Dialogue politique Messoud propose, le pouvoir répond

Messaoud Ould Boulkheir,Depuis quelques jours le microcosme politique nouakchottois  est saisi  d’une frénésie subite de réunions, de concertations, de consultations et de manœuvres en tout genre.  Malgré la proximité des élections sénatoriales avec le renouvellement des deux tiers de la Chambre haute, cette agitation inattendue s’explique surtout par les offres de dialogue politique dont personne ne s’explique ni le timing ni l’opportunité.

Acte 1. Le président Messaoud Ould Boulkheir, après avoir rencontré des membres influents de l’opposition, remet au gouvernement une proposition de feuille de route datée du 07 janvier 2015 et intitulée : « Proposition de la démarche à suivre pour engager le dialogue entre le pouvoir et l’opposition ». Dans ce document de 2 pages la démarche est prévue en quatre étapes.

Dans la première étape le président de la République recevrait individuellement ou en groupe les leaders de l’opposition, leur exprimer sa volonté de garantir au pays une transition : « consensuelle, rassurante, paisible, civilisée et démocratique ». Ensuite l’opposition s’engagerait à ne pas recourir à des moyens antidémocratiques (violence ou émeutes) pour tenter de provoquer l’alternance au pouvoir. Concomitamment le président s’engage à ne pas remettre en cause la limitation des mandats présidentiels à deux. Ici transparait clairement la candeur du ou des auteurs du document. Un engagement solennel du président devant les membres de l’opposition vaut il plus qu’un serment prêté devant le Conseil Constitutionnel ? Ensuite le président s’engagerait à ne pas briguer un troisième mandat et surtout à s’abstenir  de vouloir imposer au pays un successeur de son choix. En quatrième point les deux parties  s’engagent à prémunir le pays contre les dérapages et les extrémismes de toute nature en renforçant la législation et la réglementation en vigueur. Vient ensuite l’engagement pour la neutralité de l’Administration, pour une justice pour tous indépendante et crédible, pour la reconstruction des organes de supervision des élections CENI et Conseil Constitutionnel, pour la rupture du cordon ombilical entre le parti au Pouvoir et l’administration publique et parapublique, pour une refonte du statut de l’opposition et pour exclure l’armée du jeu politique. Les parties s’engageraient aussi dans un processus d’organisation de nouvelles  élections municipales et législatives inclusives et le report des élections sénatoriales en vue d’une participation plus large. Enfin les deux parties soutiendraient un amendement de la Constitution pour y supprimer la limitation d’âge des candidats aux présidentielles et y définir les modes de désignation des membres du Conseil Constitutionnel.

Les deux parties désigneraient des représentants qui approfondiront le dialogue  et dans un deuxième temps d’autres segments des forces vives de la nation pourraient être invités pour la définition d’un chronogramme pour la mise en œuvre des accords finaux obtenus. Et selon le document tous les chantiers doivent impérativement s’achever au moins un an avant la fin de l’actuel mandat pour permettre l’organisation des élections futures dans la sérénité.

Sept jours plus tard et précisément le 14 Janvier 2015, le Premier Ministre Yahya Ould Hademine remettait au Secrétaire Permanent du FNDU un document d’une seule page et qui est intitulé : «  Réponse aux propositions de l’opposition relatives à l’ouverture d’un dialogue global ». Et qui d’emblée réaffirme la disponibilité de la majorité présidentielle à s’inscrire dans la dynamique d’un dialogue constructif auquel serait conviés tous les acteurs politique en vue de créer un climat politique apaisé.

A cette fin la majorité donne son accord de principe pour la discussion des points suivants qui ont été soulevés par l’opposition comme étant des points essentiels de ce dialogue.

-         La couverture par les medias officiels des activités de l’opposition

-         L’instauration d’un climat de confiance entre l’opposition et la majorité

-         Lever « l’embargo » qui frappe les cadres et les hommes d’affaire proches de l’opposition (s’il y en a)

-         Revoir la composition du Conseil Constitutionnel

-         Organisation d’élections législatives et municipales anticipées et report des sénatoriales.

-         Mise en place d’une nouvelle CENI

-         Adoption d’un calendrier électoral consensuel

-         Reforme constitutionnelle pour supprimer la limitation d’âge des candidats aux présidentielles.

-         Interdire à l’armée l’intrusion dans les activités politiques.

-         L’organisation d’élections présidentielles anticipées

-         Revoir les pouvoirs du Premier ministre et du Parlement

-         L’unité nationale

-         La Sécurité publique et extérieure

-         La loi sur la transparence de la gestion des affaires publiques

-         La neutralité de l’administration

-         L’indépendance de la Justice

-         Les relations du parti au pouvoir avec l’Administration.

-         Redéfinition du leadership de l’opposition.

Bien entendu le fait que le gouvernement admette même implicitement que les medias officiels ne couvrent pas les activités de l’opposition, que l’armée intervient dans le jeu politique  que les cadres et hommes d’affaires de l’opposition subissent un embargo etc est une faute grave et montre si besoin en était encore que l’on continue à vivre sous un régime d’exception même s’il n’en donne pas toutes les apparences.

Cependant un certain nombre de questions restent posées. Qu’est ce qui justifie que le pouvoir accepte aujourd’hui de discuter de beaucoup plus que ce qu’il avait refusé il ya quelques mois ? Si on touche à l’article 26 de la constitution fixant la limite d’âge des candidats aux présidentielles ne va-t- on pas par la même occasion toucher les articles 28 et 29 qui verrouillent et limitent le renouvellement ? Quand bien même le pouvoir serait sincère dans sa démarche, les différents segments qui le composent le laisseront il faire ?

En tout état de cause les composantes de l’opposition n’arrivent pas encore à encaisser le coup et la méfiance est le caractère dominant.  On subodore un énième coup fourré du pouvoir, mais on ne voit pas lequel. Et dans cette nébuleuse le RFD semble enclin à rejeter en bloc tout ce qui vient du pouvoir alors que l’UFP et Tawassoul ne voudraient surtout pas perdre  une occasion qui a l’air si alléchante. En attendant d’y voir plus clair, les uns et les autres fourbissent leurs armes.

Source : Mauriweb

Brochure MOIMA Annonces1 Brochure MOIMA Annonces1

Exprimez vous!

CommentLuv badge