Editorial de « saheljournal »: A Messaoud pour l’histoire

Messaoud Ould Boulkheir 2Les politiques mauritaniens s’activent pour le dialogue. Un dialogue entre le pouvoir, la société civile et les différents pôles politiques de l’opposition. Des propositions sont émises par les uns et les autres. Mais les propositions de certains politiques – et non les moindres – sont plus électoralistes et très éloignées des solutions à la crise profonde dont souffre le pays.

Ce qui traduit un net déphasage entre les citoyens mauritaniens et ses hommes politiques qui, pourtant, décident de leur avenir. Pour les Mauritaniens, les principaux problèmes qui requièrent une solution d’urgence ne sont pas d’ordre électoral mais plutôt la déclinaison d’un projet de société clair, sans aucune ambiguïté, pour une Mauritanie réconciliée.

C’est dire que les Mauritaniens n’ont que faire d’un dialogue qui n’aurait pas pour ambition une Mauritanie juste et égalitaire. Un dialogue qui ne prendrait pas en charge la refondation ne serait, une fois encore, qu’une rencontre politique pour renforcer le système qui a abêti la Mauritanie et continue de la maintenir dans un sous-développement aussi bien économique que culturel ; car, c’est bien ce système qui promeut et continue de promouvoir les contre-valeurs sapant la dignité des Mauritaniens, leur unité et leur désir de vivre ensemble.

Et ce système, nous le savons, est nourri de l’intérieur comme de l’extérieur. Car beaucoup de ceux qui méprisent la Mauritanie et les Mauritaniens se retrouvent dans les deux camps. Le camp du pouvoir et le camp de l’opposition. Deux camps dont le seul souci c’est le combat pour le pouvoir.

Or, le combat pour le pouvoir uniquement n’intéresse pas le Mauritanien lambda dont la préoccupation est plutôt comment repenser ce projet de pays qu’est la Mauritanie que les hommes politiques ont ramené à sa plus simple expression ces dernières décennies ; par leur incivisme, leur cynisme et le dédain qu’ils ressentent – et expriment pour certains – face à l’unité des Mauritaniens…

On parle encore de dialogue. Un autre dialogue, encore… Le pouvoir dit qu’aucun sujet n’est tabou. C’est bien, mais le problème ce n’est pas l’entame mais la finition car le pouvoir – de même que l’opposition, d’ailleurs – nous a habitués à tant de voltes-faces et de reniement que sa seule profession de foi ne saurait suffire à nous endormir.

En tout cas, à endormir ceux pour qui l’intérêt premier c’est la Mauritanie ; ce pauvre territoire, don du désert et de l’Océan Atlantique ; pays dont les habitants doivent revisiter le passé pour expliquer son présent, afin de planifier son futur.

S’il faut prendre un exemple encore vivant de l’histoire politique de ce pays, on aurait l’embarras du choix. Et au risque de se disperser, osons citer un homme :Messaoud Ould Boulkheir. Un nom trop chargé. Mais pour le Mauritanien,Messaoud est toute une histoire. Par sa hargne, d’abord, et sa capacité à assumer son combat, ensuite ; un combat contre l’injustice ; un combat pour uneMauritanie juste et égalitaire. Quoiqu’on dise.

Pour cette Mauritanie, Messaoud est plus qu’un symbole ; une philosophie ; une méthode ; mais surtout un courage. Ce hartani qui a combattu un système d’esclavage, de racisme et de faillite morale est bien un symbole ; d’abord parce que, comme ses autres compagnons de lutte, il a su, à une époque difficile, s’attaquer au système qui, pour l’aplatir, n’avait eu de cesse de le diaboliser ; même si, de temps en temps, ce même système n’hésitait pas à lui faire les yeux doux pour l’amadouer pour, sans doute, mieux l’abattre.

Messaoud… Le système, tel un caméléon, a changé de langage à votre égard : le tribun haratine virulent d’hier est devenu aujourd’hui pour le système le combattant démocrate et le sage hartani. Mais, n’est-ce pas là une stratégie qui viserait à élever un arbre pour mieux cacher la forêt des jeunes qui s’empressent de prendre votre relève ; ces jeunes dont certains des leaders sont, à l’heure actuelle, jetés en prison ?

Messaoud… Ce système qui vous applaudit, qui a recherché votre compagnonnage dans un dialogue précédent, est le même qui a produit un certain Mohamed Abdel Aziz dans le but inavoué de se perpétuer et de mieux assurer. Vous qui n’êtes pas né de la dernière pluie le connaissez bien pour l’avoir combattu après son coup d’Etat auquel ses thuriféraires et ses adeptes avaient donné le nom peu académique de « Rectification ».

Ce système cherche à se recycler et pour cela il a encore besoin de vous ; de vous amener au dialogue et vous faire jouer le mauvais rôle qui fut le vôtre quand, laissant en rade les autres opposants, vous étiez allé signer des accords avec ce Rectificateur à la tunique de boulanger qui ne rechigne pas à tripatouiller la Constitution.

Le précédent dialogue ne l’ayant pas assez satisfait, l’homme aux deux coups d’Etat en appelle à un autre pour sa propre survie et non pour celle de laMauritanie ; notamment la Mauritanie des déshérités et des exclus dont il s’était proclamé le champion au temps, déjà lointain, où on le surnommé « Le Président des Pauvres ».

Mais, cette fois, Messaoud, vous ne pourrez pas le sauver ; car vous devrez craindre le verdict de l’histoire et l’œil du peuple qui vous épie ; ce peuple qui veut enfin vivre et ne plus servir de dindon d’une farce dont les politiciens se régalent.

Ce peuple perdu, hagard, désappointé vous rappelle – vous et vos semblables – à votre devoir : celui de le sauver de vos turpitudes et de vos bagarres puériles et sans rendement. Le peuple affamé, trituré, divisé, diabolisé et utilisé abusivement a faim, a soif, a besoin de plus de liberté et la satisfaction de tous ses droits.

Ce peuple vous appelle à vous surpasser pour mettre un terme à ce système qui n’arrange presque plus personne ; le peuple vous supplie de penser à l’intérêt général ; il vous dit que changer la disposition relative à l’âge des candidats à la présidence n’apportera rien à sa marmite.

Enfin, le peuple dans le désarroi vous rappelle qu’il ne saurait accepter, indéfiniment, l’emprisonnement des défenseurs d’une Mauritanie juste ; tout comme sa honte ne pourrait baisser devant l’attitude inexplicable de ses Ulémas qui « privatisent » l’Islam pour leur intérêt et celui du prince du moment.

Messaoud… pour l’histoire, reste parmi les sauveurs de ce peuple. La Mauritaniearabe, berbère, bambara, Halpoular, Haratine, Soninké, Wolof…. vous sera reconnaissante ; vous qui êtes redevable à ce peuple qui vous a tout (et tant) donné.

Oui la Mauritanie a besoin de dialogue. Mais un dialogue qui aboutit et qui enrichit et non une foire aux empoignes à l’issue de laquelle il n’y aura que de la poudre et de la fumée. Ce dialogue-là ne contribuera pas à La Refondation de laMauritanie. Une refondation tant attendue, au triple plan politique, économique et sociale.

Camara Seydi Moussa

Source: Essahraa

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