Dialogue : attention la chance d’une Mauritanie …risque de disparaitre

DR-Sidi-El-Moctar-Ahmed-TalebDr Sidi El Moctar Ahmed Taleb : La Mauritanie appartient à ses citoyens qui, tous sans exception, sont aujourd’hui concernés, plus que jamais, par son présent dont dépendra bien sûr son avenir. En conséquence, ils ont tous une responsabilité vis-à-vis du dialogue politique en gestation au même titre que les plus cités dans la presse ou invités pour y prendre part directement.

Dans la Majorité, le dialogue est une initiative volontaire du Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz que le Gouvernement du Premier Ministre Yahya Ould Hademine a vite concrétisée dans un document qu’il a soumis à l’opposition dans la Coalition pour une Alternance Pacifique (CAP) et le Forum National pour la Démocratie et l’Unité (FNDU).

Malgré la position de la plupart de leurs élus, les partis de la Majorité sont d’accord pour un nouveau dialogue avec l’opposition et seraient même munis déjà d’une stratégie de négociation. Aucune condition préalable d’aller au dialogue ne semble figurer dans cette stratégie et la devise serait ‘’prêts pour toutes concessions consensuelles pouvant conduire à un dénouement de la situation politique qui prévaut actuellement dans le pays’’.

Grâce à sa modération, issue du sens de responsabilité de ses leaders, la CAP salue toute tentative destinée à réconcilier les forces politiques du pays et à parvenir à un climat apaisé ; le but qu’elle a toujours poursuivi étant d’offrir, à l’ensemble de telles forces, l’occasion de s’attaquer aux vrais problèmes de l’heure et à ceux particulièrement qui pourraient hypothéquer l’avenir d’un pays, par définition, fragilisé par son histoire, sa position géographique, sa diversité démographique et la richesse, en ressources naturelles, de ses eaux et de son sous-sol.

Au niveau du FNDU qui rassemble l’essentiel de l’opposition dite radicale ou boycottiste, son hétérogénéité retarde une position claire par rapport à l’offre de la Majorité, sème le doute sur une possible réponse consensuelle et risque de faire échouer les pourparlers une fois engagés.

Pour l’un des groupes de ce conglomérat, le pouvoir est dans une situation difficile et il faut taper là-dessus et l’accabler davantage au risque de nuire à l’Etat et de mettre même en danger l’existence du pays. Faire échouer le dialogue avant qu’il commence, fait partie d’un jeu auquel se livrent des leaders de partis politiques et certaines personnalités indépendantes.

Là, on semble complètement oublier le chaos que vivent les pays qui avaient privilégié, pour résoudre leurs problèmes internes, d’autres voies que le dialogue, les concessions réciproques et la recherche du consensus.

Un deuxième groupe pragmatique, serait favorable au dialogue et rappelle, pour se justifier, le bilan négatif de l’action de l’opposition par le truchement du mouvement du 25 Février, des syndicats et ONG, d’Arhel, du boycott de toutes les élections ainsi que les conséquences de tout cela sur l’unité des différentes organisations actives contre le pouvoir en place.

Un dernier groupe aurait bâti sa stratégie sur le refus continu de tout dialogue de la part du pouvoir et se trouve aujourd’hui embarrassé, gêné, voire désarmé par la nouvelle offre du Président de la République. Au nom des principes de la démocratie et aux fins de préserver ses sympathisants et un reste de crédibilité face à l’opinion publique nationale et internationale, ce groupe n’a autre alternative que la participation au dialogue proposé.

D’autre part, la frange d’hommes politiques indépendants, la société civile et les citoyens ordinaires, constituent une composante distincte caractérisée normalement par sa neutralité vis-à-vis du pouvoir et de son opposition. Cette neutralité que partagent les membres de cette composante, les prédispose au rôle de facilitateur pour rapprocher les avis des protagonistes avant le démarrage du dialogue et au cours de son déroulement.

Une initiative devra donc voir le jour pour faciliter et accompagner les tractations relatives à l’organisation du dialogue et pour aussi situer, en cas d’échec, la responsabilité devant l’opinion publique nationale, les missions diplomatiques accréditées à Nouakchott et les observateurs extérieurs; l’appel étant adressé surtout à une certaine catégorie d’hommes honnêtes et sages dissimulés ça et là, notamment dans cette dernière composante de forces neutres.

Il incomberait à ces oubliés, souvent prêts à sacrifier leurs droits et intérêts quand la patrie est menacée, la lourde tâche d’éclairer les dialoguistes et les inciter à ambitionner l’idéal, mais à savoir également accepter un compris conjoncturel laissant ainsi une partie des doléances à d’autres échéances.

A propos de la menace, qui n’a pas remarqué que, dans la presse, des auteurs subdivisent déjà les mauritaniens en « beydanes » et « negro-mauritaniens » et œuvrent pour que le terme ‘’negro-mauritanien’’ désigne désormais pulaar, haratines, soninkés, wolofs et bambaras.

Aussi, on parle de plus en plus, au sein de chacune de ces deux grandes composantes nouvellement proposées, d’esclaves, de forgerons (limaalmine), de griots, de Chérifs, des nobles et des moins nobles, etc. C’est la confusion totale.

Même notre religion n’a pas été épargnée. Ce terrain où tout se joue sur l’unité nationale, est devenu la cible de courants multiples dont les plus redoutés sont le jihadisme, le chiisme et le christianisme.

Enfin, d’aucuns nient que les insuffisances liées au balisage du champ des libertés (individuelles et collectives) et de l’expression libre et/ou et puis l’absence de fermeté dans l’application de la réglementation, sont à l’origine de beaucoup de nouveaux ennuis. Alors, outre l’application non discriminatoire de la loi, l’arsenal juridique correspondant à ce genre de questions, a besoin d’être revu dans le sens de rendre responsables les acteurs par rapport à un fond où l’éthique préside aux facteurs de sa délimitation.

Par ailleurs, est-il vrai que l’émergence de tensions communautaristes serait une conséquence de la politique du monopartisme, de trait d’union et de l’aménagement des différentes ethnies qui a caractérisé la période du règne du Feu Moktar Ould Daddah Allah yerihmou ? Une période où tous les mauritaniens (noirs et blancs) avaient consciemment évité un système de quota dans le partage du pouvoir (un Premier Ministre ou un Vice-Président de la République négro-mauritanien, etc.) et volontairement accepté tous les sacrifices pour construire, pour tous, une patrie libre et indépendante.

Fort de notre petite expérience démocratique et avant qu’il ne soit trop tard, les mauritaniens doivent appréhender autrement tous les problèmes résultant du processus de transformation naturelle de leur société et essayer, sans incriminer personne, d’y trouver des remèdes conformes aux exigences du 21ème siècle. Attention, la chance d’avoir une Mauritanie réconciliée, unie et solidaire, risque de disparaitre avec la disparition d’une génération d’hommes encore présents dans les Villages et sous les tentes le chapelet à la main et l’amour du pays au cœur.

Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb

Source : Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb

 

Toute reprise partielle ou totale de cet article doit faire référence à www.rimweb.net

Brochure MOIMA Annonces1 Brochure MOIMA Annonces1

Exprimez vous!

CommentLuv badge