Dialogue politique : FNDU : ira, ira pas ?

FNDUDepuis que le docteur Moulaye ould Mohamed Laghdhaf, monsieur Dialogue du pouvoir en titre, a manifesté le désir de rencontrer le nouveau président du FNDU, maître Ahmed Salem ould Bouhoubeyni, les Mauritaniens  ne cessent de s’interroger sur cette probable rencontre au sommet.  Le FNDU, qui doit apporter sa réponse à l’invitation du pouvoir, ce mardi, au terme de rudes consultations en son sein, acceptera-t-il enfin d’aller au dialogue que recherche le pouvoir ? Sur quelles bases et/ou garanties ? Son président  se contentera-t-il, tout simplement, d’un  tête-à-tête avec  le missionnaire du pouvoir ? Répondre à son invitation ne signifie pas forcément accepter le dialogue. En réponses à ces questions, deux camps s’affrontent : les optimistes  et les pessimistes.

Optimisme

Les premiers croient déceler, dans la réaction de la majorité aux premières déclarations du nouveau président du FNDU, une  évolution du pouvoir qui  parle, désormais, non seulement  de dialogue inclusif, franc et sincère avec l’opposition mais dit, aussi, apprécier positivement les propos de maître Bouhoubeyni dont il redoutait l’arrivée à la tête du forum.  Autres pièces en faveur de cette hypothèse, des bribes d’informations distillées, çà et là, par la CUPAD. Les deux responsables de cette coalition, Boydiel ould Houmeïd  et Abdessalam ould Horma, qui tentent de rapprocher le forum et le pouvoir, « auraient laissé entendre », à divers de  leurs  interlocuteurs, que le président de la République  leur « aurait laissé entendre » qu’il ne briguerait pas un troisième mandat, ce que l’opposition, elle, « croyait entendre », dans l’idée même des rencontres consultatives préliminaires  au dialogue national inclusif que ledit pouvoir a organisées  à Nouakchott. Et, plus encore, dans ses suites, avec la décision de celui-ci d’organiser un dialogue sans l’opposition… On chuchote donc beaucoup, à demi-mot, de propos voilés, suggérés, déduits, variablement plausibles…

De son  côté, l’opposition  réitère son intention d’aller au dialogue et invite le pouvoir à « s’adresser directement à elle ». C’est peut-être ce bout de phrase de maître Bouhoubeyni qui  satisfait tant la majorité. Une majorité qui s’est rendue compte du fiasco de ses journées préliminaires de concertation, avec des ministres qui ont mal vendu le produit aux populations de l’intérieur : « le dialogue aura lieu même sans l’opposition », ont claironné nombre d’entre eux. Autre signe, encore, le retour du dossier  entre les mains de Moulaye ould Mohamled Laghdhaf, un homme réputé discret et plus courtois que le duo ayant poussé  le gouvernement à organiser les journées préliminaires de concertation, que certains qualifient de déroute, tant les objectifs fixés, à savoir détacher certains pans de  l’opposition, pour les conduire au dialogue, n’ont pas été atteints. Et, certes, le moins qu’on puisse dire est que ces stratèges n’ont pas réitéré le coup de 2011. L’invite du monsieur Dialogue vient rectifier le tir et corriger l’erreur du gouvernement.

A ces facteurs, il faut, croient certains, ajouter la peu reluisante situation économique du pays. Même si l’hivernage a été bon, dans l’ensemble du pays, la baisse des recettes minières continue de peser sur ses revenus. Les observateurs avertis se demandent, d’ailleurs, comment le gouvernement entend boucler son budget 2016 (451 167 622 000 UM), en augmentation  de  près de 12 milliards d’ouguiyas, soit 2,68% par rapport à celui de l’exercice précédent. Quant au syndrome du troisième mandat, même si  le référendum du Congo et  la malencontreuse sortie de Hollande peuvent susciter mimétisme en Afrique, ce qui s’est passé, au Burkina Faso, alerte nos fondateurs ou rectificateurs présidents avides de triplette électorale. Il se trouve, aussi, que  l’environnement immédiat  s’accommoderait mal de forcings. La fermeté dont ont fait preuve le président du Niger, Mahamadou Issoufou,  et  l’UA – pour la première fois, il faut le souligner – à propos du Burkina Faso, alors que Macky Sall, président de la CEDEAO, avait tout donné  aux putschistes, doit inciter également ceux-là à la prudence.

Pessimisme   

De leur côté, les pessimistes étalent les  nombreux obstacles qui se dressent sur le chemin tortueux du dialogue. D’abord, la stratégie opaque du pouvoir qui se refuse à clarifier ses intentions pour rassurer l’opposition, ce qui alimente toutes les supputations. L’opposition redoutant le tripatouillage de la Constitution qui ouvrirait,  à l’actuel locataire du Palais gris,  la voie au fameux troisième mandat. Une petite contagion s’est emparée de l’Afrique, depuis que Blaise Compaoré, un autre putschiste, a voulu modifier  la Constitution de son pays en ce sens. Le président Aziz qui prône le dialogue s’engouffrerait-il dans cette brèche ? C’est ce que croit l’opposition, même  si  l’un des leaders de la CUPAD, engagé dans le rapprochement entre le pouvoir et l’opposition, « a laissé entendre » que non, ainsi qu’on l’a dit tantôt. Alors, si tel est vraiment le cas, pourquoi  le Président, s’interroge l’opposition, n’en ferait-il pas la déclaration officielle, à l’endroit des Mauritaniens ?  Et tirant leçons des douloureuses expériences passées, l’opposition  pense que rien ne garantit  ces « confidences ». Autre bémol, le Président aurait ajouté, toujours selon son interlocuteur de la CUPAD, qu’il ne resterait cependant pas neutre, lors de la prochaine présidentielle… Autrement dit, qu’il soutiendrait, comme en 2007, un candidat, ce qui, de l’avis de l’opposition, fausserait le jeu. Le Président serait également opposé à la dissolution de sa garde prétorienne, le BASEP, et au départ de M’Rabih, de la direction de l’agence d’état-civil, deux des revendications de l’opposition.

Autre difficulté, interne cette fois-ci à l’opposition : le pôle politique du FNDU est traversé  de fortes dissensions. Si certains  partis affichent leur intention d’aller au dialogue, le RFD  et l’UNAD ne cachent pas leur méfiance. D’ailleurs, à en croire certaines sources,  ce sont ces deux formations qui ont fait traîner les concertations au sein du pôle politique. Et, comme le Forum ne  veut pas imploser, en laissant en marge ces deux partis, celles-ci  risquent fort de traîner encore, même si  le Forum annonce  sa réponse au pouvoir pour ce mardi 10 Novembre. Depuis l’Accord de Dakar, on a, de fait, comme l’impression que  notre opposition ne gère le dialogue que pour éviter l’implosion. Une véritable diversion. Plus de manifestation dans la rue, plus de travail politique (implantation, congrès, formation…). Pour certains observateurs et autres acteurs politiques, nouer, dans les conditions actuelles, un dialogue avec le pouvoir n’a aucun sens : il faut laisser le Président gouverner jusqu’à la fin de son mandat, puisque  l’opposition n’est pas en mesure d’imposer un rapport de force en sa faveur et que les règles du jeu ne sont pas claires. Selon ce point de vue, l’opposition doit se focaliser sur 2019 et travailler à une alternance  par les urnes, au lieu de  miser sur un hypothétique dialogue  et étaler ses divergences, à chacune de ses réunions. Elle doit, surtout, pour revenir  dans les institutions démocratiques (mairies et Parlement)  travailler en sorte que le gouvernement accepte d’améliorer les instruments électoraux, faute de quoi, elle risque de se mordre le doigt, en ratant, et l’alternance, et le retour dans les représentations démocratiques…

Dalay Lam

Source : Le calame

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