Des ‘’traces esclavagistes’’ pèsent encore sur les sociétés contemporaines (historien)

sociétés africainesRapideInfo : Le Professeur Ibrahima Thioub, historien et chercheur à l’université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar, a souligné, lundi, les traces et le poids esclavagistes qui pèsent encore sur les sociétés africaines contemporaines, malgré les interdits et les politiques abolitionnistes, invitant à  »une meilleure compréhension de ces phénomènes sociaux’’.

‘’ La pratique esclavagiste laisse des traces dans notre vie contemporaine. Que cela soit au Sénégal, en Mauritanie, en Guinée, en Gambie, au Niger ou ailleurs dans le reste du monde’’, a insisté Ibrahima Thioub, recteur de l’UCAD.

Il intervenait à un forum sur le travail dans les sociétés post-esclavagistes. Cette rencontre appelée ‘’Académie d’été’’ est organisée par l’Ecole doctorale études sur l’homme et la société (ETHOS) de l’UCAD et le Centre international de recherche de l’Université Humboldt de Berlin.

Elle a réuni plusieurs spécialistes du pays et des étrangers dont des historiens, des anthropologues, des géographes, des philosophes, des sociologues et de jeunes doctorants qui sont invités par les initiateurs à ‘’établir des pistes de construction pour comprendre les phénomènes sociaux et historiques’’.

‘’Dans les sociétés où il y a une division du travail basée sur la servilité, c’est-à-dire des activités spécifiquement réservées aux esclaves comme chez les Pulars, il est difficile d’abolir l’esclavage. Même quand vous le supprimez juridiquement, sa transmission par le sang laisse des traces encore perceptibles’’, a expliqué le Professeur Thioub qui introduisait le thème: ‘’Sociétés post-esclavagistes : idéologie et travail. Exemple de la Sénégambie’’.

‘’Si nous prenons l’exemple des sociétés Wolof, l’esclavage comme idéologie se perpétue, parce que dans beaucoup de villages, il est facile d’identifier les familles serviles. La transmission généalogique continue de s’opérer, parce que le facteur sang utilisé comme idéologie ne permet pas de sortir de l’esclavage, malgré l’abolition juridique’’, a insisté l’historien.

Selon lui, des textes législatifs ont été souvent votés pour abolir ou interdire l’esclavage, ‘’mais très souvent aussi des pratiques esclavagistes ont annihilé ces engagements politiques et juridiques’’.

Devant un parterre de spécialistes et d’étudiants-chercheurs, Ibrahima Thioub a revisité l’histoire des pratiques esclavagistes dans la sous-région.

‘’Quand on a aboli l’esclavage à Saint-Louis du Sénégal en 1848, on a autorisé les maitres à pouvoir aller à l’intérieur du pays pour racheter des jeunes qui étaient employés comme domestiques. Une fois dans la ville, ces jeunes étaient obligatoirement enregistrés dans le registre des services judiciaires. Cet enregistrement par écriture a donné la notion ‘’Mbindaan’’ (travailleur domestique)’’, a-t-il souligné.

Tout au long de sa communication, il a essayé de répondre à des interrogations comme ‘’Pourquoi les différentes sociétés sénégambiennes qui ont expérimenté l’esclavage ont eu des attitudes différentes au moment de l’abolition ? et Comment les sociétés post-esclavagistes ont géré la question de servilité qui se perpétue jusqu’à nos jours ?’’.

Ibrahima Thioub, qui travaille beaucoup sur des questions de marginalité et de mentalité est longuement revenu, au cours de sa communication, sur la nécessité de faire une différence entre des termes qui semblent proches mais très distincts, à savoir l’esclavage, la traite esclavagiste ou encore la captivité’’

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