Dockers : Exploité hier,aujourd’hui et peut-être demain encore par BEMOP

Article publiée par le Quotidien de Nouakchott en Avril 2010 mais toujours d’actualité surtout à la lumière des derniers événements.

BEMOP25% du travail des dockers du port de Nouakchott va dans certaines poches sans aucune justification. Qui profite de cette interminable exploitation ? De tout temps et dans tous les pays, le problème des dockers est un véritable casse tête pour les autorités et une épée de Damoclès suspendue sur le climat de paix social.

La Mauritanie ne fait pas exception à la règle et tous les régimes ont essayé de s’assurer, au moins la bienveillance de la main d’œuvre portuaire. On le sait le port est la porte par laquelle le pays assure l’essentiel de ses importations et pour un pays qui importe plus de 80% de ses besoins, l’activité portuaire n’est pas seulement stratégique mais vitale. Bien sûr sans dockers, point d’activité.

C’est pourquoi le contrôle de cette frange d’employés a toujours été un enjeu majeur pour les syndicats et les courants politiques. Il faut souligner que les dockers des Ports et docks sont régis par tout un arsenal de conventions et de décrets matérialisés, pour les besoins de la régulation et de l’organisation, par les (Bureau de la main d’œuvre portuaire) BEMOP de Nouakchott et de Nouadhibou.

Cette structure, qui au départ, était un bureau d’embauche relevant de l’administration du travail, s’est très vite transformée en une entreprise de placement, sous-traitant la main d’œuvre portuaire. Bien entendu le BEMOP s’adonne à cette activité sans disposer d’aucun cadre institutionnel. En effet l’autorisation n°00255 /MIT/ DSN du 17 mars 1972, lui donne le statut d’association dénommée : Bureau d’embauche de la main d’œuvre de Nouakchott (BEMON) au lieu de (BEMOP).

L’article II de cette association stipule que : « son but est de regrouper les principaux utilisateurs de la main d’œuvre portuaire aux fins de répondre aux obligations faites par l’article 5 de la convention annexe pour les auxiliaires de transport d’avoir à fixer le nombre de dockers professionnels ; d’assurer leurs immatriculations et la couverture de garantie de salaire minimum».

Le paragraphe 2 de l’article II stipule « l’association n’a aucun but lucratif et s’interdit tout bénéfice ». «Les frais de fonctionnement du BEMOP sont répartis entre les participants suivant la convention établie entre eux ». Et voilà tout est dit. Le BEMOP n’a pas le droit de faire des bénéfices et surtout, ses frais de fonctionnement sont pris en charge par les manutentionnaires qui doivent en assurer la présidence tournante.

Seulement du temps où le Colonel Ould Deh trônait au PANPA et après le décès de feu Cheikha Ould Boydiya qui en était le président, le Port de Nouakchott qui est membre observateur s’empare de la présidence sous prétexte de préserver la paix sociale et la stabilité du régime qui craignait à l’époque que cette structure sensible ne tombe dans le giron de l’opposition.

La Poule aux œufs d’or

Au port de Nouakchott, chaque tonne de marchandises débarquée ou embarquée est payée 900 ouguiyas. Le BEMOP désigne sur ses listes dix dockers pour vingt tonnes de marchandises, les commerçants payent 18.000 ouguiyas de frais de main d’œuvre. De ces 18.000 ouguiyas, le BEMOP prélève 5.000. Cette somme va directement dans les poches des directeurs du Port et du BEMOP. Evidemment il n y a aucun reçu, cet argent est apporté en liquide et distribué à différents échelons sans que personne n’y trouve à redire.

Même certains vieux dockers censés représenter leurs collègues ont leur part du gâteau. C’est ainsi, depuis plus de vingt ans, que ce système perdure et dépasse tous les écueils. Etant une association, le BEMOP échappe au contrôle de l’Administration. Mais une sorte d’omerta couvre ce véritable racket.

Officiellement cet argent devrait servir à la couverture maladie, aux allocations familiales et de retraite des dockers mais ce n’est que l’idéal papier. Ce pactole devait aussi servir à arrondir les fins de mois des dockers qui n’auraient pas effectué les minima horaires pour leur assurer un revenu stable mais compte tenu de l’activité du Port cette fonctionnalité n’a jamais été mise en jeu.

Aujourd’hui le port reçoit deux millions huit cent mille tonnes de marchandises. Si l’on compte 250Um au débarquement du bateau et 250 Um à l’embarquement dans les camions, c’est, pas moins de 1 400 000 000 d’ouguiya, qui vont dans les poches du BEMOP ! C’est-à-dire que 25% du travail des dockers va dans certaines poches sans aucune justification.

Il s’agit de sommes énormes qui ne sauraient être justifiées. De toutes les façons, le commerçant les répercutera sur les consommateurs qui seront finalement le dindon de la farce. Voilà aussi la raison pour laquelle tous les directeurs du Port qui se sont succédés, se sont accommodés aisément de cette situation. Il est vrai qu’il n’est pas facile de tuer une poule aux œufs d’or !

Bouna Cherif

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