En attendant les relectures politiques 1 & 2

Lundi sur les ondes de Nouakchott Info, chaîne privée, Cheikh Mohamd El Hacen Ould Dedew s’exprime sur la conception de la gouvernance en terre d’Islam. Et quand il finit avec les normes en la matière, il précise que tout cela reste dans le domaine de l’utopie et que nous devons chercher à nous en approcher, non pas à avoir des situations parfaites. Le journaliste le relance chaque fois sur la situation en Mauritanie. Une première fois il interdit manifestations et sit-in organisés sans respect de la procédure administrative. Il explique très bien dans quelles situations, on peut réfuter ou se rebeller contre l’autorité en place. Il apparait qu’il est permis à celui qui est agressé par le dirigeant, dont les biens et la vie sont directement et clairement menacés par celui-ci, celui-là a le droit de contester l’autorité.

La communauté a le droit de contester le despote obscurantiste, déclarant la guerre aux préceptes divins, prédateur, destructeur, exerçant l’arbitraire au quotidien et dont l’autorité dure trop longtemps dans ces conditions insupportables. Si le chef ne fait rien de tout ça et s’il tend plutôt vers le contraire, il est du devoir de chacun de l’accompagner, en tout cas de ne pas se rebeller contre son autorité.
Et le journaliste de relancer : «où en sommes-nous ?» Cheikh Ould Dedew répond : «Nous sommes dans le meilleur des cas, Inchaa Allah». Quoi de plus optimiste pour nous ?
On est loin des appels à manifester d’il y a moins d’un an. Cheikh Mohamd el Hacen Ould Dedew qui est l’une des plus grandes figures de chez nous malgré son jeune âge, a une très grande influence sur la scène nationale, particulièrement sur la scène de l’islamisme militant. On se souvient du rôle, ô combien primordial, qu’il avait joué dans le dialogue avec les Salafistes. On voit que les formations politiques se réclamant islamistes cherchent à se l’approprier. D’où la médiatisation – excessive parfois – de tous ses faits, gestes et dires. Tout le monde guette le jeune érudit qui maîtrise parfaitement toutes les sciences religieuses et tous les secrets de la langue Arabe. En cela l’interview réalisée par notre confrère Mohamed Mahmoud Eboulmaaly fut un évènement.

En attendant les relectures politiques (2)

Au lendemain de cette interview (mardi 25/9), le parti Tawaçoul nous invite à une conférence de presse où l’on nous promet «du nouveau». Quand on arrive, le Président Jemil Mansour explique qu’il s’agit de présenter les conclusions de la dernière réunion du bureau politique du parti. Discours habituel conclu par la fameuse exigence du départ du Président Mohamed Ould Abdel Aziz. Rien de nouveau, cependant quelques remarques.
A un moment donné et après avoir dressé un tableau noir de la situation économique, politique et social du pays, Ould Mansour emprunte un passage du Khalife Ali Ibn Abi Taleb pour exprimer son étonnement devant l’attitude de «celui qui passe sa nuit sans manger et qui s’abstient le lendemain de dégainer son épée devant le monde». Ajoutant qu’ils ne veulent pas de l’épée mais simplement qu’il «dégaine sa langue». Et prenant exemple du peuple jordanien qui a manifesté contre la hausse des prix des hydrocarbures a obligé le Roi à revenir sur la décision, il conclut : «un peuple qui n’exprime pas ses souffrances, est sans avenir». Et si le peuple mauritanien ne souffrait pas au point que le Président de Tawaçoul décrit ? et s’il avait choisi de souffrir en silence ? et s’il refusait aux acteurs politiques parmi lesquels il reconnait les bourreaux, les fossoyeurs de son économie, les prédateurs… et s’il refusait de suivre ceux-là ? et si ceux-là n’ont pas pu lui servir le discours qu’il faut, le processus qu’il faut ? Simplement pour dire que ce n’est pas au peuple mauritanien qu’il faut s’en prendre, mais certainement à son élite qui n’a pas pu le convaincre.
«A dit vrai celui qui a affirmé qu’il s’agit là d’une guerre par procuration…» En disant ces mots, le Président de Tawaçoul a oublié – ou ignoré – nos morts à Lemghayti, Tourine, Ghallawiya, Tevraq Zeina, l’assassinat et l’enlèvement d’étrangers sur notre territoire. C’est comme si ce n’était pas le GSPC devenu depuis AQMI qui a déclaré la guerre à notre pays. C’est comme si la Mauritanie perturbait sans raison la quiétude des groupes terroristes installés dans le Nord malien. Et, last but not least, l’expression nous vient de AQMI qui l’a utilisée pour fustiger la position de la Mauritanie. Par ailleurs, peut-on penser à la situation en Mauritanie si la stratégie de l’Armée mauritanienne n’avait pas réussi à éloigner la menace et à sécuriser le territoire national ? Un fait est incontestable : AQMI se tient aujourd’hui loin des frontières mauritaniennes, ne recrute plus de Mauritaniens et n’envoie plus de soutiens financiers à ses éléments installés ici. Elle évite de menacer directement les intérêts mauritaniens, est-ce un signe de force ou de faiblesse et pour qui ?
Un paragraphe de cette «kharja» (sortie) a été réservée à la campagne anti-islamique (film américain, caricatures de Charlie Hebdo). La position du parti est bien sûr celle de la condamnation et du désaveu.  Mais quand il s’est agi de manifester ce désaveu dans la rue vendredi dernier, on a été surpris par l’absence totale de l’élément Tawaçoul. Moins de 150 personnes sont sorties ce jour-là dans la rue. On ne peut pas douter de l’engagement du parti encore moins de la disponibilité des Mauritaniens à se mobiliser pour une telle cause, mais il faut peut-être penser à une attitude générale des Frères Musulmans qui tentent de «normaliser» avec l’Occident. On les a vus en Egypte et en Tunisie appeler à s’opposer farouchement aux manifestations, sous prétexte il est vrai qu’elles sont animées par les Salafistes (les frères ennemis) qui pourraient donner une image non conforme des nouveaux pouvoirs.
Ces pouvoirs issus du «printemps arabe» et qui ne semblent pas satisfaire les espoirs «démocratiques» avec toutes les dérives qu’on voit. Car le discours conciliateur et raisonné de l’Islamisme «modéré», celui dont Tawaçoul se réclame, cache mal, très mal, tout le capital de violence et d’obscurantisme qui trouve son explication dans l’exercice continu de l’arbitraire sous nos cieux, et qui reste prêt à exploser dans les parages immédiats des formations islamistes «modérées». On a toujours deux visages de cet islamisme conquérant : un posé, civilisé, tolérant et raisonnable et, derrière, toutes l’intolérance, la bêtise, la vulgarité qui nourrissent l’obscurantisme qui guette, prêt à faire surface.
On ne saura pas de sitôt lequel des visages est le vrai visage de cet Islamisme activiste, parce que les relectures politiques ne suivent pas celles des exégètes.


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