Edito : Du boycott en général et de la Mauritanie en particulier

Dia Mauritanies1Le boycott est «le fait de ne plus commercer avec une société, un groupe, un pays, afin d’exercer une pression sur lui », renseigne le dictionnaire. Beaucoup de nos concitoyens pensent que le mot a été inventé par l’opposition mauritanienne tant celle –ci en a usé et menacé d’en user mille fois depuis les années 90.

Avant de s’intéresser à la stratégie des partis de la Coordination de l’opposition démocratique (COD), essayons de décoder le terme dans sa profondeur historique.

Le «boycott » vient du patronyme de Charles Cunningham Boycott, seigneur terrien irlandais qui vécut au 19e siècle, qui traitait mal ses fermiers et, de ce fait, subit en 1879 un blocus de leur part. La langue française utilisa l’expression «boycottage » en 1881 avant de l’éroder et d’en éliminer la redondance. Tout au long du 20e siècle, le boycott a été une arme sophistiquée pour communiquer.

Staline le petit père du peuple l’utilisera par la politique de la chaise vide popularisée par la Pravda, journal de l’URSS. En Mauritanie, le boycott fit son entrée dans la vie politique dès l’avènement de la démocratie en 1991.

Aux élections présidentielles de janvier 1992, l’Union des forces démocratiques d’Ahmed Daddah fut battue officiellement par Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya du Parti républicain démocratique et social (PRDS). Le score était sans appel, l’opposition parvenant à peine à capter 30% des voix à cause de la politique de bourrage des urnes et des tricheries qui ne seront jamais prouvées.

Se sentant flouée, l’opposition boycotta les législatives et les municipales qui suivirent. Ce fut une erreur historique ! Car, le boycott version mauritanienne n’avait été accompagné d’aucune politique de pression et d’aucune action sur l’espace public.

Depuis leurs salons huppés, les opposants attendaient que la communauté internationale sanctionne le parti au pouvoir. C’était sans compter sur le cynisme de ce qu’on appelle la «communauté internationale». Celle-ci entérina la démocratie mauritanienne et usa de beaucoup d’indulgence en tenant compte de la sphéricité bédouine.

Se rendant compte de l’inutilité du boycott, l’opposition revint régulièrement au vote pour se faire battre à plate couture suivant les mêmes méthodes et les mêmes techniques de triche jamais mises à l’évidence.

Ce long détour par le passé nous permet d’aborder l’actualité brûlante de cet automne 2013 en Mauritanie. Le président Mohamed Abdel Aziz semble décidé à aller aux élections. Après avoir décalé le scrutin de quelques semaines, le premier magistrat de Mauritanie espère balayer les dernières réserves d’une opposition qui, chrono à la main, sait que le mandat présidentiel arrive à échéance en 2014.

L’idéal pour l’opposition serait de tout reporter jusqu’en juillet 2014 et de co-organiser les municipales, législatives avec les présidentielles. Que les mandats des maires et des députés soient arrivés à échéance ne semble plus gêner les partis de la COD. C’est donc un poker menteur qui oppose majorité et opposition.

Celle-ci joue sa survie politique sachant que sa non-participation aux municipales et législatives de novembre 2013 risque de provoquer des dissensions en interne. L’union sacrée autour de la COD tiendra-t-il quand il faudra à certains maires payer leur fidélité aux lignes directrices par l’abandon de leurs fauteuils d’élus et des avantages qui y sont rattachés?

Si la COD maintient le mot d’ordre de boycott et s’en sort sans grandes égratignures, unies autour d’un même discours, alors elle aura renforcé sa crédibilité en vue des prochaines présidentielles. Saura-t-elle rester soudée jusque-là ? Saura-t-elle se fédérer autour d’une seule candidature ? That is the question.

Par Dia El Hadj Ibrahima

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