manière de défendre l’unité nationale !

-Dans le même ordre d’idées, cette fois au parlement, Jemil Ould Mansour provoque une bagarre et vient aux mains avec l’un de ses collègues, qu’il accuse d’avoir proposé une commission où une composante ethnique du Sud serait sous représentée.

M.Jemil Ould Mansour n’a aucun respect pour ceux des mauritaniens et autres, qui ne partagent pas son point de vue sur ce qui se passe en Syrie.

Mohamed Mahmoud Ould Mah

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