Dialogue politique : le poisson au menu?

poisson dangereuxBien avant la tentative de dialogue mort-né de 2013, je n’ai jamais cessé d’afficher une opinion pessimiste quant aux chances d’aboutissements de pourparlers entre le pouvoir et ses oppositions.

En effet, le rapport de forces ne permet pas aux oppositions d’aboutir avec le pouvoir à des compromis significatifs, et n’oblige pas, non plus, ce dernier à consentir des concessions d’une quelconque importance.

Ici et là, dans les deux camps, on parle d’arrangements constitutionnels qui permettraient à certains vétérans de l’opposition, ayant atteint l’âge d’inéligibilité, de pouvoir se présenter à perpétuité. En contrepartie, le Président de la République verrait son mandat actuel « décomptabilisé », et pourrait, en conséquence, se présenter de façon consensuelle, à un autre mandat présidentiel, avant ou à la fin de celui-ci.

Mais dans tout cela, on est en droit de se poser, presque intuitivement, la question banale suivante : où est la Mauritanie et son devenir dans tout ça ? Ce ne sont là que des agendas personnels, pour ne pas dire purement égoïstes. Ce n’est nullement un compromis, ou une fusion, entre deux projets de société qu’on essaie de mutualiser pour optimiser les actions de développement institutionnel, économique, et social, d’un pays qui a déjà l’illusion d’être émergent.

Un pays qui, en se classant délibérément, par le truchement des chiffres parfois truqués et tantôt tronqués, parmi les Etats à revenu intermédiaire, s’est privé de bien d’avantages dont sa population en avaient, et en a toujours fort besoin. De nos jours, les mauritaniens « pleurent », le temps où nous nous vantions d’avoir été classés PPTE.

Comme pour lui donner un caractère mystérieux ou providentiel, et par machiavélique malice, les officiels  évitaient, de détailler à télé-vide télé-rien cette fameuse abréviation : pays pauvre très endetté.

Ils semblaient s’en enorgueillir à la vantardise d’un paon qui fait la roue. Ils avaient présenté ce ’’scoop’’ comme une réalisation grandiose à inscrire à l’actif, déjà pompeusement très fourni, du régime de l’époque. Personnellement, j’en restais blafard. Si j’arrivais à m’accommoder, tant bien que mal, du « pauvre », le « très endetté » m’agaçait. De toute évidence, j’aurais préféré plutôt le « très » avec pauvre, qu’avec endetté. La raison en est évidente : aucune chance de rembourser pour un « pauvre  très endetté ». En plus, on peut être pauvre et digne, mais le surendettement compromet gravement la fierté et l’indépendance existentielle.

Ces le leadership de ce pays que je viens de vous décrire sommairement, où il n y a que des riches ou des pauvres, où une classe moyenne élargie, qui aurait pu constituer une preuve de prospérité et un gage de stabilité, est insignifiante, que se disputent nos pitoyables élites. Accéder à la magistrature suprême d’un tel pays n’est nullement une sinécure, et l’avènement de nos actuels  ‘’poiltichiants’’ ne constituera ni une aubaine, ni non plus une délivrance.

Les efforts en cours ressemblent plus à une infantile partie de cache-cache, où, pourtant rien ne peut être caché. Le pouvoir essaye d’émietter une opposition déjà largement fragmentée – et sans doute infiltrée – et  l’opposition (s)  fait de son mieux pour être totalement absente de l’échiquier politique, par des propositions- condition -préalables-exigences qui, parfois, ressemblent à des programmes électoraux (baisse des prix, restructuration des armées, etc …).

Les échanges de propositions et contre propositions semblent prendre une éternité. Personne ne semble pressé, conscient, peut-être, qu’il va vers une inéluctable et incontournable impasse.

Il semblerait , selon Alakhbar, relayé par Cridem, que « Le ministre secrétaire général de la Présidence de la République Dr Moulaye Ould Mohamed Laghdaf a adressé une invitation à la délégation du forum mandaté pour le dialogue, autour d’un diner qu’il compte organiser mercredi 1er avril prochain, pour discuter en sa marge, le projet de document introduit par le FNDU depuis plus de deux semaines, en vue de sa discussion concertée ».

Toute rencontre entre les protagonistes de la scène politique, à quelque niveau que ce soit, ne peut être que saluée. Le contact, la concertation, l’apaisement ne peuvent qu’y gagner. Cependant, pour un dîner le 1er avril, on peut se demander si, par son adresse et sa politesse de notoriété, Dr  Moulaye veillera à exclure le poisson du menu.

J’ai là, je le confesse, une inquiétude, voire une frayeur. Nul besoin de rappeler que les précédentes amorces de dialogue s’étaient terminées en queue de poisson. Le dialogue politique actuellement gestant, va-t-il avorter, et se muer en décevant poisson d’avril.

Source : Debellahi Abdeljelil

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