Déploiement de casques bleus de l’Onu : L’engagement tardif de la Mauritanie au Mali

En marge d’une visite d’amitié et de travail qu’a effectuée le président du Niger Mahamadou Issoufou à Nouakchott en Mauritanie en début de semaine, son homologue mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz a déclaré que son pays était désormais disposé à envoyer des troupes au Mali dans le cadre du déploiement d’une force sous mandat des Nations unies.

Aziz_uossoufou_niger_03-03-2013-M00003Cette déclaration a été largement commentée par de nombreux médias, notamment français. Pouvait-il en être autrement dans la mesure où depuis l’occupation du Nord du Mali par les terroristes et autres jihadistes, la Mauritanie est restée inflexible sur sa position de ne « jamais envoyer de soldats au Mali ».

Pour justifier leur réticence à l’envoi de troupes au Mali, les autorités mauritaniennes ont toujours mis en avant les griefs qu’elles ont de tout temps reprochés au régime amorphe et démagogique défunt de l’ancien président Amadou Toumani Touré dans le cadre d’une stratégie globale commune de lutte contre la menace terroriste.

Cette inflexibilité de la Mauritanie, malgré l’annexion des 2/3 du territoire national, les crimes et autres atrocités auxquels les occupants ont soumis les populations, les infrastructures et les monuments culturels 10 mois durant, a été très mal comprise par la majorité des Maliens.

En effet, selon une frange importante de l’opinion, quels que soient les griefs et autres remontrances que le Mauritanie et bien d’autres pays du front pouvaient logiquement nourrir à l’égard de l’ancien régime malien, les uns et les autres devraient pouvoir mettre de côté, ne serait-ce que le temps d’éteindre d’abord le feu ardent allumé à leurs portes par des fanatiques de tout acabit, afin de venir au secours d’un pays frère « menacé dans son existence même », selon le président français, François Hollande.

Aujourd’hui, après que le pays soit totalement libéré ou du moins en voie de l’être grâce à l’intervention des armées française et tchadienne avec l’appui conséquent des autres forces de la Mission internationale de soutien au Mali (Misma) et de l’armée malienne, la Mauritanie se dit prête à y déployer des soldats pour se battre dans le cadre d’une force sous mandat des Nations unies.

N’est-ce pas un peu le médecin après la mort ? En quoi pourrait désormais être utile une présence mauritanienne, même dans la forêt de Wagadou, comme a indiqué le président mauritanien dans un entretien accordé à RFI le lundi dernier ? Car, faut-il rappeler que présentement le contingent nigérian fort d’environ un millier d’hommes quadrille cette zone. En la matière, la Mauritanie dispose-t-elle de plus de capacités que le grand Nigeria ? Rien n’est moins sûr.

Les soldats des pays de la Cédéao, du Tchad et de la France sont en train de réussir de façon extraordinaire une mission que tous les experts militaires présentaient comme des plus difficiles et périlleuses. Mais en moins de trois mois après le lancement de l’Opération Serval, les soldats maliens et leurs alliés sont actuellement dans la phase de « finition » des opérations de nettoyage visant à anéantir les derniers éléments jihadistes retranchés dans les falaises de l’Adrar des Ifoghas. Sinon, la reconquête du territoire en elle-même est quasiment terminée avec la libération de toutes les principales villes jusque-là occupées par les terroristes.

Lors de sa visite mémorable à Tombouctou et Bamako le 2 février dernier, le président français, François Hollande justifiait l’intervention française par un devoir de remboursement d’une dette envers le peuple malien. Quant au président Idriss Deby Itno du Tchad, il place le déploiement de ses soldats au Mali dans le cadre de « la solidarité et la fraternité vraies » entre peuples au même destin.

Ils sont nombreux les pays africains et européens à avoir répondu à l’appel de détresse du président de la République par intérim du Mali, Pr. Dioncounda Traoré lorsque les terroristes ont violé les résolutions 2056, 2071 et 2085 des Nations unies, celles également de l’Union africaine et de la Cédéao en la matière, en forçant les dernières positions des forces armées de défense et de sécurité maliennes les 10 et 11 janvier 2013.

Ceux qui voulaient réellement aider le Mali à se défaire de l’emprise des terroristes ont depuis lors accouru à travers l’envoi de soldats pour les uns, l’accompagnement logistique et le soutien politique pour d’autres. Bien que la guerre ne soit pas encore totalement gagnée, le Mali leur est éternellement reconnaissant des énormes sacrifices consentis à ce sujet. Le peuple malien mieux que quiconque sait désormais que la solidarité internationale n’est pas un vain mot.

En effet, c’est dans les moments les plus difficiles de sa vie que l’on reconnait ses vrais amis, selon un adage de chez-nous. Le Mali et les maliens savent à présent les frères et les amis sur lesquels ils peuvent compter au besoin. Car, à quelque chose malheur est souvent bon !

Bréhima Sidibé

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