Egypte: de nombreux morts dans l’évacuation des places occupées par les pro-Morsi

Egypte - Pro_morsi attaqué
Ce mercredi 14 août, au Caire en Egypte, la police est intervenue pour évacuer les partisans du président déchu Mohamed Morsi qui occupent deux places de la capitale depuis près d’un mois. La plus petite, la place Nahda, est désormais « sous contrôle », affirme le ministère de l’Intérieur, qui déplore par ailleurs deux morts dans les rangs des forces de sécurité. Ces opérations auraient fait, pour l’heure, au moins 17 morts, – plus de cent selon la confrérie des Frères musulmans.

Les bilans diffèrent. Mais il est maintenant sûr que l’évacuation des places occupées par les pro-Morsi au Caire a fait des victimes. Selon les constatations d’un journaliste de l’Agence France-Presse, 17 morts seraient pour l’heure à déplorer – dont certaines personnes tuées par balles. Mais les Frères musulmans, eux, avancent des chiffres bien plus élevés : « plus de 100 morts et plus de 2 000 blessés », assure Gehad el-Haddad, un porte-parole de la confrérie.

Ses partisans occupaient jusque-là deux emplacements : la place Nahda et la place Rabaa al-Adawiya. La première, la plus petite, a été reprise, à en croire les informations fournies par le ministère de l’Intérieur. Quant au plus grand sit-in de Rabaa al-Adawiya, la police est toujours aux abords des lieux. Elle a avancé mais les manifestants sont encore là. Le podium fonctionnait d’ailleurs encore, enseveli sous la fumée. En effet, les policiers se sont installés sur les toits des immeubles et tirent des gaz lacrymogènes.

La police, au début, a utilisé des bulldozers blindés pour détruire les lignes défensives qui avaient été construites en béton ou en sacs de sable, pour permettre aux blindés des forces de l’ordre d’entrer dans les sit-in.

Au stade actuel, la situation est très confuse. Il y a beaucoup de fumée, que ce soit de la fumée de gaz lacrymogène ou des pneus en flammes. La police a déclaré qu’en fait, elle laissait la porte ouverte aux manifestants afin qu’ils sortent des deux sit-in, et que seules seraient arrêtées les personnes recherchées par la police, c’est-à-dire les hauts responsables de la confrérie des Frères musulmans.

Les habitants du Caire souffrent

Le quartier Fayçal est un quartier populaire situé entre l’université du Caire et les Pyramides. Un quartier qui, par le passé était favorable aux islamistes. Mais cette fois, quand le cortège des manifestants qui venaient du sit-in de l’université du Caire a traversé le quartier, il a été mal accueilli. Un mois et demi de sit-in a rendu les islamistes impopulaires. Car le sit-in a, entretemps, affecté la vie économique et quotidienne à Feysal. Les habitants souffrent de difficultés de moyens de transports ce qui a touché l’économie parallèle, base de la vie du quartier depuis l’effondrement du tourisme.

Le quartier a donc formé des comités populaires qui se sont accrochés avec les manifestants. Des affrontements à coup de pierres mais aussi de pistolets artisanaux à cartouches. Le pire cauchemar de Feysal, comme celui de tout quartier populaire est devenu l’installation d’un sit-in chez eux. Les habitants du quartier sont à bout. La place Rabaa al-Adawiya est devenue, au fil du temps, un village de dix mille habitants hurlant des slogans à longueur de journée et de nuit.

De plus, ces personnes devaient faire deux kilomètres à pied pour sortir ou rentrer chez eux. Deux kilomètres durant lesquels ces habitants, généralement des fonctionnaires appartenant à la moyenne bourgeoisie étaient fouillés et interrogés par des islamistes venant généralement de provinces rurales. L’occasion de vexations et parfois de violences. Pour une femme, ne pas être voilée c’est ici l’enfer.

Une société égyptienne de plus en plus divisée

En Egypte, le bras de fer n’oppose pas seulement les autorités aux quelques milliers de manifestants qui ont campé sur deux places de la capitale. C’est toute la société égyptienne qui paraît de plus en plus divisée, polarisée. C’est maintenant un camp contre l’autre, et chacun, ou presque, tient des propos de plus en plus radicaux. Et ces lignes de fractures traversent les familles elles-mêmes.

Reportage au Caire de Perrine Mouterde

« Ces gens-là sont tellement fanatiques, tellement agressifs, ils nous massacrent. Ce sont des bêtes féroces ». Les violences qui secouent le pays sont aussi verbales. Pour cet Egyptien, les islamistes sont des terroristes. C’est ce que ne cessent de répéter des présentateurs télé, mais aussi des responsables politiques ou même les militants du mouvement Tamarod (rébellion en français). Les partisans des Frères musulmans, de leur côté, traitent leurs adversaires d’infidèles ou de voyous.
Difficile dans ce climat, de parler sereinement de politique. Adel, 20 ans, l’a constaté : « La politique provoque des problèmes, parfois au sein d’une même famille. J’ai des amis par exemple qui ont quitté leur maison parce que leurs parents soutenaient les Frères musulmans et eux soutenaient l’armée. Même entre nous, entre amis. Beaucoup ont décidé de ne plus me parler parce que je suis contre les Frères, alors qu’eux sont de leur côté ».

La famille de Rihab est elle aussi divisée. On réussit chez elle à éviter de se déchirer, mais elle s’inquiète de la haine qu’elle voit naître chez les Egyptiens : « Oui, il y a de la haine. Quand vous n’acceptez que votre point de vue, l’autre devient l’ennemi, et la haine arrive. Bien sûr cela me fait peur, parce qu’en réalité nous sommes une seule famille. Si les frères et les sœurs se détestent et trouvent normal que les autres meurent, c’est la fin. »

 

Source : RFI

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