Disparition du président Karimov, l’Ouzbek qui avait survécu à la fin de l’URSS

ouzbek Islam KarimovLe président Islam Karimov, 78 ans, est décédé ce 2 septembre à l’âge de 78 ans . Il a régné sans partage sur l’Ouzbékistan pendant plus d’un quart de siècle, au prix de méthodes autoritaires décriées. Il a toujours fait valoir que son contrôle quasi total des instances du pouvoir était vital pour la sécurité et la modernisation de son pays. En revanche, ses détracteurs et les ONG internationales ont toujours dénoncé un régime brutal et l’étouffement de toute forme d’opposition dans cette nation de 30 millions d’habitants.

Né le 30 janvier 1938 à Samarcande, au cœur de la route de la Soie, Islam Karimov a grandi dans un orphelinat avant de poursuivre des études en mécanique puis en économie. Il a gravi tous les échelons du Parti communiste pendant l’ère de l’URSS, jusqu’à prendre la tête de la République soviétique d’Ouzbékistan en 1989. A l’indépendance, en 1991, il parvient finalement à se maintenir au pouvoir.

Le numéro un ouzbek s’emploie aussitôt à éliminer tous ses opposants. Certes, la transition de ce pays d’Asie centrale vers l’économie de marché se déroule sans trop de heurts. Mais les détracteurs d’Islam Karimov lui reprochent d’avoir laissé une élite corrompue s’emparer de tous les leviers du pouvoir. Son règne sera ponctué d’élections truquées et d’arrestations arbitraires. L’ONU a régulièrement dénoncé l’usage de la torture dans les prisons ouzbèkes.

Le quart de siècle qui vient de s’écouler a été marqué en Ouzbékistan par de longs mandats présidentiels, après des victoires écrasantes sur des concurrents de faible notoriété. Le tout sur fond de participation présentée comme massive à chaque fois qu’une élection était organisée. Ainsi, Islam Karimov avait été réélu une troisième fois à la tête de l’Ouzbékistan pour cinq ans de plus en mars 2015, avec plus de 90 % des voix.

Avant cela, le président avait été mis au ban de la communauté internationale après un massacre de manifestants. En 2005 à Andijan, les autorités avaient en effet ouvert le feu sur des milliers de personnes. Selon une évaluation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), entre 300 et 500 personnes avaient été tuées ce jour-là.

Qui pour diriger l’Ouzbékistan désormais ?

Une question se pose désormais : qui pour prendre la suite ? Il y a quelques années encore, sa redoutable fille aînée, Gulnara Karimova, 44 ans, faisait office de candidate potentielle. Elle est cependant tombée en disgrâce : après avoir comparé son père à Staline, puis accusé sa petite sœur et sa mère de sorcellerie, avant d’attaquer frontalement sur Twitter le puissant chef de la sécurité du pays, elle s’est vue accusée de corruption et serait actuellement assignée à résidence. Elle est aussi recherchée par la justice de plusieurs pays d’Europe.

La fille cadette du clan, Lola Karimova-Tilliaïeva, est à Paris. Assurant en 2013 n’avoir plus parlé avec son ainée depuis 12 ans, elle occupe actuellement la fonction d’ambassadrice ouzbèke à l’Unesco. Représentant son pays jusqu’au Festival de Cannes, Gulnara elle-même avait été ambassadrice de son pays aux Nations unies. Mais contrairement à cette dernière, Lola n’aurait aucune ambition présidentielle.

Restent deux impétrants probables parmi la liste des candidats potentiels : Chavkat Mirzioïev, dernier Premier ministre du président Kadirov, et Roustam Azimov, son vice-Premier ministre. Ils sont considérés comme des rivaux et seraient auraient engagé une lutte discrète avant même l’annonce de la mort du dictateur ouzbek.

Après sa dernière réélection, M. Karimov avait entamé une lente réconciliation avec les capitales occidentales, louvoyant entre Washington et Moscou sans jamais parvenir à établir des relations de confiance ni avec l’un, ni avec l’autre. Voisin de l’Afghanistan, le pays a également dû lutter contre la montée de l’islam radical, dans une population en majorité musulmane. Selon les services de sécurité russes, plus de 500 Ouzbeks combattent actuellement au Moyen-Orient.

Avec AFP

Par RFI

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