En Tunisie, les islamistes se déchirent

Le mouvement Ennahda, qui dirige la coalition gouvernementale, est décidé à contrer les extrémistes salafistes.

Tunisie_Seïfeddine Raïs_porte-parole d'Ansar al-Charia_ rimweb.netLe mouvement Ennahda, majoritaire au pouvoir, a durci le ton face à ceux que son leader, Rached Ghannouchi, appelait auparavant ses «enfants». Les fondamentalistes tunisiens qui adhèrent à la branche djihadiste du salafisme sont depuis quelques semaines dans le collimateur des autorités, qui n’acceptent plus leurs nombreux dérapages: manifestations violentes, attaques ou, dernièrement, le meurtre d’un policier après une fatwa lancée par un imam salafiste.

Depuis fin avril, l’armée traque, sans succès, une trentaine de personnes présentées comme djihadistes cachées dans les montagnes de l’Ouest tunisien, à la frontière algérienne. Ce week-end, c’est le ministère de l’Intérieur qui prévenait que dorénavant l’installation des tentes de prédication nécessitera une autorisation. Une mesure qui a valu des heurts dans plusieurs villes du pays entre salafistes et policiers. La guerre est donc déclarée. Et la réponse n’a pas tardé. Abou Iyadh, leader du mouvement djihadiste Ansar al-Charia («les partisans de la charia»), en fuite depuis qu’il est accusé d’être impliqué dans l’attaque de l’ambassade américaine à Tunis, en septembre dernier, a prévenu les autorités via Internet: «Aux tyrans qui se prennent pour des islamistes (…), sachez que vous êtes en train de commettre des bêtises qui vous précipitent à la guerre.» Et même si les conditions ne sont pas requises pour qu’un djihad armé soit mené en Tunisie, l’homme se veut menaçant: «Je vous rappelle que nos jeunes héros se sont sacrifiés pour la défense de l’islam en Afghanistan (…), en Irak, (…) et en Syrie. Ils n’hésiteront pas à se sacrifier pour leur religion dans le pays de Kairouan». Autrement dit, en Tunisie, signifiée par la quatrième ville sainte de l’islam, Kairouan.

« Aux tyrans qui se prennent pour des islamistes (…), sachez que vous êtes en train de commettre des bêtises qui vous précipitent à la guerre »

Abou Iyadh, leader du mouvement djihadiste Ansar al-Charia

C’est d’ailleurs dans cette même ville, à deux heures au sud de Tunis, que le gouvernement sera confronté dimanche à un nouveau test de son autorité. Ansar al-Charia prévoit en effet, comme les deux précédentes années, d’y tenir son meeting. 40.000 sympathisants y seraient attendus, venus de tout le pays. Mercredi, Rached Ghannouchi, annonçait en personne l’interdiction du rassemblement, asseyant ainsi le tournant choisi par Ennahda.

«Le ton est plus dur», reconnaît Noureddine Arbaoui, vice-président du bureau politique d’Ennahda. Dans le contexte actuel au mont Chaambi (16 militaires blessés par des mines déposées par les djihadistes, NDLR), nous devons avoir une position plus ferme.»

Un changement de politique pour récupérer la confiance d’électeurs déçus?

Hier, lors d’une conférence de presse tenue dans une mosquée de Tunis, le porte-parole d’Ansar al-Charia déclarait que son mouvement n’avait pas besoin d’autorisation pour tenir son meeting. «C’est notre droit, et on a l’habitude de ne pas céder à notre droit», affirmait Seïfeddine Raïs. «Des hommes sont déjà partis à pied de Sidi Bouzid (à 120 km de Kairouan, NDLR)», précisait-il, l’accès à la ville pouvant en effet être interdit aux véhicules. Si Seïfeddine Raïs a en quelque sorte désavoué son leader en affirmant qu’il n’était pas question que le mouvement ait recours à la violence, il s’est toutefois montré menaçant: «S’il doit y avoir un bain de sang à Kairouan, a-t-il prévenu, les autorités en seraient tenues pour seules responsables.»

Plusieurs raisons peuvent expliquer le changement de politique d’Ennahda envers les «enfants» de Rached Ghannouchi. D’abord récupérer la confiance d’électeurs déçus. Dans plusieurs villes du pays, nombreux sont ceux qui estiment ne pas se reconnaître dans l’islam proposé par les fondamentalistes. Il y a aussi une volonté de répondre aux exigences des pays partenaires, qui ne peuvent se satisfaire d’un pays instable.

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