Droits de l’homme en Mauritanie : de Charybde en scylla

M.S.Beheite

Avec la nomination de madame Aichetou Mint M’Haiham au Commissariat aux Droits de l’Homme, à l’Action Humanitaire et à la Société Civile, l’image de la Mauritanie sur ce volet sensible des responsabilités régaliennes de l’Etat est définitivement entachée, voir irréversiblement compromise.

La raison, ou plutôt les raisons, sont d’abord liées au profile technique du poste, auquel la nouvelle commissaire ne répond pas, puis ensuite, à la mauvaise gestion du potentiel historique en la matière du régime d’Aziz qui, par ses erreurs d’appréciation, a transformé les atouts dont il a hérité en handicapes structurels de son dispositif chargé de la question.

D’Ould Khattra (le Commissaire sortant) à Mint M’ Haiham, les droits de l’homme sous nos cieux vont donc de mal en pis. C’est ce qu’on appelle, sans grand risques de se tromper, tomber de Charybde en Scylla au moment où le président Aziz, reproduisant un sinistre cliché de la légende grecque, vacille entre le choix du sacrifice calculé de sa crédibilité et l’avenir, de plus en plus aléatoire, de sa réélection.

Nous savons tous que, par la faute à Ould Khattra, notre pays a été acculée par quelques ONGs squelettiques à admettre ses supposés manquements aux droits de l’homme. Pire, il a été désavoué et pointé du doigt par la communauté internationale, qui n’a pas daigné illustrer sa désapprobation par l’attribution d’un prix Onusien à Biram Dah Abeid, exprimant ainsi sa conviction que l’esclavage existe bel et bien en Mauritanie.

Par l’effet de la nomination de Ould Khattra et celle, encore plus surprenante, de Mint M’Haiham, le pouvoir continu de marginaliser les cadres dont l’engagement, sur plus d’un front, a symbolisé le refus de la Mauritanie de céder le pas sous la pression de la campagne qui a conduit au verdict Onusien. Un verdict qui, avouons-le, procède d’une sorte de sentence fantasmagorique, fondée sur des conclusions contestables du point de vue juridique, institutionnel, pratique et ethnique.

Cependant, il n’échappe à personne que, pour parfaire leur campagne d’éradication des dernières voix qui osent encore s’opposer à la diabolisation de la Mauritanie, les forces qui s’y sont employées ont mis à profit l’absence quasi permanente d’Ould Khattra pour livrer, dans les nuances de notre scène politique, une guerre de tranchées à ceux qui osent encore leur opposer la moindre contradiction.

Toujours à propos d’Ould Khattra, les observateurs avertis se sont souvent posé la question de savoir, comment le président Aziz a-t-il pu confier ce département ministériel sensible et dont dépend l’avenir du régime et, au-delà, celui du pays tout entier, à une personne qui ploie sous le poids des casseroles de l’ONT et qui a fait plus de six mois sans mettre le pied dans son bureau pour des raisons… disons… d’humeurs, pour rester modestes.

Si, dans notre descente aux enfers de l’esclavagisme dont on accuse désormais ouvertement et impunément notre pays, Ould Khattra a fait figure du monstre Charybde, Mint M’Haiham, qui débarque d’un autre Commissariat, à la sécurité alimentaire celui-là, y fera sans l’ombre d’un doute, celle du monstre Scylla, les droits de l’homme, celle de la victime consentante, et Aziz, celle de grand perdant à tous les coups.

C’est à voir si, loin des élans nostalgiques que rien ne saurait d’ailleurs justifier et pour des raisons objectives liées aux désormais prévisibles contreperformances du Commissariat aux Droits de l’Homme, nous ne nous surprendrons pas un jour à regretter Ould Khattra, en faisant notre, cette citation des habitants de Bagdad à l’endroit de la dynastie Abbasside fraichement installée : ‘’Rahima allahou El Hajjajou ma a’dele’’

Quant à Mint M’Haiham, pour elle, les droits de l’homme restent un domaine totalement inconnu. Et ce ne sont pas quelques ONGs cartables et les ex-collaborateurs de Ould Khattra qui lui seront d’une quelconque utilité. Puisque, hormis Cheikh Ould Bouassria, Cheikh Tourad 0uld Abdel Malick et Dr Hamoud Ould T’Feil, qu’elle ne manquera pas d’écarter à la manière dont elle s’est débarrassée de Moctar Ould H’meyada lors de sa nomination à la condition féminine, le personnel du Commissariat est incompétent, improductif et imperfectible.

Tout le monde se rappelle, en effet, le mandat ministériel de Mint M’Haiham sous Ould Taya. Un mandat qui n’a duré que 45 jours et qui a été éclaboussé par autant de secousses, qui ont amené le très patient dictateur à s’en débarrasser, dérogeant ainsi à sa légendaire et sacro-sainte règle de complaisance envers ses ministres.

On sait pourtant que Taya n’a jamais développé une allergie particulière à l’incompétence, ni d’ailleurs au clientélisme, mais il parait que sur ces deux registres, Mint M’Haiham a très vite crevé le seuil de tolérance, ne laissant d’autres choix au dictateur que d’assumer l’obligation de la limoger après l’avoir nommé à la demande d’une riche femme d’affaires de l’époque.

Les 45 jours passés par Mint M’Haiham au département de la condition féminine ont été marqués par des faits qui devaient, non pas seulement lui interdire l’exercice de toute fonction ministérielle, mais aussi et surtout l’empêcher d’accéder à des responsabilités relevant des droits de l’homme.

C’est, en effet, Mint M’Haiham qui aurait inauguré sa prise de fonction par la remise en cause d’une convention de financement entre l’USAID et la Mauritanie, sous le prétexte fallacieux, mais très porteur à l’époque, qu’elle ne profite qu’à des ONGs de l’opposition et de surcroît, proches d’Ahmed Ould Daddah. Entre autres mesures d’accompagnement de la toute nouvelle politique de promotion de la femme engagée à l’époque, cette convention portait sur la mise à niveau du personnel du département par des formations sectorielles de haut niveau, entièrement prises en charge par l’USAID, qui devait également en assurer le suivi en termes de perfectionnement.

Au regard des enjeux du moment pour l’occident, qui venait de mettre la Mauritanie à l’école de la démocratie et du redressement économique par la fameuse FASR (Facilité d’Ajustement Structurel Renforcé), l’ambassade des Etats Unis a été contrainte d’en référer à Ould Taya, lui démontrant l’inadéquation entre les méthodes de la ministre et les stratégies suivies pour faire aboutir le processus global convenu en multilatérales.

On dit même que l’ambassadeur américain Gordon Brown, a du recourir à des arguments musclés pour faire comprendre à Ould Taya, que la continuité de la coopération entre lui et l’occident dépend, en grande partie, du respect par son gouvernement des principes droits de l’homme et des engagements internationaux de la Mauritanie.

C’est aussi la ministre qui a été à l’origine de la remise en cause, pour des raisons similaires, d’une autre convention entre la Mauritanie et l’UNICEF, relative à la promotion des droits de l’enfant.

La gravité de cette remise en cause résidait dans le fait qu’à l’époque, la Mauritanie qui devait produire son rapport périodique au titre de la convention internationale en la matière, pouvait tout se permettre sauf de se mettre inutilement l’UNICEF sur le dos. Mais allez y faire comprendre cela à Mint M’Haiham qui ne voyait les choses qu’à travers le seul prisme de l’ambivalence politique, pouvoir-opposition.

Pour sa recevabilité, le rapport avait besoin d’être accompagné d’un autre rapport contradictoire produit par la société civile. Il a, bien entendu, eu beaucoup de difficultés à voir le jour en raison du refus des ONGs de collaborer avec une ministre disqualifiée pour conduite préjudiciable à l’esprit des conventions des droits de l’homme dont elle avait en charge la mise en œuvre.

Eloignant le département, autant que faire se peut, de la dynamique féminine dont le pays avait besoin pour donner à une communauté internationale méfiante, des gages sur le sérieux de ses réformes, Mint M’Haiham a terminé son ministère sur fond d’un bras de fer avec l’Association des Femmes Commerçantes et Entrepreneurs de Mauritanie, qui refusait la soumission du ministère au diktat de la femme, à l’origine de la nomination controversée de la ministre.

Quand on sait aujourd’hui que c’est à cette personne, pétrie aux soubassements de la dictature militaire version 1989, qu’est confiée la promotion des droits de l’homme dans notre pays.

Quand on sait que, par le fait de la loi et de l’ordre public, tout comme par celui de l’absence de discernement, nous sommes astreints à rester les bras croisés devant l’effritement de l’image de notre pays, à laquelle se substitue dans l’inconscient des peuples modernes amis, celle tronquée du dernier Etat négrier du 21em siècle.

Quand on sait que par le fait des nominations injustifiées et qui ne répondent à aucun des critères généralement évoqués en guise d’arguments, l’avenir de notre pays est hypothéqué, on ne peut que dire, dans la douleur et la résignation : Hassbouna allah wa ni’ma elwekil.

M.S.Beheite

Source : M.S.Beheite

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