En Sicile, les cimetières sont pleins des migrants tués en mer

ItalieUnion EuropéenneChaque jour, des bateaux chargés de migrants débarquent sur les côtes siciliennes. L’île accueille les rescapés, mais elle enterre aussi ceux qui ont péri en mer, avec le sentiment d’être abandonné par le reste de l’Europe. Alors que le naufrage d’un chalutier le week-end dernier à fait plus de 800 morts et qu’un demi-million de migrants pourraient tenter cette année de traverser la Méditerranée, un sommet extraordinaire se tient ce jeudi 23 avril à Bruxelles.

Le cimetière de Catane est une ville dans la ville. On y circule en voiture entre les somptueux caveaux de la noblesse sicilienne et des bâtiments de plusieurs étages où les cercueils de familles plus modestes sont dans des cases empilées les unes au-dessus des autres.

C’est dans la partie neuve que reposent les dépouilles de 17 migrants morts dans le naufrage du 12 mai dernier. Agata Napoli, venue se recueillir sur la tombe de son père, nous y conduit. Elles sont là, enterrées sous une large dalle de pierre de lave, ornée d’une sculpture sur laquelle sont placées les pierres tombales de marbre blanc. « On ne connait même pas leur nom, mais il y a une poésie sur une stèle. Vous la voyez ? de l’autre côté ? » Et sur chaque pierre un vers de la poésie : « Les lendemains vont et viennent, jour des épaves sur la plage… »

« Nous sommes tous des êtres humains »

De l’autre côté, se dresse une stèle de la communauté islamique de Sicile. « Nous sommes des Siciliens, le sens de l’hospitalité c’est important. Nous n’abandonnons personne. Blanc, Noir ou de couleur, nous sommes tous des êtres humains, non ? » Le monument a été inauguré il y a quelques semaines seulement. Les cimetières d’Italie sont pleins, c’est une réalité. Il aura fallu presque un an pour faire une place aux naufragés.

« C’est terrible, cette tragédie. Terrible. La mort est absurde, dans les cales des bateaux, c’est absurde », lâche Agata, émue. Elle voudrait qu’une solution soit trouvée pour tous ces migrants. Mais elle n’y croit pas beaucoup. Face à l’horreur de la situation, elle a le sentiment, comme beaucoup de Siciliens, d’être bien seule.

« La Sicile est abandonnée à elle-même. Ça fait un moment que nos ministres essayent de faire quelque chose mais nous sommes toujours abandonnés. Même Rome ne nous aide pas, alors les autres régions d’Europe, vous pensez… »

C’est la même impression qui transparaît chez Gabriele Farina. Ce trentenaire ne se fait guère d’illusions. « Tout ça, nous les Siciliens, on n’y croit pas beaucoup. Nous sommes assez résignés. C’est l’Italie toute seule qui prend en charge tous ces réfugiés. C’est une dépense pour nous. Je ne sais pas… Enfin j’espère qu’ils vont trouver quelque chose pour nous aider. »

La Sicile déjà touchée par le chômage

Finalement, quand on les interroge dans la rue, c’est avant tout aux 22 % de chômeurs de l’île que pensent les Siciliens. Comme Rossana Nadico de Fiore, qui tient un restaurant. « Ils doivent régler cette situation sinon, à la fin, nous non plus nous ne pourrons plus vivre. Avant, les Siciliens n’acceptaient pas les petits boulots. Maintenant qu’ils voient ces gens les prendre, ils veulent tous faire la plonge. Nous sommes comme un chien qui ronge un os qu’on veut lui enlever. »

Les Siciliens font chaque jour la preuve de leur solidarité avec les migrants mais, comme le dit Agata Napoli, ils ont le sentiment d’être la « dernière roue du carosse européen ».

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