Du vide au « trop-plein »…

bechir ben yahmed

« Quelle est la situation du continent africain en ce début de 2014 ? À quel avenir immédiat est-il promis ? »

Celles et ceux parmi vous qui ont lu mon Ce que je crois de la semaine dernière connaissent ma réponse à cette double question : l’Afrique est en retard. Mais grâce à une meilleure éducation de sa jeunesse et à une moins mauvaise gouvernance, elle est en train de bien partir pour le long et difficile voyage du développement et de la démocratie.

Je voudrais aller plus loin cette semaine. Ci-dessous, je traiterai des deux évolutions que l’actualité des derniers jours signale à notre attention.

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I- Pays au travail et pays en crise

Deux pays africains de moyenne importance sortent enfin d’une crise politico-économique plus ou moins longue et aiguë : la Tunisie (11 millions d’habitants), dans le nord du continent, et Madagascar (22 millions d’habitants), île de l’extrême Sud.

Le Mali (15,5 millions d’habitants) les avait précédés de quelques semaines dans la même voie.

Mais combien d’Africains restent encore au bord de la route ? Il suffit de regarder une carte, d’écouter ou de lire les médias pour en avoir une idée assez précise.

Six pays sont secoués par des turbulences relativement graves qui les mettent hors jeu, pour le moment : la Centrafrique (5 millions d’habitants), l’Égypte (85 millions), la Somalie (10,3 millions), la Libye (6,5 millions), la RD Congo (75 millions), le Soudan du Sud (10 millions).

En ce début de l’année 2014, plus de 10 % des 54 pays africains et près de 20 % de la population du continent sont donc en proie à une crise ouverte qui les empêche, pour un temps indéterminé, de prendre le départ pour le voyage du développement.

L’Afrique fait beaucoup moins bien sur ce plan que l’Europe bien sûr, mais aussi que l’Asie et l’Amérique latine.

Seuls au monde à faire encore moins bien que l’Afrique, les vingt-deux pays de la Ligue des États arabes – dont certains sont en Afrique : rapportés à leur nombre et au pourcentage de la population, près de la moitié d’entre eux – plus de 150 millions d’Arabes – vivent dans des États en quasi-dislocation.

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II- Des sommets dissemblables et pas assez utiles.

Rituellement, au début de chaque année, ceux qui sont chargés de l’économie mondiale et se targuent d’en prévoir l’évolution à court terme nous livrent leurs diagnostics et leurs pronostics.

L’Organisation internationale du travail (OIT) nous apprend que le nombre de chômeurs recensés dans le monde a dépassé la barre fatidique des 200 millions. Il a crû de 5 millions en 2013 et, jusqu’en 2018, augmentera d’autant chaque année : nous ne sommes pas capables de faire face à la demande d’emploi et, lorsqu’on devient chômeur aujourd’hui, on le reste beaucoup plus longtemps qu’autrefois.

Mais une évolution positive de la situation économique se dessine : la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont successivement annoncé que la crise économique s’éloignait et que la croissance revenait. L’année 2014 sera meilleure que 2013 pour le monde entier, et tout indique que 2015 consolidera l’amélioration.

L’Afrique subsaharienne passera à plus de 5 % de croissance dès cette année et recevra près de 50 milliards de dollars d’investissements étrangers ; en 2015, la progression annuelle de son PIB tendra vers 6 %.

La croissance va également revenir en Afrique du Nord pour s’approcher de 4 %.

C’est parce qu’ils ont enfin pris le chemin du développement que les pays africains, notamment subsahariens, attirent capitaux et visiteurs. Mais, désormais, ce sont les Asiatiques qui se bousculent pour leur rendre visite ; en ce début de 2014, nous avons vu le Premier ministre du Japon, Shinzo Abe, marcher sur les pas du président chinois, Xi Jinping, pour dire aux Africains : Japan is back !

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Après avoir enduré des décennies durant la solitude de la femme délaissée, l’Afrique ne sait plus, en 2014, comment faire face aux sollicitations dont elle est l’objet.

La plus récente lui vient des États-Unis, dont le président, d’ascendance africaine, a convié ses pairs africains – pas tous cependant – à la Maison Blanche les 5 et 6 août prochain.

Pendant de longues décennies, la France post­coloniale a été la seule à inviter « ses » Africains, ceux de son « pré carré », à des sommets France-Afrique presque annuels. Beaucoup se sont tenus, c’est un signe, dans des villes de villégiature françaises : Biarritz, Vittel, La Baule, Nice, Cannes.

Parallèlement, nous avons connu les sommets du Commonwealth, eux aussi annuels, qui ont rassemblé autour du Royaume-Uni les pays de cet ensemble qui a cessé de se nommer « britannique ».

Ces sommets-là sentaient très fort le paternalisme : le suzerain recevait ses vassaux, la métropole avait encore besoin de ses Africains et ne les a pas oubliés…

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Ce fut ensuite au tour de la Chine de découvrir l’Afrique et d’organiser, le plus souvent chez elle, au XXIe siècle, des forums sur la coopération sino-africaine, soit ministériels, soit au niveau des chefs d’État.

Le Japon, lui, a inventé les Tokyo International Conference on African Development (Ticad), qu’il tient tous les cinq ans depuis 1993.

Et alors qu’on prépare le prochain sommet Afrique-Europe d’avril prochain, dont on ignore quelle forme il va donner aux relations entre les deux continents, ce sont les États-Unis qui annoncent leur énième entrée sur la scène africaine.

Nous en reparlerons lorsque nous en saurons plus sur ce qu’ils révèlent… et s’efforcent de cacher.

Mais que penser de ce trop-plein ?

Que l’Afrique n’a pas encore d’adresse ni de numéro de téléphone, comme l’a dit Henry Kissinger de l’Union européenne.

L’Union africaine (UA) existe, son siège est à Addis-Abeba, et Nkosazana Dlamini-Zuma préside sa Commission.

Mais elle n’a ni la légitimité ni l’autorité nécessaire et suffisante pour parler en notre nom.

Ce n’est pas sa faute, mais c’est ainsi.

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La preuve que l’Afrique est désunie face à la Fédération des États-Unis d’Amérique est qu’elle a été, d’une certaine manière, convoquée à la Maison Blanche : la date du sommet a été fixée par le président américain après un simple sondage des pays invités.

Mais il y a plus humiliant : Barack Obama a, semble-t-il, décidé sans se donner la peine de s’en expliquer d’exclure de ce sommet, à titre provisoire ou définitif, cinq, six ou sept pays dont trois nommément cités (le Zimbabwe, le Soudan et l’Égypte).

L’aurait-il fait avec la même absence d’explication et de concertation pour l’Europe ou même pour l’Amérique latine ?

 

 

 

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