Dossier indépendance 2015: Le récit d’une femme dont le mari a été « brûlé vif, en 1989″

Aissata Amadou Anne n’a jamais baissé les bras depuis l’ouverture de cette « maléfique lettre » lui apprenant « l’assassinat » de son mari, « brûlé vif avant d’être achevé ».  

Aujourd’hui, la quarantaine passée, cette femme arpente les rues de Nouakchott en croisant peut-être celui qui a consumé sa vie et celle de ses enfants.  

Som mari, Guaye Dahirou Amadou, « a été exécuté en 1989 à Aleg puis clandestinement enterré à Azalatt par ses frères d’armes ».  Vingt-cinq après sa veuve Aissata Amadou raconte les faits sans y oublier un trait.  Récit. 

Je m’appelle Aissata Amadou Anne, je suis la veuve de Guaye Dahirou Amadou. Je suis mère de quatre orphelins, trois garçons et une fille.

Mon mari était un militaire, il faisait son service à Aleg-Brakna. Il a travaillé 14 ans dans l’armée. En 1989, il lui restait qu’une année pour prendre sa retraite.

Mes enfants et moi recevions ponctuellement des nouvelles de mon mari. Et, il fut étrangement une période durant laquelle, on n’a reçu aucune nouvelle de lui. C’est ainsi qu’une amie, elle aussi épousée par un militaire me fit savoir de la vague d’arrestations au sein des forces de l’armée dont mon mari. Lugubre nouvelle, lui dis-je.

Un jour, je pris la route quittant Belinabé-Gorgol pour Aleg. J’y suis restée trois jours sans aucune nouvelle de mon mari. Le pire en est qu’à cette époque, je n’osais même pas dire que mon mari est un militaire de peur des représailles ou d’être arrêtée.

Alors avec mon enfant de 6 mois, je me suis dirigée vers Nouakchott. Au cours de la route, je fus la seule à être contrôlée et pourtant j’avais ma carte d’identité.  A chaque poste de contrôle, on m’interrogeait sur ma destination et de mon adresse. Cela me faisait mal, j’étais la seule Haalpulaar, la seule qui se faisait interpeller.

Une fois à Nouakchott, je pris contact avec mon beau-frère pour avoir des nouvelles de mon mari. Ce dernier me confirma l’arrestation de mon mari et que lui-même étant un militaire, il ignorait le lieu de sa détention.  Lui-même craignait de subir le même sort que son aîné. Il me conseilla de repartir et de m’occuper de mes enfants jusqu’à ce qu’il soit libéré.

Un mois et dix jours s’écoulèrent depuis mon retour à Belinabé. Je fus surpris par une lettre envoyée par mon beau-frère me disant : «Je t’enjoins la patience et d’accepter le décret d’Allah, ton mari est décédé ».

Ma période de viduité n’a duré que trois mois. Lorsqu’elle prit fin, je me suis installée à Nouakchott pour travailler comme femme de ménage et rejoindre le combat du collectif des veuves.

Torturé, brûlé puis achevé

En premier lieu, mon mari a été sauvagement torturé. D’après, les informations que j’ai recueillies auprès du  médecin qui le traitait, il a été brûlé vif par ses collègues.  Ils voulaient le liquider, ils n’ont pas réussi à cause de ses gris-gris. Jamais une balle ne l’atteignit. Et comme pour le faire subir toute la cruauté, ses membres inférieurs furent consumés dans un trou bourré de feu.

En apprenant une tournée des organisations de défense de droits humains et de peur que son cas soit découvert et dénoncé, les autorités l’ont achevé.  De mon mari dépouille fut clandestinement acheminée a Azelatt. Personne nous a indiqué sa sépulture. 

Aujourd’hui, les autorités du pays savant ce que nous revendiquons. Mais comme toujours, elles se distinguent par leur politique de la sourde oreille.

On nous a porté des torts, la raison veut qu’en tant que citoyens que nous soyons rétablis dans nos droits : Qu’on sache qui a fait quoi. Nous exigeons le jugement des auteurs des exactions pour savoir son état d’esprit au même des faits.

S’il souhaite le pardon, on pourra l’accorder, faire définitivement notre deuil et tourner la page. La fuite en avant de l’Etat mauritanien sur cette question ne profite à personne.

Tant que le dossier n’est pas objectivement résolu, il y aura toujours une mobilisation. Nos petits-enfants seront là après notre mort pour leur rappeler les faits.

Message à Mohamed Ould Abdel Aziz

Nous exigeons que le Président de la République nous dise où sont enterrés nos maris. Puisque ce sont eux qui ont fondé ce pays, des braves citoyens et des militaires.

La vie de mes enfants, c’est un calvaire. Ils n’ont pas pu faire des études. Un enfant qui n’a pas vécu avec son père raconte d’énormes problèmes.  Normalement, c’est leur père qui s’occupe de leur éducation, mais comme, il leur a été arraché, il n y a personne qui s’en occupe sauf moi. Je ne pouvais leur nourrir, vêtir et leur assurer une éducation. L’un est électricien, l’autre mécanicien et l’autre tailleur mais aucun parmi eux n’a fait l’école. Enfin, je lance un message  à l’ensemble des citoyens pour nous assister dans notre combat.

Source: Alakhbar

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