Eaux usées en Afrique La solution miracle

 L’Afrique possède la couverture d’infrastructures pour l’eau et l’assainissement la plus faible au monde.

 

Pour Valérie Issumo, directrice de Prana Sustainable Water, la solution passe par un marché à terme des eaux usées. Focus.
En 2010, 39% de la population d’Afrique Sub-Saharienne n’avait pas l’accès à l’eau potable et 70% n’avait pas l’accès à l’assainissement. Il faut malheureusement ajouter à ces chiffres officiels le mauvais fonctionnement des réseaux existants. Dans certains quartiers de Kinshasa, il y a des conduites d’eau, mais la distribution de l’eau n’y existe plus depuis de nombreuses années et les solutions de livraison par citerne ou par achat à certaines bornes mènent à la situation ironique que les Africains paient l’eau dans certains pays jusqu’à 300 fois plus cher que les habitants de l’Europe qui ont des revenus plus élevés. Le secteur de l’eau africain souffre de la variabilité hydro-climatique, d’un stockage inapproprié, d’une demande croissante et d’un manque de coopération transfrontalière. Les risques liés à l’eau peuvent être la sécheresse, les inondations et si ce n’est pas les volumes d’eau disponibles qui font souci, les eaux usées non traitées peuvent contaminer les sols, les nappes phréatiques, les sources, les rivières…

En effet, s’il est relativement facile de permettre l’accès à l’eau, ceci n’est pas vrai pour réparer les dégâts des eaux non assainies. Ces dernières sont toxiques par exemple dans les zones aurifères où l’utilisation du mercure pour amalgamer l’or se fait en dépit des règles de protection pour la santé et pour l’environnement. L’exposition au mercure peut se faire par exemple à travers la consommation de poisson. Seuls quelques pays sont en passe d’atteindre leurs Objectifs du Millénaire pour le développement (réduction de moitié du manque d’accès à l’eau potable et assainissement) malgré que des millions d’euros aient été investis dans des installations principalement pour pomper de l’eau de puits. En Afrique, 40 à 60% de ces points d’eau ont manqué de maintenance et ceci déplaît aux investisseurs. Il manque donc des modèles attractifs de gestion.

Plus de 2,6 milliards de personnes vivent sans accès à l’assainissement et les victimes ne sont pas seulement dans les pays du Sud où même à proximité de fleuves ou sources d’eau, des personnes meurent de cholera ou d’autres maladies liées à l’eau. Dans les pays du Nord aussi, des personnes deviennent malades ou meurent à cause de traitements insuffisants des eaux usées contenant trop souvent des micropolluants nocifs.

Depuis le sommet Rio+20 en juin 2013, il a été acté que les Millenium Dev Goals (MDGs) qui expirent en 2015 seront remplacés par les Objectifs du Développement Durable (Sustainable Development Goals).

L’urgence de gérer l’urgence

Prana Sustainable Water n’a pas attendu juin 2013 ou les ODD pour une solution alliant les interdépendances entre l’eau et la nourriture, l’eau et l’énergie, les coûts sociaux et environnementaux cependant comme disait John Maynard Keynes «la difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles, c’est d’échapper aux idées anciennes».

Les actions de Prana Sustainable Water ont pour objectif les eaux usées ne contaminent pas les réserves disponibles et que cette menace devienne une opportunité pour la bonne gouvernance de l’eau à travers la «commoditisation» des eaux usées traitées. Les besoins financiers et les investissements nécessaires pour les infrastructures d’eau sont chiffrés par la Deutsche Bank pour le monde entre 400 et 500 milliards d’euro par an durant les 20 prochaines années. Les dettes et déficits publics actuels dictent d’explorer d’autres approches en dehors de la finance traditionnelle. Aussi, il faut constater que la majorité des infrastructures d’eau existantes ne sont pas efficaces et sont obsolètes.

Plusieurs études sérieuses montrent que d’ici 2030, la demande globale d’eau excèdera de 40% l’offre de distribution. Paradoxalement, seules 20% des eaux usées sont assainies dans le monde (UNEP). Les eaux usées non traitées sont une arme de destruction massive mettant en danger notre santé, notre planète et notre économie. Les actions de Prana Sustainable Water sàrl ont pour objectif les eaux usées ne contaminent pas les réserves disponibles et que cette menace devienne une opportunité pour la bonne gouvernance de l’eau. Le retard africain est néanmoins une opportunité pour ne pas devoir utiliser et amortir des technologies qui sont bien moins efficaces que les nouvelles. Grace aux nouvelles technologies, les effluents deviennent une matière première importante pour la distribution d’eau recyclée, d’énergie, pour l’extractions de phosphore (par exemple pour les lampes led ou engrais), ou production de polymères, …etc…Il est aujourd’hui moins couteux et plus facile de décentraliser les services et utiliser des technologies nouvelles d’assainissement en énergie positive permettant de régler simultanément les problèmes d’eau, de certains déchets solides organiques et d’énergie.

Les eaux usées traitées peuvent partiellement être stockées pour produire de l’énergie (gravité, turbines …) Si les effluents sont récoltés par qualité, il est en effet plus facile de générer de l’énergie par exemple avec des eaux usées auxquelles des déchets solides organiques peuvent être ajouté. Aussi, l’épuration des eaux usées partiellement par des algues permet d’extraire du biocarburant des algues qui produisent parfois 100 fois plus de biofuels que le soja sur la même surface.

Les marchés à terme permettent de vendre et d’acheter des denrées avant leur productions. Si actuellement les cours et prix des commodities augmentent avec des conséquences négatives sur les marchés et donc des pertes d’emplois, ne serait-il pas préférable de valoriser l’eau traitées sur un marché à terme tenant compte des offres et demandes mondiales plutôt que laisser ces eaux usées contaminer les ressources ?

Un élément commun des denrées cotées en Bourse telles que le cuivre, le mais, le jus d’orange, café, sucre … est l’eau. Ces denrées ont donc une empreinte en eau (www.water footprint.org) à corréler avec les demandes et offres des commodities. La Bourse éthique de l’eau conçue par Prana Sustainable Water permettra de transformer les eaux usées non traitées en une denrée cotable en Bourse lorsqu’elle est traitée selon les standards de l’ISO. Ceci aide à relier et corréler les engagements pour des denrées cotées parfois 4 à 5 ans avant leur production avec le besoin massif de réduire les conséquences des eaux usées non traitées mais aussi avec le besoin de sécurité d’approvisionnement.

A travers la Bourse (plateforme d’échanges) éthique de l’eau, l’eau assainie devient une denrée fongible (et le sous-jacent de tout produit/service) représentée par des contrats à terme d’eau («Ethical Water Titles©») pour faciliter les échanges entre ceux qui sont en excès ou en déficit d’eau recyclée livrable près des stations d’épuration décentralisées. Les contrats à terme des eaux traitées sont nécessaires pour la couverture (hedging) de risques des stress hydriques, dégâts des eaux, inondations, pollutions et leurs conséquences telles que la volatilité des cours de produits, l’impact social, le climat d’investissement …etc…

Les livraisons physiques des titres éthiques d’eau recyclée doivent être locales près des centrales d’épuration décentralisées même si elles peuvent se rapporter à des biens négociés à l’international à travers l’empreinte en eau de ces produits/services (par exemple corrélation avec les échéances/maturités sur les marchés à terme pour le coton, sucre, cuivre…etc…). Le négoce international exporte/importe virtuellement des ressources en eau à travers le principe de l’empreinte en eau (www.waterfootprint.org). Par exemple, 1kg de coton nécessite en moyenne 10 000 litres d’eau dont une partie peut venir des eaux usées après traitement (selon les normes ISO 24512). Le coton est une culture de rente au Togo, si on prend le prix maximum de 1 USD/m3 pour l’eau recyclée d’effluents domestiques et seulement 1% des empreintes en eau pour la production de 70 000 tonnes de coton permettrait de lever annuellement environ 7 millions de USD pour des stations d’épuration décentralisées (amortissables en 3 ans) et donner l’accès à approximativement 479 500 habitants. Dans cet exemple, vous pouvez constater l’accès à la dignité à travers l’accès à l’assainissement.

Les acheteurs et les vendeurs de titres éthiques

Les acheteurs de titres éthiques en eau peuvent couvrir tout ou partie de leurs besoins d’approvisionnement en eau (et énergie) et/ou minimiser les risques liés aux eaux usées non traitées ou manque d’eau. Les engagements d’achats des Ethical Water Titles© permettront au secteur financier d’avoir des garanties supplémentaires pour les lignes de crédit correspondantes (par exemple pour contrer les défauts de livraison des denrées correspondantes). Acheter une partie de l’empreinte en eau nécessaire à la production de denrées pour abaisser la dépendance aux aléas des marchés relève aussi d’une gestion saine. Par exemple, un trader a besoin de réduire les risques de défaut de livraison, un organisme financier peut conditionner l’octroi de sa ligne de crédit au trader à l’achat de contrats à termes d’eau traitée pour réduire l’exposition des risques de non paiement. Les acheteurs de titres éthiques peuvent aussi être des banques de développement soucieuses de permettre l’efficacité et la solvabilité d’un réseau d’assainissement.

Les vendeurs des Ethical Water Titles initiaux sont principalement des sociétés actives dans l’assainissement en quête de marchés solvables. Ils s’engagent à utiliser des technologies de traitement des eaux usées en énergie positive (traiter les effluents et générer du biogaz avec les résidus solides), et à mettre en place des réserves d’eau traitée permettant de valoriser aussi le stockage de l’eau traitée (par exemple à travers des swaps de contrats à terme pour l’énergie ou les crédits carbones). Ces vendeurs de contrats à terme d’eau peuvent aussi, à travers les services financiers adéquats, mettre à disposition des microcrédits pour équiper les maisons pour récolter les eaux de pluies et être connectées aux stations d’épurations décentralisées : les remBoursements seront au prorata des volumes et qualités de ressources (effluents) injectées dans le réseau.

Si 15 à 25% des transactions du commerce mondial transitent via les institutions financières en Suisse sans qu’il y ait systématiquement un contrôle de la source des empreintes en eau des produits ou services concernés, le secteur financier ne rassure pas les investisseurs qui veulent abaisser le risque des portefeuilles qui passe nécessairement par une gestion des risques sous-jacents qui sont mis actuellement en danger par les enjeux liés à l’eau. Les banques intéressées par la solution de marché à terme des effluents traités verront les investissements et les transactions grimper si elles proposent de couvrir le risque «eau» par l’achat ou vente de titres éthiques d’eau traitées.

Les investisseurs ou les responsables de lignes de crédit choisiront de financer les empreintes en eau qui reviennent les moins chères: le marché régulera ainsi la logique de production où cela fait du sens. Il y a des eaux usées non traitées par exemple moins chères que les eaux pompées des nappes, traitement des eaux usées selon les technologies sélectionnées génératrices d’énergie, les produits ayant un marché garanti et/ou avec une forte valeur ajoutée. Ceci est donc positif pour un usage efficient de l’eau et pour réduire les coûts de production.

Ce marché peut aussi régler le problème de valorisation et du prix de l’eau menant aux gaspillages et/ou manque à gagner pour les pays/entreprises concernés. Le modèle de prix transparent des contrats à terme d’eau est d’abord calculé sur la base des contraintes locales telles que l’eau traitée qui doit retourner dans la nature selon l’indice d’exploitation des ressources. Les smart-meters permettent non seulement de mesurer et d’arrêter les flux quantitatifs mais aussi d’encourager les utilisateurs responsables ne faisant pas recours aux solvants ou produits chimiques difficiles à traiter.

Les prix minimaux des cours sont calculés par le logiciel en fonction des technologies, des qualités des eaux usées et d’autres contraintes locales mais également en fonction des besoins élémentaires des personnes qui vendent leurs eaux usées au vendeur d’eau traitée devenue denrée cotée sur le marché à terme de l’eau. La tarification peut être progressive en fonction des volumes et recouvrement par cartes prépayées (comme pour les communications de téléphones portables).

LesAfriques


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