En direct de la Cop21: Trois questions à Amedi Camara, Ministre mauritanien de l’Environnement et du Développement durable

Amedi CamaraLa délégation mauritanienne à la Cop 21, Paris, réunie autour du Chef de l’Etat, rassemble plusieurs membres du gouvernement, des élus, des conseillers techniques, des négociateurs et des membres de la société civile mauritanienne.
Considérant que le climat est « l’affaire de tous », le Ministre de l’Environnement et du Développement durable, Monsieur Amedi Camara, revient sur les enjeux de la Cop 21 et du changement climatique pour laMauritanie.
Quels sont les enjeux climatiques en Mauritanie et les priorités de l’Etat pour lutter contre le changement climatique ?
La Mauritanie est un pays très vaste, située dans la zone Sahélienne. Nous sommes concernés par trois enjeux majeurs qui peuvent apparaître contradictoires : la désertification au Nord, les inondations avec la pluviométrie importante surtout au niveau du littoral où un tiers de la population mauritanienne habite, et l’ensablement de zones urbaines, de cultures, de pâturages.
Ces changements climatiques se font de plus en plus sévères. Ils impactent tous les secteurs, la sécurité alimentaire, et entrainent des déplacements de populations des habitants qui vivaient de l’agriculture ou d’activités économiques sur le littoral qui ne sont plus possibles à cause de l’amoindrissement des ressources.
La Mauritanie est le 5e pays à avoir soumis sa contribution nationale qui prévoit une réduction de 23% de nos émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030. Nous avons estimé les besoins en termes de financements à 17 milliards de dollars dont 9 milliards pour l’atténuation et 8 milliards pour l’adaptation.
La Mauritanie n’est pas un pays fortement émetteur de GES : 2,1 tonnes par habitant contre 2,6 tonnes pour la moyenne Africaine. Toutefois, nous avons souhaité contribuer à l’effort mondial avec un taux de pénétration en énergies renouvelables de 23% qui passe notamment par l’éolien et le solaire, mais également la conservation des écosystèmes.
Grâce à des campagnes nationales de sensibilisation, nous avons considérablement réduit les feux de brousse (160 en 2009 et 40 cette année).
Trois jours après le début de la Cop 21, quel est votre ressenti sur les négociations ?
On a de l’espoir pour un accord contraignant, équitable, juste et équilibré. 150 Chefs d’Etats sont présents, cela montre la mobilisation très forte des pays, sans compter les délégués, les ONG, les élus, tous les partenaires impliqués.
Nous avons beaucoup travaillé en amont dans des rencontres sous régionales, des intersessions, à travers lesquelles certains pays ont pu s’entendre sur des sujets importants.
L’Assemblée des ministres africains de l’environnement, des réunions du Cilss et de la Cedeao ont permis aux pays africains de se positionner collectivement et de porter ensemble la priorité de l’adaptation pour notre continent fortement menacé par changement climatique (habitat, sécurité alimentaire, désertification, etc.)
En particulier, l’Afrique a besoin de transfert de technologies, de formation, de connaissance scientifique. La Mauritanie fait partie de trois groupes aux négociations : le Groupe africain, le Groupe des pays arabes et le G77+Chine. Sur l’adaptation, il y a consensus pour parler d’une seule voix, en revanche sur les émissions le groupe G77+Chine réunit des pays qui présentent des taux d’émissions très différents.
Le groupe africain partage en revanche la même réalité : les pays sont faiblement émetteurs et 80% de population rurale vit du bois comme principale source d’énergie, alors nous parlons d’une seule voix.
Vous avez présidé hier la session adaptation de l’Alliance panafricaine de la grande muraille verte : pouvez-vous nous en expliquer les enjeux ?
La grande muraille verte est une initiative prise par les pays africains des pays de la bande sahélo-sahélienne de Dakar à Djibouti, et qui concerne 11 pays (Mauritanie, Sénégal, Burkina Faso, Mali, Tchad, Niger, Soudan, Nigeria, Ethiopie, Erythrée, Djibouti).
La Muraille verte s’étend de 7500 à 8000 km linéaires dont 1100 km en Mauritanie. Il ne s’agit pas seulement de planter des arbres pour stocker du carbone mais aussi de mener des activités intégrées pour permettre aux populations de développer des activités en matière d’agriculture, élevage et foresterie. Je préside le conseil des ministres de cette Alliance panafricaine.
Après une session de haut niveau avant-hier qui a regroupé les Chefs d’Etats et le Secrétaire des Nations unies Ban Ki Moon, nous avons eu hier une session technique ministérielle avec les partenaires techniques et financiers (PTF), que j’ai présidée avec le président de la Banque africaine de développement.
J’ai pu également sensibiliser la Ministre française de l’Environnement Ségolène Royal dans cadre de la journée consacrée à l’adaptation. Cette initiative a été saluée, le Ghana souhaite nous rejoindre. Nous voulons travailler avec tous les acteurs PTF, populations locales, ONG, grâce au soutien des fonds dédiés à l’adaptation (Fonds pour l’environnement mondial, Fonds carbone, Fonds vert, etc.)
Le Gret pourrait être un partenaire opérationnel, nous avons une très bonne expérience ensemble sur la lutte contre les sachets plastiques ou les énergies renouvelables notamment.

Propos recueillis par Marie Bessières, Gret

Source : GRET-Mauritanie

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