Education : Excellence oui, mais injustice aussi

Aziz en classe d-excellence

C’est hier seulement que j’ai découvert vraiment ce que signifie une éducation « d’excellence » en Mauritanie.

De la fenêtre du secrétaire particulier du ministre de l’Enseignement et de la recherche scientifique, j’observe les élèves du Lycée d’Excellence 1 de Nouakchott, le premier établissement créé par l’ancien ministre d’Etat chargé de l’Education, Ahmed Ould Bahiya, aujourd’hui directeur de cabinet du président de la République, pour inaugurer un enseignement de qualité en Mauritanie. L’idée était bonne dans son essence, vue la piètre qualité de l’enseignement public par rapport à celui dispensé par les établissements privés, notamment ceux dispensant des programmes français, turc ou autres, mais à voir ces élèves dans la cour, on ne peut qu’éprouver un certain étonnement : où sont les « autres » ? Où est la diversité qui fait la fierté de la Mauritanie ? Les blouses blanches qui distinguent les élèves du lycée d’Excellence sont portées presque exclusivement par les enfants issus d’une seule communauté, ceux qu’on désigne abusivement de « Beydanes » alors qu’une foule noire est formée par les élèves du lycée de Garçon 1, le plus ancien établissement d’enseignement secondaire de Nouakchott (ancien lycée national). En fait, une sorte de « ghettoïsation » de l’enseignement qui ne dit pas son nom. Et il ne pouvait pas en être autrement.

Les établissements « d’Excellence » ne forment pas, ils déforment. Certes, les élèves sont les meilleurs de Mauritanie parce qu’ils sont le fruit d’une sélection. Chaque année, le ministère organise un concours d’entrée dans ces écoles qui disposent, il est vrai, des meilleurs locaux, des meilleurs équipements et des meilleurs professeurs. Ces derniers ont une indemnité de 30000 ouguiyas (100 USD/mois) pour faire preuve de plus d’abnégation. Comme pour dire aux milliers d’autres profs qu’ils sont des vaut-rien, et qu’ils peuvent continuer à foutre la merde dans des établissements que ne fréquentent plus que la « racaille ».

Concernant la sélection qui recréé une école mauritanienne à deux vitesses, comme le faisait le système « filière arabe/filière bilingue), il faut dire que la nouvelle réforme y est bien pour quelque chose. Ceux qui refusaient un enseignement globalement en langue arabe n’ont finalement pas fleuré le piège de la réforme de 1999 qui fait qu’aujourd’hui toutes les matières en rapport avec la culture (philosophie, histoire-géographie, instruction civique, etc) ne sont plus enseignées en français. Pour les élèves négro-mauritaniens qui faisaient de la « résistance » à l’arabe, c’est un blocage certain quand il s’agit de se présenter au concours de « l’excellence ». De l’injustice, devrais-je dire plutôt. Et, à moyen ou long termes, d’une crise de l’éducation pire que celle de la baisse généralisée des niveaux.

Source : ELHOURRYIA

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