Djibril Cissé: « Une Ligue des champions, c’est tellement rare dans une carrière »

Djibril CisséA l’occasion de la sortie de son livre, Un lion ne meurt jamais, Djibril Cissé nous a rendu visite. Durant ce long entretien, l’ancien international français revient sur sa carrière et évoque entre autres ses plus grands moments.

RFI : Quel est le bilan après toutes ces années consacrées au football ?

Djibril Cissé : Aujourd’hui, je peux me regarder dans une glace et dire que j’ai tout fait pour y arriver. J’ai tout donné. Je n’ai pas de regrets. Et avec mes moyens, j’ai fait quand même fait une assez belle carrière. Quand j’ai quelque chose à faire, je ne lâche rien, je serre les dents et j’avance.

C’est comme ça que vous avez surmonté vos deux terribles blessures ?

Oui, si mentalement ça ne suit pas, c’est que c’est compliqué. Parce que c’est long, parce qu’on a le temps de cogiter… C’est ça qui est dangereux. Quand on a une blessure grave, on s’imagine des scénarios et on ne se voit pas assez fort pour reprendre. Et justement, c’est ce qu’il ne faut pas. Il faut toujours être positif et se dire que ça prendra du temps, mais qu’à la fin du supplice, on arrivera finalement à revenir.

Il y a une phrase de Raymond Domenech dans la préface de votre livre qui dit : « On se souviendra de Djibril Cissé ». Vous, vous avez envie de vous souvenir de quelque chose en particulier ?

Non, comme je l’ai dit, mon mental c’est ce qui me caractérise le mieux aujourd’hui. C’est vrai que quand les gens parlent de moi, ils évoquent plus mon mental de « guerrier ». Et c’est ce qui me plaît.

On va parler un peu de Guy Roux, votre mentor. Vous écrivez : « Je souhaite à tout sportif de tomber sur Guy Roux ». C’est quelque chose qui manque réellement dans le monde du football actuel où les jeunes adultes sont quand même très vulnérables ?

Oui. Pour les jeunes, c’est vrai que quelqu’un qui les encadre et qui les dirige, c’est très important. Aujourd’hui il n’y en a plus trop, voire plus du tout. Moi, j’ai eu la chance d’avoir un homme comme ça à mes côtés et c’est 50 % du chemin qui est fait. Après, bien sûr, il y a le talent et la volonté et la dose de travail qu’on veut y mettre. Mais écouter les conseils qu’il donne, ça vaut de l’or, parce qu’il a sorti des joueurs avant moi et il a une expérience incroyable au niveau de la formation. J’ai été très attentif à son discours. Aujourd’hui, il n’y a plus trop d’hommes comme ça, de métier, de pur métier et c’est un peu préjudiciable pour les jeunes joueurs qui essaient d’éclore et de faire carrière.

Le football est un milieu difficile où l’on peut brasser beaucoup d’argent. La vision de Guy Roux était salvatrice ?

Oui. Aujourd’hui, c’est un autre monde par rapport à mes débuts. J’ai eu la chance d’avoir Guy Roux pour me recadrer, pour m’éviter tout excès. Il me laissait avoir de petits plaisirs de jeunesse, c’est normal, mais quand il sentait que ça débordait un peu il me recadrait. Et voilà, ça m’a permis de faire quand même une quinzaine d’années de carrière. Un jeune de 20 ans peut gagner le double ou le triple par rapport à mon époque. Et s’il n’est pas bien encadré et qu’il n’a pas un bon entourage, c’est vrai que ça peut partir rapidement « en vrille » et devenir compliqué pour lui.

Surtout lorsque l’on vient d’un milieu modeste comme vous ?

Oui, surtout quand l’on n’a pas eu forcément une enfance comme on aurait voulu. Avec des petits plaisirs, des petits cadeaux de temps en temps. Et quand d’un coup ça nous tombe dessus, c’est vrai que ça peut faire vite tourner la tête.

Est-ce qu’il y a un footballeur, un attaquant dans lequel vous vous retrouvez actuellement et qui partage vos qualités et vos valeurs en tant que personne ?

Aujourd’hui dans le jeu, j’aime bien Anthony Martial et Alexandre Lacazette. Après comme athlète, je n’aime pas trop me comparer avec eux, parce que chacun essaie d’avoir sa propre personnalité.

Mais est-ce qu’il y a certains jeunes joueurs qui se tournent vers vous pour des conseils ?

J’ai eu la chance dans les équipes où je suis passé d’avoir croisé des jeunes qui étaient très attentifs. Ils avaient soif de savoir et voulaient partager mon expérience.

Justement, en parlant d’attaquants, de jeunesse, quelles étaient vos ambitions au début?

Quand on a vingt ans, on veut montrer aux anciens que l’on a ce qu’il faut et que l’on peut rivaliser avec eux, même avec moins d’expérience. Mais la qualité ne fait pas tout. Un joueur expérimenté aura toujours un avantage. Quand on a vingt ans on se dit : « je veux être performant le plus rapidement possible. » Mais il faut prendre son temps et il faut apprendre, c’est une mécanique. Ce n’est pas propre à un joueur, c’est comme ça… Il faut emmagasiner de l’expérience et attendre son tour.

Vous avez une longue histoire avec l’équipe de France. Une histoire qui ressemble parfois à un roman, avec les blessures, les déceptions, les grands moments. Est-ce que néanmoins à un moment, vous avez pensé à jouer pour l’équipe du pays d’origine de vos parents ?

Non, parce que pour moi, cela été réglé assez rapidement. Faire partie du groupe France qui était tenant du titre de la Coupe du Monde, c’est compliqué à refuser (2002). Après je n’ai pas eu de contacts avec l’équipe de Côte d’Ivoire non plus. J’ai choisi la France.

Vous avez tout de même un regard particulier sur l’équipe de Côte d’Ivoire ? C’est une équipe que vous suivez lors des Coupes d’Afrique ou du Monde ?

Oui, oui. C’est normal, c’est mon deuxième pays. Donc j’encourage. Je suis très copain avec Didier Drogba et quand il était encore en sélection, je le suivais. Et là forcément, en étant Champion d’Afrique, ça a redonné un élan au foot ivoirien. Et voilà… Maintenant on est un peu plus attendu et les gens se focalisent un peu plus sur les joueurs de Côte d’Ivoire.

Vous êtes un peu de la même génération que Samuel Eto’o et Didier Drogba. Ils sont aussi sur la fin de leur carrière. Qui est la nouvelle star ou qui va être la nouvelle star du football africain selon vous ?

Il y a Pierre-Emerick Aubameyang (international gabonais). Il est vraiment très performant. Il est présent tous les week-ends.

Dix-sept buts avec le Borussia Dortmund !

Oui, c’est costaud !

En parlant de Drogba, vous avez un point commun, c’est la Ligue des Champions. Ça reste votre plus beau souvenir ?

Oui. J’ai beaucoup de beaux souvenirs. Un premier match en Ligue 1 c’est toujours spécial, le premier but aussi, c’est toujours une fête. Mais une Ligue des Champions, c’est tellement rare dans une carrière, que forcément, cela a une place particulière et surtout quand cette finale se déroule comme la nôtre. C’était incroyable.

Le plus grand regret c’est peut-être de n’avoir jamais joué l’Euro ?

Non, c’est plutôt la blessure avant la Coupe du Monde 2006 (Le 7 juin 2006, à l’occasion d’un match de préparation contre la Chine, il se fracture le tibia et le péroné de la jambe droite, ndlr). Parce que l’Euro, c’était un choix de l’entraîneur. Il y avait un joueur qui était plus performant que moi à l’époque, donc le coach a dû trancher. Mais me blesser comme ça, juste avant de partir, c’était cruel quand même.

Djibril Cissé « Un lion ne meurt jamais », édition Talent Sport
.

Source: RFI

Brochure MOIMA Annonces1 Brochure MOIMA Annonces1

Exprimez vous!

CommentLuv badge