Elections législatives et municipales L’Initiative Messaoud à l’eau…

L’initiative de Messaould Ould Boulkheïr serait sur le point d’être enterrée vivante. Prémices de cet état de fait : la reprise des hostilités entre la Messoud-DaddahCoordination de l’opposition démocratique (COD) et la majorité présidentielle.

Ces deux acteurs clés de la scène politique se sont remis à tirer sur les cordes de la dissension, les premiers réclamant des garanties politiques à travers un nouveau Premier ministre et un nouveau gouvernement, entre autres, les autres excluant catégoriquement une telle alternative. Au même moment, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) reste décidée à poursuivre son calendrier électoral, avec pour objectif un scrutin entre septembre-octobre 2013. L’opinion qui assiste indifférente à ce « jeu de la frayeur » attend de savoir ce que lui réserve demain à l’issue de ce jeu de dominos.

« La majorité refuse catégoriquement la mise en place d’un gouvernement d’union nationale ou d’un gouvernement partagé avec des tiers ! » La déclaration est du député d’Atar, Sidi Mohamed Ould Maham, militant et cadre actif de l’Union Pour la République (UPR), porte-parole officieux de la majorité présidentielle. Selon lui, « la dernière sortie de la COD relative à la nomination d’un nouveau gouvernement et d’un nouveau Premier ministre pour superviser les prochaines élections législatives et municipales, est irrecevable ». La majorité la récuse tout simplement et la considère inacceptable dira-t-il en substance avant de souligner qu’une telle exigence politique constitue un recul par rapport aux engagements déclarés de la COD à soutenir l’Initiative de sortie de crise de Messaoud Ould Boulkheïr. L’idée d’un gouvernement de consensus, comme ce fut le cas en 2009 représente par ailleurs aux yeux de Sidi Mohamed Ould Maham un retour en arrière vers une expérience politique qui ne devra plus se répéter. Il a également transmis le refus de la majorité à cautionner tout report des élections à une date autre que celle déjà fixée par la CENI. Il a en outre ajouté que les déclarations par voie de presse ne constituent pas le meilleur moyen pour le dialogue politique, invitant l’opposition à emprunter les procédures normales de dialogue connues pour entamer de véritables discussions avec ses partenaires politiques. Il a indiqué au passage que la majorité est disponible à s’asseoir sur la même table avec la COD pour discuter des termes raisonnables d’une organisation consensuelle des élections qui seraient les plus libres et les plus transparentes possibles.

Risques d’échec

Les formations politiques de la COD continuent quant à elles de se conformer aux engagements qu’elles ont tenus à l’endroit de Messaoud et de son initiative. Dans ce cadre, elles viennent de dégager des axes prioritaires pour toute participation aux prochains scrutins législatifs et municipaux (Voir encadré). C’était au cours d’une rencontre de réflexion tenue mercredi 15 mai par les principaux leaders de cette coalition de partis qui comptent parmi les plus farouches adversaires du pouvoir et qui réclament son départ définitif des affaires. Au cours de ce conclave – qui a d’ailleurs suscité l’ire du député Ould Maham- , la COD a conditionné sa participation à quatre impératifs : la mise en place d’un gouvernement de consensus, la recomposition des instances impliquées dans le processus électoral, la neutralité de l’administration et la non utilisation des moyens de l’Etat, enfin, la préparation saine et concertée des échéances. Prévenant ou plutôt, craignant le pire, Ahmed Ould Sidi Baba, président en exercice de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) et président du parti RDU, (Rassemblement pour la Démocratie et I‘Unité) a d’ailleurs soutenu à l’intention de la presse : “les élections qui sont en train d’être préparées sont une réédition de la mascarade habituelle”.

Pour la majorité, les exigences nouvelles de la COD constituent un recul par rapport à l’esprit de consensus exprimé par le quitus que ses leaders ont délivré à Messaoud Ould Boulkheïr et à son initiative de sortie de crise. En réaction à ce qui est considéré comme l’intransigeance habituelle de la COD par rapport à toute recherche de solution, la majorité aurait ainsi choisi à son tour de tirer sur l’autre bout de la ficelle, en refusant tout compromis sur son autorité politique quant à la supervision des scrutins.

Résultat, l’Initiative de Messaoud Ould Boulkheïr qui canalisait tous les espoirs se trouve sérieusement compromise. Et la plaie pourrait bien ne pas avoir le temps de se cicatriser pour une nouvelle entente entre les deux pôles politiques du pays. Cela d’autant plus que la CENI semble vouloir engager des élections sans attendre personne.

Encadré

Feuille de route de la COD
Au cours de la réunion tenue le 15 mai dernier, les partis de la COD ont soumis leur participation éventuelle aux prochaines élections législatives et municipales à quatre impératifs.
Le premier est relatif à la mise en place d’un gouvernement de consensus composé de personnalités indépendantes dirigées par un Premier ministre consensuel pour superviser les scrutins. Pour eux , un processus électoral coiffé par le président Mohamed Ould Abdel Aziz et son inamovible de Premier ministre Moulaye Ould Mohamed Laghdaf n’est pas en mesure d’offrir une garantie de transparence ni de liberté, citant l’exemple des ratés de l’élection présidentielle de 2009.

Deuxième impératif : la révision sur des bases consensuelles des structures chargées à priori ou à postériori du processus électoral, notamment le Conseil constitutionnel, l’agence chargée de l’enrôlement, la direction chargée de la liste électorale (Direction générale des services d’appui au processus électoral relevant du ministère de l’Intérieur) et la CENI.
Aussi, la COD souhaiterait que le président de la République, le Premier ministre et les membres du gouvernement s’abstiennent de se présenter ou d’appuyer des candidatures lors des prochaines élections présidentielle et législatives. Autre exigence, la neutralité de l’administration et la non utilisation des moyens de l’Etat à des fins électoralistes. L’une des constances des scrutins dans le pays est, selon la COD, l’instrumentalisation de l’Etat à travers ses représentants, civils et militaires, l’usage abusif des fonds et moyens publics (véhicules, avions, fonctionnaires, facilités, avantages indus, distributions de vivres, arme fiscale et douanière, etc.) qui faussent l’équilibre du jeu dans les compétitions électorales. Une loi devra selon l’opposition être promulguée dans ce sens, pour interdire l’interpénétration entre la fonction administrative et la fonction politique, à travers la nomination des agents publics sur la base de leurs compétences et non de leur appartenance partisane.

Parmi les exigences arrêtées par la COD, le plafonnement des financements des campagnes électorales, l’obligation faite aux chefs militaires de prêter serment qu’ils n’interféreront pas dans le jeu politique en faveur de tel ou tel candidat, l’intégration du bataillon de la sécurité présidentielle dans les forces armées nationales unifiées derrière un même commandement, l’ouverture des médias publics sur une base consensuelle avec nomination de directeurs neutres et indépendants. Enfin, la COD exige une préparation saine des élections, à travers la révision de la loi électorale ; la convocation du collège électoral lorsque le recensement aurait englobé 90% de la population et que 80% d’entre elles auront retiré leur carte d’identité nationale ; la participation de tous les acteurs politiques à l’établissement de la liste électorale et la publication de la liste avant les dépôts des candidatures, soit 15 jours avant les scrutins, le choix de la date des scrutins d’une manière consensuelle et concertée .

Compte-à-rebours

Pour la CENI, le compte-à-rebours pour la tenue d’élections législatives et municipales en septembre-octobre 2013 a bel et bien commencé. La confirmation en a été donnée par son président, Dr Abdallahi Ould Soueid’Ahmed lors d’une interview accordée vendredi 17 mai dernier au journal officiel Horizon. Première du genre, cette sortie n’est pas gratuite. Elle a été bien préparée et intentionnellement rendue publique. En plus de la désignation récente des représentants régionaux de la CENI, un recensement à vocation électorale sera lancé dans quelques jours, dira-t-il en substance, ajoutant toutefois que les membres de son instance pourront prendre en compte les développements marquants de nature à rendre plus crédibles les scrutins, en reculant quelque peu la date des élections, au cas où des arrangements politiques le dicteront. Sur les garanties de transparence, il s’est toutefois basé sur les dispositions juridiques et règlementaires portant l’indépendance, la neutralité et la probité des membres de l’instance. Cependant, ces considérations restent insuffisantes pour l’opposition qui considère que les textes juridiques ne suffisent pas à eux seuls comme garantie en Mauritanie, où les textes de loi sont soumis à des violations permanentes.

En définitive, la classe politique est de nouveau profondément divisée. Les plus pessimistes s’attendent à des scrutins qui seront largement boycottés par la COD, les plus optimistes misant sur un bouleversement de dernière heure qui viendra remettre tantôt, les pendules de la concertation à l’heure.

Cheikh Aïdara.

 

Source : L’Authentique

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