Décrispation politique : Messaoud Ould Boulkheir, facilitateur national patenté ?

La Mauritanie s’acheminerait-elle vers la décrispation politique? C’est la question que les Mauritaniens se posent, Messouddepuis la rencontre entre le président Messaoud Ould Boulkheïr, auteur d’une contribution à la sortie de crise, et les responsables de la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD), venus lui remettre leur réponse à son initiative.

Un pas, important, vers la reprise des négociations entre les différents pôles politiques qui s’observaient, jusque là, en chiens de faïence. Même si la COD reste très peu explicite dans sa réponse qui n’est pas encore rendue publique, il n’en demeure pas moins qu’elle semble, dans son communiqué publié après la rencontre, désormais conférer, au président Messaoud, le statut de facilitateur national. Elle lui demande, en effet, de prendre en charge ses principales revendications et de trouver les moyens de baliser le terrain pour des négociations en vue de préparer des élections inclusives et transparentes.

La mission certes difficile mais pas impossible, dans la mesure où l’homme dispose d’un certain nombre d’atouts.

D’abord, l’initiative, qu’il a lancée voici plus d’une année, a fini par rallier, non seulement, un large pan d’acteurs politiques et de la société civile mais, aussi, beaucoup de « simples » mauritaniens, fatigués par les invectives et autres passes d’armes politiciennes qui relèguent leurs préoccupations immédiates au second plan. On se souviendra, à cet égard, que ce fut la foule des grands jours, lors du lancement officiel de cette initiative, le 11 février dernier, au Palais des congrès. Le corps diplomatique accrédité en Mauritanie tint, lui aussi, à marquer l’évènement de sa présence, ce   qui représente, aux yeux des observateurs, un message très significatif, à l’endroit de toute la classe politique mauritanienne.

Il faut ajouter, à cela, le souhait de la Communauté internationale, particulièrement l’Union Européenne, de voir la Mauritanie organiser, enfin, des élections municipales et les législatives dont le report commence à agacer les démocrates. « On ne peut parler de démocratie sans élections », font observer les chancelleries occidentales, dont certaines ont rendu visite, récemment, au nouveau président de la COD, Mohamed Jemil Mansour, du parti Tawassoul, mais, aussi, au Premier ministre.

L’autre atout qui plaide en faveur du leader haratine est la constance de sa position. On se le rappelle, Ould Boulkheïr s’est vigoureusement opposé au coup d’Etat qui renversa Sidi Ould Cheikh Abdallahi, en août 2008, prenant activement part aux manifestations contre le mouvement dit de la « rectification » de Mohamed Ould Abdel Aziz. Une position qui lui a valu une immense sympathie, au sein de l’opinion, et le respect, auprès du pouvoir en place.

Le dialogue, seule arme

Un autre atout à mettre, également, au crédit de Messaoud est qu’il a compris, très tôt, que le dialogue est la seule arme pour régler, à défaut d’élections libres et transparentes, les contentieux politiques. C’est fort de cela qu’il a tenu la gageure d’asseoir, autour d’une même table de négociations, une partie de l’opposition et la majorité présidentielle, en septembre/octobre 2011. L’homme n’aura rien ménagé pour embarquer la COD dont plusieurs des revendications constituaient l’essentiel de la feuille de route concoctée à ces rencontres. Pour le pouvoir, la perche tendue par Messaoud aura servi à couper l’herbe sous les pieds, non seulement du mouvement du 25 février, Touche Pas à Ma Nationalité, mais, aussi de la COD, qui espéraient tous renverser, à la faveur du Printemps arabe, le pouvoir de Nouakchott, comme en Tunisie et en Egypte. Certains partis de la COD reprocheront, d’ailleurs, à Messaoud d’avoir ainsi sauvé le pouvoir. Mais ils lui reconnaissent la constance de sa position et son souci d’éviter le désordre, à la Mauritanie.

Autre atout très déterminant, le soutien affiché, très tôt, par certains partis de la COD, à son initiative. Après un tour dans les états-majors politiques, pour leur expliquer les motivations de sa démarche, il s’était vu encouragé, par nombre d’entre eux, jugeant que cette initiative constituait une bonne base de discussion. Cette appréciation avait bien conforté le président de l’Assemblée nationale dans son approche. Patiemment, il a attendu, en dépit des mois qui passaient, des tergiversations et des doutes, avec l’espoir de voir la sagesse l’emporter dans tous les camps. Aujourd’hui, même si beaucoup reste à faire, puisque la majorité n’a pas encore réagi, le temps semble lui donner raison.

Une épine à extirper

Une chose est certaine, le président Ould Abdel Aziz, dont la réponse est très attendue, ne doit pas décevoir. Il a intérêt à répondre positivement à la main tendue par l’opposition. Retard ou refus joueront en sa défaveur, contribuant à radicaliser les pôles de l’opposition qui réclament le dialogue. L’opinion publique mauritanienne ne comprendra, pas plus, le refus du pouvoir d’accepter l’organisation consensuelle d’élections libres et transparentes, pilotées par un « gouvernement de large ouverture». Ne pas accorder de garanties de transparence au scrutin sera considéré comme peur de perdre les élections. Cela dit, gouvernement de large ouverture ou d’union nationale, c’est selon, n’est, en aucun cas, gage de bon scrutin. On en sait quelque chose, en Mauritanie. Et, si ce que l’UPR revendique, comme nombre de militants, est fondé, le pouvoir n’a rien à craindre d’une opposition composée, selon le président de la République, de vieux « croulants ». Il ne reste donc plus, au président des pauvres, qu’à se mettre à l’épreuve d’urnes « propres », pour permettre à toutes les formations politiques de jauger de leurs forces. Une autre manière de « rectifier » la démocratie mauritanienne, fortement déviée par la rectification du 8 août 2008.

Le président Messaoud ne peut plus tarder, lui, à mettre son projet en œuvre. Il lui reste peu de temps, la date fixée par la CENI approche à grand pas. Pourra-t-il gagner ce gros challenge ? C’est l’autre question que tout le monde se pose. La mise en place, par la COD, d’une commission d’investigations sur les « scandales financiers » imputés au pouvoir risque de compliquer, un tantinet, la tâche du facilitateur. On imagine mal, en effet, Mohamed Ould Abdel Aziz accepter de négocier avec une opposition qui le suspecte d’être mêlé à des scandales, de traiter avec des « mafioso» et qui demandait, hier encore dans ses marches, son départ du pouvoir. Le président Messaoud doit manœuvrer dur. Peut-être demandera-t-il, à la COD, de « modérer » son langage et de faire une pause, dans ses attaques, pour donner la chance, aux négociations, de s’amorcer. Ce serait, de la part de la COD, une espèce de gage de sa disposition au dialogue.

Source : Lecalame

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