En attendant de voir…1 et 2

Mohamed Fall Oumeir

En attendant de voir…(1)

Beaucoup de supputations sur le gouvernement, sur les alliances attendues, sur les marchandages politiques probables, sur la future configuration de la scène politique, sur le nouveau dispositif de l’Opposition… Analyses froides, prophéties, informations vérifiées, d’autres qui le sont moins… tout y est pour nous dire de quoi le lendemain politique sera fait.
Au lendemain d’une épreuve politique comme celle des élections législatives et municipales, il est nécessaire de tirer les conclusions. Pour le pouvoir d’abord qui a vu «son» parti, l’Union pour la République (UPR), remporter la majorité des sièges à l’Assemblée nationale et ceux des maires. De quoi le réconforter dans les choix qui ont été les siens. Logiquement du moins, parce que les analystes «indépendants» croient que «le pouvoir est sorti affaibli des élections». Ils évoquent les mécontentements, les déchirures, l’effet de la naissance d’une multitude de partis dans la périphérie de l’UPR, pour expliquer cette faiblesse qui ne s’est pourtant pas exprimée ni dans les résultats, ni dans le comportement des gouvernants. Force donc est de croire le contraire : les résultats obtenus par le seul UPR sont pour le pouvoir un motif de satisfaction.
Le gouvernement qui doit être constitué sortira nécessairement des urnes. C’est ce que la réforme constitutionnelle introduite à partir du dialogue entre la Majorité et une partie de l’Opposition avait consacré. C’est le parti qui peut rassembler une Majorité qui nomme le gouvernement. Aujourd’hui l’UPR a déjà la majorité à l’Assemblée. S’il décide de s’ouvrir aux autres, c’est pour élargir ses alliances. Il ne peut le faire que si elle répond à un souci lié à la présidentielle prévue dans moins de quatre mois. Les partis satellites comme tous ceux dits «de la jeunesse» soutiennent déjà le Président Mohamed Ould Abdel Aziz. Leur implication dans le gouvernement les réconforterait simplement dans leur choix. Le challenge pour l’UPR est donc de ramener l’un des partis-symboles dans l’escarcelle de la Majorité : Alliance populaire et progressiste (APP) de Messaoud Ould Boulkheir, Alliance pour la justice et la démocratie (AJD/MR) de Sarr Ibrahima ou encore Al Wiam de Boydiel Ould Hoummoid. Avec Tawaçoul toute démarche du genre semble exclue.
L’avantage pour l’UPR d’avoir APP ou AJD/MR, c’est que l’éventuel accord va nécessairement concerner la Communauté urbaine de Nouakchott (CUN) dont la bataille n’est pas totalement consommée.
On raconte que l’UPR aurait trouvé un accord avec Messaoud Ould Boulkheir qui serait reconduit comme président de l’Assemblée nationale en contrepartie du soutien de son parti à l’UPR pour la CUN. Difficile à croire quand on se rappelle tout ce qui a été dit et écrit sur sa présidence passée qui a été le fruit d’un marchandage politique incluant son soutien au candidat Sidi Ould Cheikh Abdallahi au second tour de mars 2007. A l’époque l’importance de ce soutien ne découlait pas seulement au nombre de voix que pouvait rapporter Ould Boulkheir et son parti, mais à la légitimation de cette élection ouvertement soutenue par la junte de l’époque. Alors que la présidence de l’Assemblée aujourd’hui contre la CUN, c’est un marché de dupes.
Surtout que la présidence de l’Assemblée par un chef de parti qui n’a pas assez de députés pour faire un groupe parlementaire affecterait sérieusement les principes de la démocratie. Le Président Ould Boulkheir est certainement le premier à ne pas vouloir d’un tel scénario, lui qui a milité pour asseoir un système démocratique en Mauritanie. Tout ce qu’on dit à propos des marchandages entre le Président Messaoud et le pouvoir, relève plutôt d’une malveillance vis-à-vis de cet homme (ses détracteurs n’ont pas fini de l’accabler). D’ailleurs tous ceux qui ont une ambition présidentielle n’ont pas intérêt à s’acoquiner avec le pouvoir actuellement. Jusqu’à preuve de contraire, Messaoud Ould Boulkheir fait partie des futurs candidats.

Que reste-t-il alors ?

En attendant de voir…(2)

Si ce qui doit arriver arrive, c’est normalement Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Lemine, le président de l’UPR qui doit hériter la présidence de l’Assemblée nationale.

Avec sa confortable majorité de députés et ses soutiens au sein des autres partis «frères», il n’aura aucun mal à diriger convenablement la future Assemblée qui sera plus hétéroclite – pour ne pas dire pluraliste – et plus bruyante que celle d’avant.

A sa gauche comme à sa droite, le président de l’Assemblée devra constamment jouer les équilibristes et les facilitateurs. Dans ce chao annoncé, l’on aura besoin de calme et d’écoute. Dans le camp de la Majorité, Ould Mohamed Lemine est tout indiqué.

La logique qui doit guider à la constitution du gouvernement est celle qui promet la vieille formule du temps de Ould Taya : «le changement dans la stabilité». A quelques semaines de la présidentielle, le pouvoir ne peut pas se permettre de grandes ruptures. D’où la nécessité pour lui de rassurer ses soutiens actuels. Il ne peut pas non plus faire semblant que «tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes». D’où l’exigence d’une promesse de changement.

Cette logique pourrait conduire le Président Ould Abdel Aziz à maintenir son Premier ministre actuel Dr Moulaye Ould Mohamed Laghdaf. Auquel cas, on expliquera qu’il préfère garder celui qui l’a accompagné au lendemain du coup d’Etat du 6 août 2008, qui a dirigé le gouvernement de sortie de crise de juillet 2009 et auquel il a depuis renouvelé sa confiance. Une façon d’éviter à choisir entre différents postulants dont la proximité pourrait bouleverser le dispositif actuel.

La même logique pourrait conduire à la nomination d’un Premier ministre, jeune technocrate, faisant partie ou non de l’actuelle équipe, détribalisé, plus ou moins indépendant de l’influence des groupes d’affaires proches ou non de l’actuel pouvoir. Auquel cas, le risque de faire le mauvais choix et de devoir se rattraper à quelques semaines d’une échéance qui n’est pas gagnée d’avance, ce risque est gros.

Jusque-là le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a été imprévisible dans ses choix. Ce qui amène à croire que la situation reste ouverte. Tout peut arriver. Y compris une alliance avec un parti d’opposition auquel sera confiée la mission de constituer un gouvernement. Ou au moins, l’ouverture du futur gouvernement sur une partie de cette opposition.

Reste que de l’autre côté, l’Opposition s’organisera forcément autour de Tawaçoul qui prendra la tête de l’Institution de l’Opposition Démocratique. Le bureau qui en sortira comportera aussi un représentant des partis d’opposition qui auront fait ce choix. Reste à identifier qui sera le chef de file de l’Opposition.

Si le renouvellement des deux tiers du Sénat n’est pas décidé au plus vite, le président de Tawaçoul, Jemil Mansour ne pourra être à ce poste. Il va falloir chercher au sein des élus du parti le plus apte à mener à bien les futures concertations avec le pouvoir.

En réalité, tout ce qu’on peut dire reste du domaine du supposé, de l’analyse donc du probable… Cela peut servir justement à occuper en attendant de voir si ce qui doit arriver va arriver comme on peut s’y attendre.

Publié par Mohamed Fall Oumeir

Toute reprise partielle ou totale de cet article doit faire référence à www.rimweb.net

Brochure MOIMA Annonces1 Brochure MOIMA Annonces1

Exprimez vous!

CommentLuv badge