Elections législatives et municipales : La scène politique et le « Chaos créateur »

voteLes psychologues du pouvoir ont bien réussi leur coup. Connaissant l’appétit politique du Mauritanien, ils savaient qu’en maintenant la date des élections, ils allaient créer indubitablement un véritable tsunami au sein de la Coordination de l’opposition démocratique (COD). Ils connaissent la cupidité de l’homme mauritanicus et l’attitude suicidaire que pourrait entraîner tout boycott. Il y aurait toujours ceux qui n’accepteront pas de se faire politiquement enterrer pendant cinq ou six ans. Tous les ingrédients étaient ainsi là pour créer ce que Condolezza Rice, l’ancienne Secrétaire d’Etat américain, avait nommé le « Chaos créateur » parlant du Moyen-Orient. Aujourd’hui, le RFD d’Ahmed Daddah se saigne, tandis que l’UFP et Tawassoul pour avoir accepté de participer, vivent sous la menace de l’implosion, alors que l’UPR devra payer le prix de ses choix. L’après élection du 23 novembre 2013 devra certainement dessiner un nouveau contour de la scène politique nationale.

Mohamed Ould Abdel Aziz est en train de réussir son pari, celui de refonder la scène politique nationale, en poussant les anciennes formations traditionnelles à la déconfiture. Comme sont chimériques les déclarations d’intention, quand la cupidité politique, l’amour de la gloire et du pouvoir servent de guide spirituel à une classe politique qui ne croit à aucun idéal abstrait, comme la conviction, le respect de l’engagement donné et les principes d’honnêteté intellectuels ! Il a suffi ainsi d’une décision ferme de la part du régime de maintenir son calendrier, pour que la sainte alliance au sein de la COD vole en éclats. Certains, comme les Islamistes de Tawassoul, avaient pris leur disposition depuis belle lurette. Pendant que les autres dirigeants négociaient des garanties de transparence sous peine de boycotter les échéances, eux déposaient en catimini leurs listes électorales.

Avec une sournoiserie déconcertante, ils comptent ainsi rafler la voix des militants des partis boycottistes pour se frayer une place au soleil. C’est de l’opportunisme politique. Une notion qui, rapportée dans le monde politique, serait une fourberie bien tolérée. N’empêche, des informations de plus en plus persistantes, parlent de défections qui minent Tawassoul, mais aussi une probable implosion devant la grogne des « Gens de l’Est » non satisfaits de l’éternelle mainmise des « Gens de la Guibla » sur les rennes du parti. Eternelle guerre de clocher qui rappelle que la Mauritanie des tribus et des régions bédouines est encore loin d’intégrer l’espace de la démocratie citoyenne.

Mais le tremblement le plus assourdissant qui fait le plus secouer la scène politique nationale vient sans doute du parti UFP (Union des forces du progrès). Les tenants de la participation aux élections et les boycottistes s’affrontent depuis quelques jours dans des duels qui risquent d’emporter ce parti, considéré pourtant comme l’un des plus politisés du pays et le plus raffiné sur le plan intellectuel. En effet, le président du parti, Mohamed Ould Maouloud, chef des négociateurs de la COD au dernier dialogue avec le pouvoir, joue sa crédibilité, son honneur et sa parole donnée. En face de lui, des cadres de premier plan qui rejettent toute idée de boycott, préférant aux jeux de biceps hors des ring, une confrontation électorale, même si au bout, la déconfiture risque encore d’être plus fatale.

Ces dissensions au sein de l’UFP pourraient en effet coûter la scission du parti, devant la menace de Ould Maouloud de rendre le tablier si sa décision, celle du boycott, n’est pas entérinée. Mais d’anciens élus comme Moustapha Ould Bedredine, Kadiata Malick Diallo, nostalgiques de leurs sièges parlementaires qu’ils comptent reprendre ne seraient pas de cet avis, tout comme le maire de Boghé. Ainsi, la réunion du Bureau exécutif prévu hier dimanche pour trancher sur cette question n’a pas pu avoir lieu. Ce report de la réunion du BE à une date ultérieure est perçu comme une capitulation du président Ould Maouloud devant la forte pression des tenants de la participation. Une maigre participation, si l’on sait que l’UPF n’a réussi à déposer que 24 listes au niveau national sur les 218 communes que compte le pays.

Restent que huit partis de la COD, conformément à leur logique, ont décidé de ne pas participer aux élections du 23 novembre. En l’absence de toute garantie de transparence, devant l’utilisation massive des moyens et de la puissance de l’Etat au profit de l’UPR (Union pour la République), ils croient que prendre part à cette « mascarade » n’aurait comme résultat que d’accorder une légitimation non méritée au pouvoir tout en prêtant le flanc à une énième humiliation, comme celle des présidentielles de 2009.

Mais le RFD (Rassemblement des forces démocratique), principale force motrice actuelle de la COD, paye déjà les frais de sa position. Des vagues de défection minent ses rangs. Mais le parti en a l’habitude. Selon ses cadres, ce n’est pas la première fois que le parti est confronté à des coups si bas, mais s’est toujours relevé.

En boycottant les élections, le RFD continuera le combat sous les formes normatives reconnues par les lois, soutiennent-ils en substance, des déclarations, des manifestations pacifiques, des conférences qui meubleront certainement une longue traversée du désert qui attend encore le parti. Pendant les cinq ou six ans à venir, ces partis seront complètement absents des centres de décision institutionnelles, des mairies et des prétoires du Parlement. Un énième coup de semonce donné à son leader qui perdra même ce privilège de Leader de l’opposition démocratique, un titre que convoiterait Mohamed Jemil Mansour.

il faut dire que ces nouveaux arrivées dans l’arène du combat électoral, l’UFP et Tawassoul, mettent mal à l’aise certains partis comme El Wiam ou APP, qui se croyaient devoir à eux seuls prendre toute la place que la COD laissera vide. Il faudra compter surtout avec les Islamistes dont les combines politiques restent tout de même de plus en plus énigmatiques pour bon nombre d’observateurs. Certains parlent même de marchandages occultes avec un pouvoir qui n’a jamais cessé de négocier la pluralité dans les participations pour défendre devant la communauté internationale la crédibilité de « ses » élections.

Mais loin de gagner la mise, l’UPR devra certainement s’attendre à de désagréables surprises, du fait des choix controversés de ses candidatures. Partout en effet, le parti-état devra confronter ses propres transfuges, ceux qui ont choisi de s’aligner sous d’autres couleurs, après avoir perdu la confiance du parti. Pour ces derniers, les élections à venir constituent une belle occasion de montrer aux recruteurs de l’UPR qu’ils avaient misé sur les plus mauvais chevaux.

Cheikh Aïdara

Source : Lauthentique

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