Dialogue politique : Vers un autre fiasco

aziz_nemaDepuis les fameux Accords de Dakar, signés dans la capitale sénégalaise pour dénouer la crise née du coup d’état de 2008, le pouvoir et son opposition ne sont jamais parvenus à rompre le casus belli, malgré plusieurs tentatives et plusieurs appels du pied. A Néma, le 3 mai 2016, lors de son discours, le président Mohamed Abdel Aziz a de nouveau annoncé l’entame d’un énième round dans les trois à quatre semaines à venir. Si côté opposition tendance FNDU, une telle perspective est d’ores et déjà hors de propos, en l’absence de toute réponse écrite à la feuille de route présentée en début 2015, d’autres partis politiques de l’opposition centriste, restent encore silencieux. A l’APP, c’est déjà le clash.

Après 2009 et les fameux Accords de Dakar, aucun dialogue politique n’est jamais allé jusqu’à son terme avec l’opposition. En novembre 2011, trois partis politiques quitteront ainsi le FNDU pour s’asseoir à la table de négociation boycottée par le reste de l’opposition la plus dure. Ces trois partis sont l’Alliance Populaire Progressiste (APP), El Wiam et Sawab. De ces assises, présidées par le Premier ministre de l’époque, Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, sont sorties des réformes constitutionnelles jugées importantes après un mois de négociations. De ces assises sortiront l’inscription dans la Constitution mauritanienne de la diversité culturelle de la Mauritanie, la criminalisation de l’esclavage, celle des coups d’Etat et les changements inconstitutionnels. Autre réforme prise lors de ce dialogue, l’adoption prévue d’une loi excluant les militaires de toute activité politique. Il y a été également décidé l’augmentation du nombre des parlementaires, avec le nombre de sièges de députés qui est passé de 95 à 146, la création d’une liste nationale de 20 sièges réservées aux femmes et le nomadisme politique qui fait perdre à tout élu ses charges s’il quitte son parti en cours de mandat. Il a été également décidé la création d’une Commission électorale nationale indépendante qui « dispose de tous les pouvoirs depuis l’établissement des listes électorales jusqu’à la proclamation des résultats provisoires transmis au Conseil constitutionnel ».

Seulement, sur les dizaines de recommandations, peu ont été appliquées, d’où la déception exprimée des partis ayant pris part à ce dialogue. Pour l’interdiction de l’armée à s’immiscer dans toute activité politique, il a été remarqué que les officiers de l’armée ont été toujours présents dans les manifestations politiques, à l’image du général Misgharou qui, après avoir mobilisé ses troupes à Aïoun, s’est rendu à Néma pour assister à la dernière visite politique de Mohamed Abdel Aziz. Ces déceptions exprimées par les leaders des partis de l’opposition centriste qui avaient pris part au dialogue de 2011 n’ont ainsi fait que renforcer l’idée selon laquelle le pouvoir de Mohamed Abdel Aziz ne respecte jamais ses engagements. Les Accords de Dakar continuent ainsi de constituer un exemple sur ce plan. Aussi, le FNDU a toujours exigé des préalables avant l’entame de tout dialogue avec le pouvoir, comme gage de confiance. C’est sur ces pré-conditions que butteront ainsi toutes les tentatives de dialogue entre l’opposition mauritanienne et la majorité présidentielle. En novembre 2013, l’avortement du dialogue entamé au bout de trois jours, aboutira à des élections législatives et communales boycottées par l’opposition. La présidentielle de 2014 organisée dans la même trame après un dialogue survenu quelques mois plus tard sans succès, connaître la même absence des acteurs politiques.

Depuis lors, le dialogue politique tarde à démarrer. Le dossier du dialogue confié au Premier ministre Yahya Ould Hademine connaîtra le même échec. Cela finira par des Assises nationales, face à l’intransigeance du FNDU de prendre part au dialogue préalablement préparé. Janvier 2015, re-dialogue. Le FNDU prépare un document sous forme de feuille de route pour un dialogue sérieux, franc er inclusif et demande à la majorité une réponse écrite. Ce que cette dernière s’est refusée jusqu’à nos jours. A Néma, lors de son discours du 3 mai 2016, Mohamed Abdel Aziz a de nouveau invité l’opposition au dialogue, mais sans pré-conditions. Mais le FNDU se refuse à tout dialogue sans pré-requis et sans réponse écrite à la plateforme présentée en 2015. Mais le pouvoir semble résolu à organiser son dialogue politique avec ou sans l’opposition. Pour cette dernière, « Mohamed Abdel Aziz vient de dévoiler son véritable plan qu’il vise derrière le dialogue, négocier une réforme constitutionnelle qui lui permettra de tripatouiller la Constitution avec un large consensus ». D’ailleurs, il ne s’en serait pas caché, lui qui aurait décidé un référendum constitutionnel pour dissoudre le Sénat et éventuellement, faire sauter le verrou des mandats.

A l’APP, la question sur le dialogue aurait provoqué un véritable tsunami entre le président Messaoud Ould Boulkheïr qui tient à y prendre part, et le reste du bureau exécutif qui semble s’y opposer. La député du parti, Maalouma Mint Bilal est accusée de conduire la fronde. Les observateurs s’attendent à d’autres défections au sein des partis représentant la radicalité, comme ce fut le cas en 2015 lorsque des pontes du RFD claquèrent la porte du parti pour prendre aux assises organisée par l’UPR et boycottées par l’ensemble des opposants.

JOB

Source : L’Authentique

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